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Dans l’œil de la baleine

Publié le 09 octobre 2017 par Valentine D. @sciencecomptoir
Un bouquet de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae).Un bouquet de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae). (Auteur inconnu/Domaine public CC0)
Glissez-vous (métaphoriquement) dans la peau d’une baleine ! Créé en 1999, le D-Tag est une balise acoustique qui nous immerge dans le monde merveilleux des mammifères marins. Le but : aider les scientifiques à mieux saisir l’écologie et la physiologie de ces animaux encore bien mystérieux. En bonus, découvrez le cri de la baleine à bosse !

Balloté dans un canot pneumatique sur l’eau glaciale d’Alaska, David Johnston, Professeur en écologie marine à l’Université Duke, guette une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae). Ses mains gantées agrippent une perche de 12 mètres au bout de laquelle est fixé un appareil de la taille d’une (grosse) Go-Pro, pesant 300 grammes à peine. Son nom : le D-Tag. Une balise non invasive que le biologiste a créée en 1999 avec son collègue Peter Tyack, Professeur en Biologie marine au Scottish Oceans Institute (Royaume-Uni). Elle a pour mission de coller (littéralement) aux basques des Cétacés et de les suivre jusque dans les recoins les plus inaccessibles, où ils passent 90 % de leur temps.

Balise acoustique D-Tag sur le dos d'une baleineBalise acoustique telle une adorable verrue bionique sur le dos d’une baleine. (© US Navy/Wikimedia Commons) Mise en place d'une balise acoustique D-Tag sur l'aileron d'une baleine pilote.Bon d’accord, ici c’est le Dr Ari Friedlaender qui colle une balise D-Tag sur une baleine pilote à Hawaii. Mais à part ça, c’est tout pareil. (© U.S. Navy photo by Ari S. Friedlaender/Wikimedia Commons)

Soudain, le géant apparaît à fleur d’eau. David n’a pas le droit à l’erreur. Splouitch, d’un geste sûr, il plante la balise sur le dos de l’animal grâce à ses 4 ventouses puissantes. C’est parti pour 24 heures de baleine-stop !

Sous sa coque en polyéthylène, l’appareil embarque un hydrophone pour capter les sons sous-marins, un capteur de pression, un accéléromètre et un magnétomètre triaxiaux grâce auxquels il enregistrera les gestes, les sons et la trajectoire du Mysticète. Il supporte des pressions gigantesques : les plongées atteignent parfois 2 000 mètres de profondeur !

Quand son heure sera venue, le petit surfeur quittera son hôte sans un au revoir et regagnera la surface. Là, il appellera David par signal radio pour être repêché. Sa précieuse mémoire est déchargée, nous y voilà enfin…

Une fois sa mission accomplie, la balise se détache et appelle l'équipe de recherche
Une fois sa mission accomplie, la balise se détache et l’équipe de recherche accourt. (© Science de comptoir)

Grand Huit

Alors, quel effet ça fait d’être une baleine ? Voyez plutôt :

Cette vidéo de National Geographic (réalisée grâce à une balise Crittercam, équivalente du D-Tag mais dotée d’une caméra) montre un comportement très particulier des baleines à bosse.

Pour se nourrir, elles picorent des petits poissons qui zonent sur le fond de l’océan en se penchant sur le flanc. Elles effectuent une sorte de danse en spirale pour se déplacer tout en boulottant leurs hosties protéinées.

D’autres exemples de comportement alimentaire ci-dessous : la trajectoire de la baleine est reconstituée grâce au logiciel Trackplot (les cubes verts représentent chaque instant où la baleine ouvre son four pour se nourrir). Elle avale aussi pas mal de zooplancton, du krill pour les intimes, qui sont de minuscules crevettes : (à partir de 4mn4s)

Le cri de la baleine

Pour une immersion accrue, on peut synchroniser les images produites avec les sons enregistrés sur le terrain, une fois analysés et filtrés. Pour les mammifères marins, « Le son, c’est tout : c’est leur manière de communiquer, de trouver de la nourriture, d’appréhender leur environnement », indique Peter Tyack dans une interview.

Ce type de balises nous a notamment appris que les baleines à bosse possédaient 16 types d’appel distincts au sein de 4 classes vocales et qu’elles effectuaient en moyenne un plongeon profond pour 6 plongeons superficiels (< 25 m).

Certes, ces données nous renseignent sur le comportement social et alimentaire des animaux marins, et sur leur réaction à la pollution sonore des océans. Mais à mon avis, leur plus grand mérite est de nous donner une réponse à la question que tout le monde se pose : à quoi ressemble le cri de la baleine à bosse ? Cela risque de vous surprendre… (réponse à partir de 9mn38s)

Sources :

  • David Johnston (2015). Visualizing Humpback Foraging in Alaska. Vidéo.
  • Johnson, M. P. and P. L. Tyack (2003). A Digital Acoutic Recording Tag for Measuring the Response of Wild Marine Mammals to Sound. IEEE Journal of Oceanic Engineering 28(1): 3-12.
  • Tyack, P. L., M. Johnson, et al. (2006). Extreme diving of beaked whales. Journal of Experimental Biology 209: 4238-4253.
  • Fournet, M.E., Szabo, A., & Mellinger, D.K. (2015). Repertoire and classification of non-song calls in Southeast Alaskan humpback whales (Megaptera novaeangliae), Journal of the Acoustical Society of America.
  • Colin Ware, (2015). Visual Thinking for Data Visualization: Patterns and Processes. Présentation orale.
  • Sound and Movement Tags, University of St Andrews.
  • Rob Patchett, Sam Wilson, Erik Anderson, Sean Cragg & Cate Kelly, (2013). Sound is everything – DTag. Vidéo.
Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être mon florilège d’anecdotes inavouables sur les mammifères marins, ou mon 2048 animé sur le thème des mammifères marins. Bon jeu !

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