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Blade Runner 2049, ou comment s’abîmer dans la grandeur

Par Balndorn
Blade Runner 2049, ou comment s’abîmer dans la grandeur
Avez-vous déjà assisté à un naufrage cinématographique ? À voir l’un des films que vous attendiez le plus s’enfoncer toujours plus dans la stérilité ? dans le morne ennui ?Blade Runner 2049 fait partie de mes cruelles déceptions. J’attendais beaucoup de Denis Villeneuve après son merveilleux Premier contact ; je plaçais beaucoup d’espoirs dans une suite de Blade Runner. Et j’eus droit à un blockbuster non seulement insipide, mais en plus prétentieux.
L’ennui des ruines
Sans doute cela tient à l’écart entre l’idée que je me faisais du film et sa réalisation effective. Peut-être. Sauf que près de 5% de la salle manifestèrent leur désapprobation en désertant leur siège. Alors pourquoi cette frustration ?Revenons au premier Blade Runner, film culte. Ou plutôt, constatons le pas de côté qu’effectue Villeneuve par-rapport à l’œuvre originale. Certes, on appréciera sa volonté de ne pas faire un remake du film de Scott, et, hormis quelques clins d’œil, de proposer une suite qui s’en affranchisse. Tout au long du film (et c’est vraiment long), on reconnaît indéniablement la patte du réalisateur, même pour une aussi grosse production. Mais esquisser un pas de côté est-il nécessairement une bonne chose ? et quel est cet écart ?Comme le premier opus, Blade Runner 2049 dilate sciemment l’action dans le temps, au profit d’un travail sur l’atmosphère ambiante. Toutefois, à force de dilater, de retarder l’échéance des révélations (devinées bien à l’avance), le film se perd dans l’ennui. Non pas l’ennui contemplatif du premier volet, où, à travers l’errance de Deckard (Harrison Ford, toujours fidèle au poste), se profilait l’image d’une cité sur le déclin, à la limite de la pourriture humide ; ici, l’ennui vire à la leçon métaphysique, à la méditation philosophico-romantique de K (Ryan Gosling, mutique comme à son habitude) sur la signification de ruines futuristes et l’irrémédiable décadence d’une Terre rongée par les pesticides et les technologies numériques.
De l’érotisme froid
Mais voilà. Cinéma et métaphysique ne font pas bon ménage. Sans doute parce que le cinéma appartient de manière existentielle à l’ordre du physique, parce qu’il ne peut pas directement incarner un discours abstrait. Pour tisser un discours, il a besoin de connexions, de liens – d’un montage. Or c’est ce dernier qui fait défaut dans le dernier Villeneuve, qui, contrairement à son habitude, privilégie la fixité du plan (hyper) large à la sensibilité des raccords. Austère, la mise en scène fatigue ; grise ou orangée, la photographie épuise ; monumental, le décor exaspère. À l’instar des innombrables hologrammes féminins qui envahissent la ville et l’appartement de K – on remerciera au passage le film pour confirmer le statut fantasmatique et sexuel des femmes –, Blade Runner 2049 propose un érotisme froid, complètement cérébral et dés-incarné. Quelque chose semble épuisé dans ces images de pin-ups lascives, comme si le désir – dont le nôtre de poursuivre la projection – avait définitivement quitté l’humanité. Quelque chose agace également dans le visage éternellement rigide de Ryan Gosling, qui depuis Drive, se contente de jouer le même rôle de séducteur silencieux mal compris : K/Ryan Gosling devient la figure de cette capitulation des sens. On est à mille lieues de l’émouvante (re)naissance à la sensualité de Premier contact, qui voyait Louise Banks (Amy Adams) découvrir la beauté d’un geste ou d’un mot dans un univers de couleurs pâles.
Y a-t-il un cinéma pompier ?
Monuments démesurés, échelle de plan inhumaine, profusion d’images numériques, musique tonitruante (Hans Zimmer se surpasse : les décibels poussés à l’extrême évoquent plus des barrissements d’éléphants qu’une quelconque menace) : cela ne vous rappelle-t-il rien ? Non ? Mais si ! Prometheus et Alien : Covenant ! Et pour cause : Ridley Scott se trouve producteur délégué de Blade Runner 2049. Et comme pour ses précédents films, il a tenu à imposer au petit dernier sa touche de géant pas finaud.Cependant, ne rejetons pas tout sur le vieux Ridley. Si beaucoup de ses problématiques hantent le film, à commencer par celles de la création/descendance et de l’intelligence robotique dont K, à la suite de David (Michael Fassbender), se fait le nouvel héraut, une bonne partie du naufrage incombe à Villeneuve. On sentait déjà germer dans ses œuvres antérieures une propension à la grandiloquence du vide. Jusqu’alors il réussissait à sculpter cette vacuité, à y faire échouer ses personnages après une tension épuisante (Prisoners, Sicario), à en faire un horizon indépassable (Enemy) ou, au contraire, un moyen d’entrer dans la vie (Premier contact). Villeneuve partage avec le sculpteur abstrait Henry Moore la passion de la béance palpitante. Or, dans sa dernière œuvre, la bulle éclate. À mettre au premier plan le néant, la vacuité, la décadence, Villeneuve s’y abîme.On tient là quelque chose de singulier. Un film pompier au XXIe siècle. À sa manière, Blade Runner 2049 aime rouler des mécaniques. Exhiber l’ampleur de ses moyens techniques et sa mise en scène démesurée. Mélanger dans un vaste fourre-tout les angoisses liées aux robots, à la réalité virtuelle et à la fin du monde. Et comme nombre de peintres pompiers, il piétine son sujet.Gageons que Villeneuve, réalisateur de talent, ne commettra pas le même naufrage pour le futur Dune.Blade Runner 2049, ou comment s’abîmer dans la grandeur
Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, 2017Maxime 

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