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L’Étrange histoire de Benjamin Button. Les petites histoires à l’ombre de la grande

Par Balndorn
L’Étrange histoire de Benjamin Button. Les petites histoires à l’ombre de la grande
L’Étrange histoire de Benjamin Button n’a pas la même vigueur que les films de Fincher qui le précèdent ou le suivent. Coincée entre la caméra baladeuse de Panic Room et le montage épileptique de The Social Network, l’adaptation du court roman de Francis Scott Fitzgerald fait pâle figure au milieu d’une filmographie nerveuse. Pourtant, le caractère mélancolique du film fait sa faiblesse et sa force, et son romantisme désabusé creuse un instant élégiaque au milieu d’une carrière virevoltante.
Histoires comme ça
Benjamin Button marque la première réflexion de Fincher sur le statut de la fable. Si le récit n’a pas encore la verve critique de Zodiacet Gone Girl, il s’attache néanmoins à mettre en scène les pouvoirs des histoires, à travers une série de mises en abyme. Trois niveaux d’histoires structurent en effet le film. Le premier introduit les autres : la fille de Daisy (Cate Blanchett), sur le point de mourir dans un hôpital de La Nouvelle-Orléans au moment de l’ouragan Katrina, fait la lecture du journal de son vieil ami Benjamin Button (Brad Pitt) à sa mère. Le deuxième constitue l’axe central du film : la vie de Benjamin Button. Autour de cette histoire se déploie une profusion de récits secondaires : la vie de Mr Gateau et de son horloge montée à l’envers, les sept coups de foudre qui frappèrent un vieil homme, la lecture répétée de « La complainte du petit père Kangourou », tirée des Histoires comme ça de Kipling…Apparemment anecdotiques, ces « histoires comme ça » font pourtant l’intérêt du film. Car, à l’image de ces récits toujours recommencés mais jamais achevés – on ne connaîtra jamais les deux derniers coups de foudre ni la fin du petit père Kangourou –, la vie de Benjamin Button apparaît fragmentée. Telle l’horloge dont l’aiguille remonte le temps, son existence à rebours du vieillissement naturel lui interdit toute projection vers l’avant. À travers ce personnage se déconstruit la figure d’un héros fort, dont la volonté guide les actes et structure le cours du temps ; dans cette perception inversée du temps, les petites histoires insignifiantes prennent une saveur d’aventure en-dehors de soi qui ravit l’éternel explorateur Benjamin Button.
À l’ombre de l’Histoire
Ce regain d’intérêt pour les petites histoires se comprend au regard de « l’Histoire avec sa grande Hache » (Perec). La vie de Benjamin Button, enchâssée entre la Première Guerre mondiale et la guerre d’Irak, en passant par la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il participe, et l’ouragan Katrina (un an avant la sortie du film) depuis lequel se tient la narratrice première, accompagne les événements les plus violents du siècle.Mais ni bruits ni fracas ne perturbent le tendre romantisme du film. Ce romantisme, que portent la voix lasse de Brad Pitt et le visage triste et anguleux de Cate Blanchett, se nourrit précisément des à-côtés de l’Histoire tragique du XXesiècle. Sans grands espoirs, sans plans sur la comète, il s’écoule, paisiblement, dans une errance continue, à rebours d’un impossible destin et de l’oubli à venir. On peut qualifier ce romantisme de « désabusé », car il sait que l’amour, s’il ne sauvera pas le monde, apportera au moins quelque joie à celles et ceux qui l’éprouvent.L’Étrange histoire de Benjamin Button. Les petites histoires à l’ombre de la grande
L’Étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher, 2006Maxime

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