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533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues.

Publié le 22 juillet 2017 par Juan
533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues.

Où il est question d'une crise d'urticaire de Jupiter qui provoque une crise avec nos armées, d'une curieuse conception de la pénibilité au travail, et des premiers décisions budgétaires de Macron qui sont autant de promesses non tenues.


La fausse modernité
A peine élu, en juillet 1974, le très jeune président de la République avait voulu innover. Il pensait incarner la rupture avec l'ancien monde gaulliste avec deux postures de communication: d'abord, un défilé militaire déplacé de Bastille à République, ensuite, une interview télévisée avec deux journalistes choisis dans une ORTF aux ordres.

C'était un spectacle, rien de plus, et le président de l'époque s'appelait Valéry Giscard d'Estaing. Il était déjà incroyablement plus jeune que la moyenne de nos dirigeants du moment, et promettait une révolution qui sentait bon la légitimation des puissances de l'argent. Quarante-sept ans ans plus tard, l'une des rares ministres véritablement modernes de ce quinquennat de communication vient de décéder, et les jeunes générations ont oublié ce VGE licencié de l'Elysée dès la fin de son premier quinquennat.
Quarante-sept ans ans plus tard, un autre président trop jeune, qui porte une "révolution" incarnée par une remise en cause d'un siècle de progrès social.
Les fausses polémiques
Emmanuel décide de donner un "statut" officiel à son épouse Brigitte. Mme Macron aura un bureau et une équipe. Elle ne sera pas rémunérée. La décision ne devrait pas choquer mais elle choque, à tort ou à raison. Jupiter a raison, comme Hollande, Sarkozy ou Chirac avant lui, de donner un statut. Elle occupe de facto un place à part. Mais l'annonce de sa "statufication" au beau moment où l'Assemblée vote l'interdiction des emplois familiaux parmi les parlementaires fait tâche pour quelques élus et presse d'opposition, surtout à droite.
Quand on se souvient des silences qui ont suivi l'affaire Fillon ou des pratiques de Nicolas Sarkozy, on sourit de ce surcroît de rigueur émanent de cette droite bonne à donner des leçons qu'elle ne s'applique pas. Quand à ceux de gauche qui se livrent à la même affaire, ils ont pourtant fort à faire avec la loi travail pour ne pas perdre leur temps là-dessus.
Il y a une autre polémique sans intérêt, et surtout fausse: le format du portrait officiel de Jupiter ne serait pas aux normes habituels et, du coup, causerait quelques centaines de milliers d'euros de dépenses supplémentaires en achats de nouveaux cadres pour les 36 000 mairies de France et autres bâtiments officiels.
La gaffe
Plus grave, Macron a réellement précipité une crise politique avec la Grande Muette. Le chef d'état major des armées, celui-là même qui souhaitait partir à la retraite et que Macron a prolongé en service claque la porte après la première grosse trahison du quinquennat: Jupiter avait promis d'augmenter le budget de la Défense à 2% du PIB, il a laissé son sous-ministre du budget, un ancien sarkozyste, réclamer 850 millions d'euros d'économies de fonctionnement d'ici décembre, et ce l'exacte même semaine où l'Elysée confirmait qu'il réduirait l'ISF de 3 milliards d'euros l'an prochain pour un peu moins de 350 000 heureux foyers.
A chacun ses priorités.
Sans attendre une rencontre prévue vendredi, le général démissionne et publie sur Facebook un commentaire qui sonne comme un avertissement. Droite et extrême droite applaudissent. Les plus fidèles des macronistes évitent de s'interroger sur deux évidences: faire d'un général le contestataire en chef n'est pas prudent. Pire encore, cet épisode confirme qu'Emmanuel Macron a un problème d'autorité. 
"Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays .Le général de Villiers.

