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Bénin : quand inaptitudes et corruption gangrènent un secteur funéraire à la dérive

Publié le 02 octobre 2017 par Daniel Leprecheur

Établissements surchargés et risques d’épidémie

Il est de notoriété publique que les morgues béninoises ne respectent aucune norme d’hygiène fondamentale. Les constructions sont décrétées sans étude préalable, les chantiers sont anarchiques, et les lieux très vite débordés. Ainsi il y a deux ans, on dénombrait deux cents corps entassés dans les frigos obsolètes du funérarium de la ville de Dangbo, structure qui ne possède aucun laboratoire post mortem équipé pour préparer les dépouilles. Dans la même période, on recense trois fois trop de cadavres dans une morgue conçue pour recevoir douze dépouilles seulement. Le plus grand hôpital du pays amoncelle quelques sept cents morts dans une structure prévue initialement pour une cinquantaine d’individus.

Les dépouilles entassées parfois sur plusieurs mètres de hauteur sont jetées là sans aucun tri. Les assistants y mélangent les décès par mort naturelle ou accidentelle comme les victimes de fièvres hémorragiques ou du choléra, sans se soucier des risques de contamination accrus par la décomposition de corps en nombre important, enfermés dans des espaces clos et sales. En conséquence, pareille situation multiplie la menace d’épidémies graves, les familles étant exposées au même titre que les employés mis quotidiennement au contact des cadavres.

Personnels inaptes, promoteurs avides

Les employés justement ne bénéficient d’aucune formation sérieuse ; quand ils suivent un enseignement préalable, c’est avec du matériel obsolète, sans aucun support sérieux, ni aucune connaissance anatomique ou chimique. Ajoutons que le Bénin ne possède pas d’école spécialisée, aucun cursus dédié. On trouve seulement quatre experts en la matière pour un population de presque 10 800 000 habitants et un territoire excédant les 110 000 km² ; ces spécialistes ont été initiés dans les pays européens, plusieurs d’entre eux ont préféré rester en Occident pour opérer.

Quant aux directeurs des établissements funéraires, ils ignorent tout ou presque de codifications et de lois quasi inexistantes. Le pays ne possède aucune législation claire et rigoureuse en la matière. Pourtant les entreprises de ce genre fleurissent, autorisées par des maires qu’on achète avec des pots de vin. Cela n’a rien d’étonnant : l’activité est très rémunératrice, et l’on peut s’enrichir facilement et rapidement avec ce type de commerce, du reste trusté par des financiers qui par ailleurs sont eux-mêmes des hommes politiques ou des hauts gradés de l’armée, dotés d’une véritable influence.

Fraudes et pots de vin

Faisant fi de la santé publique et de la protection des populations, ces derniers ont la main mise sur le secteur car ils usent de ces bénéfices faramineux pour consolider leurs carrières, sans jamais réinvestir les dividendes dans la modernisation des structures et du matériel, qui sont pourtant antédiluviens. Ainsi ce seraient quelques 50 millions de francs CFA qui partiraient dans les réseaux d’influence, sans qu’il y ait jamais de contrôle ni de sanction, ces personnalités ayant droit de regard sur des textes de lois qu’ils façonnent à leur profit.


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