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Ça. Pourquoi le film d'horreur doit rester indépendant

Par Balndorn
Ça. Pourquoi le film d'horreur doit rester indépendant
Le succès en salles de la dernière production horrifique de la Warner confirme un phénomène récent : l’emprise de plus en plus forte de grands studios hollywoodiens (Universal et Warner) sur le genre du cinéma d’horreur, pour en fournir une version frelatée et socialement acceptable.
La grosse machine à effets spéciaux
En soi, Ça se regarde. Comme tout blockbuster un tant peu soit peu maîtrisé. La forme se met complètement a service de “l'efficacité” horrifique. C’est là où le bât blesse: à trop vouloir plaquer sur le genre des recettes industrielles, l’effroi devient prévisible. Et le genre perd toute sa saveur.Listons quelques-unes de ces techniques usées jusqu’à la corde. D'abord la musique et le design sonore : Muschietti appartient à ces “faiseurs” qui n'ont aucune finesse dans l'usage des sons. À chaque fois que plane une menace, on pousse les décibels à fond ; sans aucun usage ironique. De sorte que l'épouvante se démasque avant même sa venue, sans même tisser une atmosphère horrifique, nécessaire au genre. Quant à la musique, elle ne fait qu'accompagner – ou standardiser – les sentiments des personnages : à scène triste, violons ; à scène heureuse, air guilleret.Cette omniprésence musicale affaiblit par ricochet la puissance des jump scares. Déjà contestable comme procédé en soi (du fait de leur facilité, mais en même temps cette brusque survenue d'un plan souligne la puissance des images seules), le jump scare, souligné et annoncé à grands renforts de trompettes, perd ici tout effet. Voir apparaître le visage du clown grimaçant tant annoncé (Bill Skarsgard) verse alors dans l'ennui, si ce n'est dans le grandguignolesque. Enfin, parlons des effets spéciaux numériques. Je vous ai déjà dit ce que j'en pensais dans Alien : Covenant.  Le numérique tue l'effroi. Il polit, il lisse, il unifie, alors que l’horreur, ou du moins l’inquiétante étrangeté, se nourrit de visages difformes (mieux que la femme qui hante le groupe d'enfants) où la bizarrerie défie la raison.
Haro sur le cinéma d’horreur
L’emprise des grands studios hollywoodiens sur le genre horrifique se fait de plus en plus sentir : d’abord le Dark Universe de Universal (Annabelle, Conjuring...), et maintenant la Warner, qui prévoit d’ores et déjà une suite à Ça (conforme en cela au roman de Stephen King, mais surtout à une logique de rentabilité). Évidemment, le cinéma d’horreur indépendant ne disparaîtra pas pour autant ; mais on peut s'inquiéter de voir grandir un cinéma d'horreur on ne peut plus consensuel qui progressivement occupe le devant de la scène.Car la mise en scène clichée va de pair avec un propos familial. Il suffit de comparer It et It Follows, film d’horreur indépendant à la thématique proche. Dans les deux œuvres, les personnages apprennent à dépasser leurs peurs : mais là où l’héroïne d’It Follows apprend à vivre avec sa peur, les gamins de Ça règlent leurs soucis à coups de batte de base-ball et de pistolet à pistons. La brutalité comme mode de vie. Finesse de la mise en scène engendre l’intelligence du propos, et lourdeur formelle le consensus moral.Autant dire que l’indépendance économique du cinéma d’horreur est nécessaire à son indépendance esth-éthique. Souvent subversif – pensons à La Nuit des Masques, Massacre à la tronçonneuse ou encore La Nuit des morts-vivants –, le genre correspond mal aux grosses productions, dont l’objectif de rentabilité vise le consensus social. En s’appropriant l’effroi, les grands studios le neutralisent, et diminuent d’autant le pouvoir subversif du genre.Ça. Pourquoi le film d'horreur doit rester indépendant
Ça, d’Andy Muschietti, 2017
Maxime

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