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Panic Room. Ouvrir le huis-clos

Par Balndorn
Panic Room. Ouvrir le huis-clos
Panic Rooma une place à part dans la filmographie de Fincher. Intercalé entre les brûlots Se7en (1995) et Fight Club(1999) et l’analyse des machines à fablesà partir de L'Étrange histoire de Benjamin Button (2006), le film développe une esthétique singulière, proche d’une expérimentation formelle, que Fincher ne renouvellera pas par la suite.
Le terrain de jeu cinématographique…
Il faut rappeler une expérience capitale dans la formation de Fincher : le studio Propaganda. À la fin des années 80 et au début des 90, ce dernierprétendait renouveler le cinéma hollywoodien en y insufflant l’audace formelle des clips et des pubs. Nombre des cinéastes hollywoodiens les plus en vue aujourd’hui – citons, outre Fincher, Michael Bay, Spike Jonze, Antoine Fuqua… – proviennent de ce laboratoire générationnel, à qui l’on doit notamment les clips de Madonna et des Guns N’ Roses, la pub de Coca ambiance Blade Runner(réalisée par Fincher) ou encore des séries comme Twin PeaksUne même énergie innervait le montage frénétique de Fight Clubet l’ambiance glauque de Se7en. Panic Roomva plus loin encore : en développant de nouveaux dispositifs scopiques grâce aux technologies informatiques, Fincher y renouvelle l’esthétique du huis-clos. Plutôt que de cultiver une atmosphère étouffante, le cinéaste multiplie les ouvertures, décuple les brèches dans l’environnement restreint de la maison où Meg (Jodie Foster) et Sarah (Kirsten Stewart, pour son premier grand rôle au cinéma) se trouvent enfermées au cours d’un cambriolage. Rendue hyper-mobile par les simulations en 3D, la caméra s’immisce dans des recoins physiquement impossibles : trous de serrures, failles dans le plancher…La maison se transforme ainsi en immense terrain de jeu. Au lieu d’une expérience angoissante, le film met plutôt en avant le caractère inventif des personnages de Meg et Burnham (Forest Whitaker), qui attribue à chaque objet, aussi insignifiant paraît-il, une utilité surprenante. Un peu à la manière du cinéma.
et la subversion en moins
Ce qui fait la force de Panic Roommarque aussi ses limites. Par-rapport à Se7enet Fight Club, le film paraît bien sage. S’il se distingue par son efficacité et son audace formelle, il se cantonne néanmoins à un banal récit de cambriolage qui tourne mal. Surtout, le casting suit des rôles archétypaux : Jodie Foster joue, comme à son habitude, une mère déterminée ; Forest Whitaker le gentil-méchant-Noir ; et Jared Leto l’hystérique chef de gang.Panic Roomouvre donc une parenthèse aussitôt refermée parmi les longs-métrages de Fincher : une expérience formelle qu’il aurait pu pousser plus loin, et surtout qu’il aurait dû lier à un propos réellement politique – et le sujet n’en manquait pas, ne serait-ce qu’à travers la question du retour en force des personnages féminins. Mais Fincher choisira une autre voie : celle des machines à fables, où la caméra baladeuse n’a pas sa place.Panic Room. Ouvrir le huis-clos
Panic Room, de David Fincher, 2002
Maxime

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