Vendredi, c'est un Jupiter inquiet mais tout sourire qui dérange son agenda pour rester la journée entière avec des militaires, sur la base aérienne #125 d'Istres-le-Tubé. Les 10 premières minutes d'un discours en retard sans politesse de près de 45 minutes sont mielleux à souhaits: "fier", "fierté", les qualificatifs laudatifs ne manquent pas, Jupiter ne sait plus comment réparer la mauvaise impression qu'il a fait. 
Il loue même le chef d'Etat-Major des Armées, le général de Villiers qui a démissionné la veille et est parti sous une haie d'honneurs. Il promet de respecter la Loi de Programmation Militaire votée sous Hollande qui prévoyait de porter à 2% du PIB (soit environ 55 milliards d'euros contre 32 aujourd'hui) le budget des Armées. Il promet aussi d'augmenter de 2 milliards ce budget dès l'année prochaine. Est-ce bien sérieux ? S'aliéner le chef militaire, et une belle partie de la troupe derrière, pour lâcher ensuite comme un gamin ?
La parade
Le lendemain, catastrophe, le porte-parole du gouvernement joue à Rantanplan et détruit d'une formule la vraie hypocrisie du discours présidentiel:  ""Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission (...)" explique Christophe Castaner, "C'est son comportement qui a été inacceptable. Il s'est comporté en poète revendicatif." Boum ! Retour à la case départ.
533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues.
Macron s'est créé une crise avec l'Armée. Christophe Castaner est un gaffeur formidable.
Jupiter aime aussi se déguiser. Le voici en militaire à nouveau, le cliché fait rire, on avait failli rater cette tenue en mode "Top Gun", ou plutôt Buck Danny, d'un jeune monarque qui n'a pas même pas fait son service militaire. Être monarque est d'abord une affaire de costume paraît-il, et Jupiter n'a plus de couronne à porter pour savoir qui il est. Quelques éditocrates nous expliquent que Jupiter singe Mitterrand.
533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues.Que nenni !
Qui a vu Mitterrand revêtir un costume militaire pour "faire militaire" ? Personne, sacrilège ! Les Anciens avaient un sens minime mais essentiel du respect des formes. Jupiter est lui à la fête foraine. Il a gagné au Loto républicain et le voici qu'il nous inflige de le voir porter des costumes trop grands pour sa stature.
Le dégoût
Pendant qu'il joue ainsi aux militaires, sa majorité rétablit de peu le "verrou de Bercy" en matière de fraude fiscale: en clair, toute poursuite pénale contre un fraudeur fiscal devra obtenir le feu vert du ministère des Finances. La moralisation de la vie publique a des limites. Depuis quelques semaines, Edouard Philippe fait la danse du ventre pour attirer les grandes institutions financières effrayées par le Brexit.  #CDFD ?
Autre mesure, le gouvernement retire 4 des 10 critères du compte personnel de prévention de la pénibilité créé par la loi Ayrault de janvier 2014 qui permettaient d'évaluer un départ à la retraite à taux plein rapide: manutention manuelle de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques, risques chimiques. Ces risques ne seront plus pris en compte sauf "une maladie professionnelle a été reconnue et dont le taux d'incapacité permanente excède 10%". "Ce n'est pas de la colère, c'est du dégoût" commente un ouvrier sur France info.
Le dégout, ou la guerre des classes.
La nouvelle est tombée dans un courrier du 8 juillet, adressé par le premier ministre aux organisations syndicales. Comme souvent lorsqu'on annonce un mauvais coup, Édouard Philippe qu'il "est décidé à prendre ses responsabilités."
Pourtant, l'espérance de vie recule en France. Et que dire de l'espérance de vie en bonne santé ? Ce point a été volontairement occulté par la réforme Fillon/Sarkozy des retraites en 2010. Et voici donc le gouvernement Macron qui revient à son tour sur l'une des rares avancées sociales du quinquennat Hollande.
Jupiter est plus généreux quand il s'agit de recaser des anciens camarades. Le voici qui recycle aussi Harlem Désir (qui ?). Ce dernier devient "représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe", la République est reconnaissante.
Les promesses non tenues
533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues. La semaine dernière, on apprenait que Jupiter allait réduire coûte que coûte de 3 milliards d'euros la taxe d'habitation de quelques millions de foyers français et aussi de 3 milliards d'euros l'ISF de quelques dizaines de milliers d'autres. Appréciez la comptabilité macroniste. Cette semaine, certains ministres sont contraints à manger du foin: ils découvrent les économies qui frapperont leurs ministères dès cette année.
L'annonce des annulations de crédits est officielle, publiée au JO. Outre les douloureuses coupes déjà connues et commentées sur les Armées (850 millions d'euros), et l'Enseignement et la Recherche (331 millions d'euros), on découvre quelques "détails" qui sont comment autant de trahisons
Ainsi, les crédits consacrés aux infrastructure et services de transports sont-ils amputés de 194 millions d'euros. Ceux pour le Logement et l'amélioration de l'Habitat de 130 millions d'euros. A ce titre, les APL seront réduites de 5 euros dès le 1er octobre prochain. La sous-secrétaire d'Etat à l'Egalité hommes-femmes voit de son côté son budget amputé d'un quart, rien que cela ! Marlène Schiappa ne cessait pourtant de démentir la "FakeNews" sur les réseaux sociaux. Patatras ! La politique de protection des femmes contre les violences sexistes, baptisée "programme 137" dans le budget, est bel et bien réduit de 7,5 millions d'euros, soit 25%. Rappelez-vous les promesses:
"Je ferai de l'égalité femmes-hommes la cause nationale du quinquennat. Sans cela, on se prive de la force de notre société." Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, 28 avril 2017

La police nationale perd 110 millions d'euros; la gendarmerie 90 millions d'euros. Rappelez-vous:
"La sécurité intérieure passera par un investissement conséquent dans nos forces de l’ordre, leur réorganisation". Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, "Mon Contrat avec la Nation", mars 2017.
Dans l'indifférence politique et médiatique la plus générale malgré l'ampleur des crises et guerres à l'étranger, l'Aide Publique au Développement perd 136 millions d'euros. Rappelez-vous les promesses:
"Nous devons affirmer de façon crédible comme nos partenaires européens l’objectif d’une aide publique à hauteur de 0,7% de la production nationale, avec une trajectoire d’augmentation progressive entre 2017 et 2030, conditionnée à nos résultats économiques."  Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, "Mon Contrat avec la Nation", mars 2017.
L'aide publique au développement sera "conditionnée à nos résultats économiques". Macron n'attend pas pour la réduire, après avoir fait mine de découvrir un bilan économique dont il est co-responsable.
Bref, il n'a pas fallu attendre bien longtemps, moins longtemps qu'avec Sarkozy puis Hollande pour découvrir les premiers reniements les plus symboliques.
Ami macroniste, ne te désespère pas.

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