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Bilan expositions saison 2016-2017

Par Balndorn
Bilan expositions saison 2016-2017
À l’heure où les grands et petits établissements culturels inaugurent une nouvelle saison d’expositions, il est temps de dresser le bilan de l’année dernière.
Je n’ai bien sûr pas eu le temps ni les moyens de voir l’ensemble des expositions en Île-de-France. Parmi mes grands regrets, on peut compter les expositions Magritteau Centre Pompidou, Oscar Wilde au Petit Palais, La Peinture américaine des années 1930 à l’Orangerie ou encore Picasso primitif au Quai Branly. D’autre part, j’ai le plus souvent réduit mes visites aux institutions les plus reconnues : Louvre, Orsay, Branly, Grand Palais… et probablement manqué nombre d’expositions innovantes au sein de structures plus petites ou plus récentes.
Ceci dit, je pense néanmoins pouvoir établir quelques tendances actuelles, notamment au sein de la scénographie et de la médiation.Mon plus grand regret va au Grand Palais. Hormis Hergé, qui étudiait la carrière du dessinateur dans son travail le plus concret, la plupart des expositions de l’année dernière se bornaient à reproduire des séries de clichés. Cela vaut autant pour Mexique. 1900-1950 que Rodin, l’exposition du centenaire ; toutes deux dés-historicisaient leur sujet, la première en niant le processus révolutionnaire mexicain, la seconde en menant à vive allure une course aux chefs-d’œuvre qui court-circuitaient les étapes du travail artistique. Quant à l’exposition Jardins, elle manquait totalement l’originalité de son thème en choisissant une scénographie classicisante, qui étouffait l’art floral au lieu d’entrouvrir les portes du musée. On peut donc légitimement se montrer suspicieux vis-à-vis des monographies que le lieu prépare pour Irving Penn, Rubens et Gauguin dans les mois qui viennent.Il en va de même pour les expositions Pissarro à Éragny. La nature retrouvéeau musée du Luxembourg, L’Art de DC – L’Aube des super-héros au musée d’Art Ludique, et celles sur les orfèvres Odiot et Gouthière aux Arts Décoratifs. Comme celle sur Rodin, elles multipliaient les belles pièces sans regard critique : ne comptaient que la charmante image d’un Pissarro en fin de vie, de super-héros intemporels et de trésors d’ors et d’argents.Le musée de Cluny, avec Les Temps mérovingiens, se trouve à cheval entre ces expositions « course aux chefs-d’œuvre » et les expositions thématiques que j’ai plus appréciées. Certes, les panneaux redoraient le blason d’une époque souvent méprisée parce que mal connue, mais la scénographie du clinquant avait tendance à figer l’ère mérovingienne dans un autre cliché : la profusion de l’orfèvrerie, qui nuit tout autant à la mise en perspective historienne.
Les expositions qui m’ont séduit ont au contraire refusé de se borner à des clichés cartes postales. Certaines faisaient le choix d’un sujet a priori modeste, dont elles déployaient pourtant la richesse et la portée : Golem !au musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Le Baroque des Lumières au Petit Palais et Animer le paysage au musée de la Chasse et de la Nature en font partie.D’autres choisissaient de traiter un sujet ou un artiste réputés à partir d’un angle original, d’une courte focale qui le plaçait sous un nouveau jour. La saison XVIIe au Louvre a remarquablement rénové Vermeer, en le resituant dans la peinture de genre hollandaise, et sorti de l’oubli l’étonnant Valentin de Boulogne. Un travail de même envergure auxquels se sont livrés le musée d’Art Moderne, qui a fait émerger une problématique commune du corps chez Derain, Balthus et Giacometti, et le musée d’Orsay, aussi bien pour le caractère mystique de la peinture que l’art méconnu des portraits de Cézanne.Il faut également noter la magnifique exposition qu’a dédiée le Quai Branly à L’Afrique des Routes, qui dure encore jusqu’au 12 novembre, agréablement complétée par la courte Du Jourdain au Congo. Malgré un sujet très vaste, la muséographie garde un cap esth-éthique cohérent : remettre l’Afrique à sa place, soit, pendant la majeure partie de son histoire, un centre économique, culturel, politique et religieux au cœur des routes commerciales. 
La surprise vient néanmoins d’un nouveau venu, qui a marqué de manière fracassante son entrée sur la scène parisienne : la Fondation Louis Vuitton, qui a sorti le grand jeu avec l’exposition Chtchoutkine. Sa fréquentation record se mérite amplement, tant l’intelligence de la scénographie, la solidité des panneaux et l’intérêt des pièces se complétaient à merveille. La captation du public parisien et des critiques par une institution privée – la FLV appartenant à Bernard Arnault – pose cependant question alors qu’ouvrira l’an prochain la nouvelle Bourse du Commerce, rachetée par François Pinault. Puisque désormais les grands capitalistes français investissent le monde de la culture en proposant en outre des expositions extraordinaires, comment se positionneront les établissements publics ? Si la course aux chefs-d’œuvre peut à court terme conserver du public, il n’est pas sûr qu’à l’avenir cette stratégie de la démonstration de force se révèle gagnante.   
Maxime

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