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Portraits en nature-mortes

Par Balndorn
Portraits en nature-mortes
On connaît mal les portraits de Cézanne. Et pourtant, leur profusion égale celle de la Montagne Sainte-Victoire. Et leur qualité, en rien mineure , vaut autant pour l’esthétique générale du peintre que pour l’histoire du portrait. L’exposition Portraits de Cézanneau musée d’Orsay rend hommage ce pan négligé du parcours pictural du grand peintre moderne.
La mise en crise du portrait
Les portraits de Cézanne déroutent. Contrairement à la tradition romantique, ils ne cherchent pas tant à trouver une quelconque « individualité » dans les traits du visage, mais s’arrêtent à ces derniers, dont ils scrutent intensément la surface. Aussi, Cézanne entame et répète de longues séries de portraits, en particulier ceux consacrés à son épouse, qu’il a peint autant que la Sainte-Victoire. Dans ce qu’on peut considérer comme de véritables exercices de style, la toile devient palimpseste, infinie série de variations autour d’une même image, déclinée selon les effets changeants de la lumière, des couleurs et du cadre.Lorsque l’on se penche sur ces tableaux, on constate quelle fureur animait le pinceau souple et sec de Cézanne. La série de portraits consacrés à son oncle Dominique, vue de près, s’apparente à juxtaposition de couches de peinture, dont les couleurs dissemblables n’obéissent pas une logique de l’unicité. À travers ces compositions nerveuses, Cézanne se montre viscéralement anti-romantique ; dé-psychologisés, ces portraits exaltent les tensions qui agitent à un moment donné le visage d’une personne ; et surtout, la puissance de la peinture moderne, à même de saisir d’éphémères variations.
Scénographie du mystère
La mise en scène de l’exposition, contrairement à beaucoup d’autres, refuse la course aux chefs-d’œuvre ; car parmi les toiles exposées, les séries importent bien plus que des toiles qui, prises séparément, ne disent rien du projet général. Si le parcours est chronologique, il entend pourtant mettre en lumière les circulations d’œuvre à œuvre au sein de cette esthétique de la variation.C’est pourquoi, c’est seulement après une série de petites pièces à l’éclairage intimiste, consacrées aux décisives années de formation, que se dévoile la grande salle dédiée à la prolifique période de 1885 à 1890. Là se trouvent les grandes séries sur Mme Cézanne, que l’on comprend alors en droite filiation des portraits de jeunesse de sa famille et de son oncle.Cette esthétique de la révélation n’a cependant rien de tape-à-l’œil. Comme toujours à Orsay, les expositions lient solidement muséographie et didactique : les panneaux rigoureux donnent ainsi avec clarté des informations à la fois biographiques, techniques et artistiques sur chaque portrait, de manière à faire de ce versant peu connu de la production de Cézanne l’émanation d’une intimité inscrite dans une quête picturale plus globale.
Portraits de Cézanne, au musée d’Orsay jusqu’au 24 septembre 2017Maxime

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