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Série de l’été : comédie de campagne, épisode 2

Publié le 20 juillet 2017 par Dangelsteph
Premier épisode : La comédie, voilà le coeur du storytelling de François Fillon. Attention, cela ne signifie pas que le candidat des Républicains joue la comédie. Il est acteur dans cette comédie, et nous aussi d'ailleurs. Nous ne sommes pas que des spectateurs, un public, ni même uniquement des témoins, nous sommes invités à prendre part à l'histoire. Au minimum parce que nous sommes des électeurs.

Deuxième épisode, donc : en quoi le storytelling de François Fillon était-il connecté au genre de la comédie ?

Chaotique... C'est ce qui, à première vue, caractérise une comédie.

Plutôt que l'humour, ce qui la caractérise, ce sont des changements d'états permanents : métaphoriquement, une comédie c'est un coup d'État permanent. La comédie est donc déroutante par nature. Et c'est bien ce dont il s'agit, dans ce storytelling de François Fillon : chaque péripétie de cette histoire a toujours une suite des plus inattendues -cette surprise faisant aussi le succès de l'ensemble. La revendication de n'avoir qu'un seul compte en banque par François Fillon ne dure que le temps d'une nouvelle révélation qui l'amène à dire qu'en fait il fallait comprendre qu'il n'avait qu'une seule banque (lexpress.fr - 29/01/2017). C'est un exemple, une péripétie de l'histoire parmi d'autres.

Une comédie se caractérise aussi par de brefs et brusques retours en arrière conflictuels et émotionnels. Et pour le coup, nous sommes servis : rarement une histoire ne nous aura autant fait voyager dans le temps sans linéarité chronologique.

Nous ne sommes pas en train de dire que François Fillon joue la comédie. Ce sera la justice, peut-être, qui en décidera. On ne peut pas non plus considérer que François Fillon et son équipe de communication en soient les auteurs. Ni les médias, d'ailleurs. Ni même nous, public adoré, chéri.

C'est une co-construction spontanée, sans intention ni force conscience que c'est une comédie qui se joue sous nos yeux en même temps qu'il s'agit d'un miroir nous reflétant notre propre image. Personne et tout le monde vit à la fois dans cette comédie et l'auto-entretient : François Fillon, les médias, supporters et adversaires, et nous simples quidams électeurs non engagés ni pour les uns ni pour les autres. C'est aussi la faiblesse de cette histoire qui a tendance à ressembler à des montagnes russes plutôt qu'un récit construit -aussi folle qu'elle soit, toute comédie est normalement une construction narrative et non pas une suite d'événements incontrôlés. Dans une comédie, l'auteur ne subit pas les événements de l'histoire, il les orchestre, ce qui n'a pas été le cas ici.

Série de l’été : comédie de campagne, épisode 2
Christopher Vogler, auteur de "The seven basic plots" détaille la comédie comme suit : - Un "petit monde" :

Les gens sont dans une grande confusion, l'ombre de l'incertitude et de la frustration plane sur eux, ils sont coupés les uns des autres

- La confusion s'accroît :

L'horizon s'assombrit et une pression s'installe, les gens vivent das un méli-mélo cauchemardesque

- Finalement, tout s'éclaircit :

Des choses qui n'avaient pas été identifiées apparaissent au grand jour, les perceptions sont radicalement modifiées. L'ombre s'estompe. Changement de situation miraculeux : et tout ce petit monde se retrouve dans une joyeuse unité

Tiens, serait-on en train de dire qu'à la fin, c'est François Fillon qui gagne ? Ce serait un peu simpliste, non ? Qui a dit que l'ombre s'estompait sur tous les personnages de l'histoire ? Qui dit que la " joyeuse unité " décrite par Vogler correspond à une victoire du candidat Les Républicains ? En plus, on l'a déjà dit : l'histoire est finie, peu importe que François Fillon ait ou non gagné.

Nous avons vu le film, nous avons déjà quitté le cinéma. Pourquoi ne serions-nous pas, nous public (adoré etc.), ce petit monde ? Pourquoi ce storytelling de François Fillon serait-il l'histoire de François Fillon ? Il pourrait tout aussi bien s'agit d'une histoire avec François Fillon mais dont, finalement, nous serions, en tant que public et électeurs les véritables héros du récit. Pourquoi serait-il finalement, lui, au centre de cette histoire ? La joyeuse unité dont il est question pourrait être le débat souvent drôle engagé par les Français, notamment sur le web, les médias sociaux. Il y a beaucoup d'humour citoyen sur le net dans cette campagne présidentielle. Il n'est pas toujours de bon goût, mais il fait rire. L'histoire vue sous cet angle est terminée elle aussi, la connexion entre les citoyens-personnages de l'histoire sous forme de débat a eu lieu. Que pourrions-nous espérer de plus de cette histoire ? Les débats commencent à tourner en rond, et l'envie de participer aux commentaires sur le sujet, aussi drôles soient-ils, perd de son intensité. Il nous faudrait maintenant une autre histoire. N'y a-t-il pas de jeux olympiques bientôt ? Non ? Dommage...

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