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545ème semaine politique: ce que Macron ne dira pas de Jupiter (sur TF1)

Publié le 15 octobre 2017 par Juan
545ème semaine politique: ce que Macron ne dira pas de Jupiter (sur TF1)

Où il est question d'un débat politique à nouveau hystérisé, d'un Jupiter sans recul et si puéril, et d'une politique de classe que la mise en scène élyséenne masque mal.


Appliquer un programme de classe
La campagne fait rage, ou presque. Les Républicains se cherchent un nouveau président. L'élection/désignation est prévue pour décembre, et l'indifférence médiatique guette le scrutin. Alors il faut frapper, secouer, agiter l'électorat le plus réactionnaire de cette droite jadis hystérisée par Sarkozy puis Fillon. Laurent Wauquiez fait la course en tête, faute de rivaux sérieux. Il est secondée par une ancienne juppéiste. Virginie Calmels vise la vice-présidence du parti, au prix d'une pirouette idéologique personnelle en si peu de temps et pour de si funestes raisons qu'elle dépasse l'entendement. Les deux sont bien embêtés avec la politique de Jupiter.
Ils n'en demandaient pas tant. 
Mercredi, la bourgeoise bordelaise défend quand même l'essentiel du projet de budget de Macron, et notamment la quasi-suppression de l'ISF. Elle défend sa classe au micro de Nicolas Demorand sur France inter. On pourrait sourire si son propos sur la suppression de la partie immobilière de l'ISF par Macron ne suintait pas au mépris de classe aussi grand que celui de nos actuels dirigeants: "L’immobilier est un refuge pour beaucoup de Français pour faire face aux aléas de la vie et être propriétaire est quelque chose auquel les Français aspirent".
N'imaginez pas Jupiter reconnaître pareil soutien.  Il réfléchit au contraire à un "grand discours social" pour les semaines à venir.
Ne riez pas.
Caricaturer son opposition
La critique de Macron à l'encontre de Hollande est mal habile. On sent qu'il est mal à l'aise, effrayé de perdre les nombreux convertis socialistes qui peuplent sa majorité. Alors il tacle sur la personne de l'ancien président et, un peu, sur sa politique. Côté gauche, les survivants socialistes n'ont pourtant plus de mots assez durs pour dénoncer les maux macronistes. Même Bernard Cazeneuve se lâche à confier que la Macronista est à droite. Mais ces socialistes se déchirent encore. L'ancienne ministre puis frondeuse Aurélie Filippetti est menacée d'exclusion pour avoir soutenu une liste dissidente aux sénatoriales. Le PS veut aussi purger les ex-camarades désormais macronistes. Le temps est venu de clarifier une position politique qui a quasiment fait disparaître les socialistes de notre paysage politique. A force de contorsions politiques, ils ont été remplacés sur leur droite par l'aréopage macroniste.
 
Contre les insoumis, la macronista se lâche et elle a bien raison. Les insoumis reprochent à Macron sa politique de classe, ses mensonges écologistes et son mépris de la tradition diplomatique gaulliste. C'est largement suffisamment pour faire éructer, par sbires interposés, un jeune monarque si susceptible. 
Du coup, les polémiques sont à la hauteur de leurs attaquants, souvent minables et hystérisées. Au moment même où le chef de file des députés macronistes est exempté de procès car les faits de trafic d'influence dont ont l'accusent sont prescris, quelques macronistes attaquent les insoumis plus visibles comme le couple Corbière/Garrido victimes d'hallucinations collectives et de raccourcis bien ciblés; ou la députée Danièle Obono (dont la participation à un rassemblement du groupuscule des Indigènes de la République 11 ans avant la création de la France insoumise équivaut à considérer les Insoumis soutiennent ce même mouvement ... sic!); ou même le politologue Thomas Guenolé dont la moindre critique contre les médias dominants (c'est-à-dire les plus lus, vus et relayés) lui vaut l'accusation de faire la police de la pensée (sic!).
Et que dire de l'affrontement Valls/Mélenchon, qui ne grandit ni le premier déjà très bas, ni le second, qui mérite mieux ? 
Ou de cette polémique sur le drapeau européen ? Il suffit d'écouter Mélenchon sur l'idée européenne ("tout le monde est pour") pour se convaincre de la bêtise des accusations contre celles et ceux qui n'aiment plus ce drapeau synonyme d'asservissement.
Cacher son boulet fiscal
Lundi, les nouveaux dirigeants de la "Start-Up Nation" se retrouvent en séminaire expresse mais forcément communiqué, filmé, orchestré médiatiquement comme il se doit.
Mercredi, la ministre de la Santé présente le plan de financement de la Sécu en Conseil des ministres. Jupiter est ravi. Il y a des économies, massives, et quelques mesures d'affichage populaire, symboliques dans leur ampleur. La communication gouvernementale commence par un gros demi-mensonge: ce projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 rendrait "7 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux actifs, par une baisse de leurs cotisations sociales." 

C'est techniquement vrai, mais c'est oublié la hausse parallèle de la CSG, et les 4 milliards d'euros de déremboursements et économies de soins que les mêmes ménages devront supporter. Les calculs de gains de pouvoir d'achat sont même fracassants pour le story-telling présidentiel: plus les ménages seront aisés, plus ils bénéficieront d'économies.
La vie est belle en Macronista !
Il y a ensuite ces annonces  symboliques, notre jeune monarque est trop généreux: le minimum vieillesse augmentera de 100 euros... sur 3 ans. Par comparaison, les 350 000 foyers bénéficiaires de la quasi-suppression de l'ISF vont économiser environ 10 000 euros d'impôt en moyenne tout de suite, dès 2018. Merci Macron, merci patron. Seconde mesure symbolique, la revalorisation du complément familial majoré versé aux familles monoparentales et modestes ne concernera que 76 000 familles environ. Tant mieux pour elles, c'est une mesure bienvenue. Mais confondre cette charité marginale digne d'un Ancien Régime craintif avec une politique socialement équilibré est risible.
Au passage, ce PLFSS confirme la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en allégements généraux sans contre-partie pour les entreprises.
Jeudi, tous les syndicats défilent un à un à l'Elysée. Le show est chronométré, pas plus d'une heure chacun pour se "concerter" sur la réforme de la formation professionnelle et de l'assurance chômage. Fidèle à son habitude, Macron ne dévoile que le minimum et fait démentir toutes les fuites publiées dans la presse. Il ne faut broncher quand la ministre du travail, l'ex-DRH de Danone gavée de stock-options pour ses quelques plans sociaux à succès, explique sans rire que l'assurance chômage doit "se réformer" car les contrats précaires coutent trop cher. Qu'entend-t-elle par là ? Qu'il faut les sur-taxer alors que sa loi Travail vient de créer le contrat le plus précaire que notre Vème République ait connu ?
545ème semaine politique: ce que Macron ne dira pas de Jupiter (sur TF1)Mépriser de l'étranger
Le jeune monarque a enfin accepté, il sera interviewé par un journaliste, en direct et à la télévision. Depuis son élection, Jupiter fuyait les exercices audiovisuels en direct. Son besoin de contrôler jusqu'au bout le story-telling de sa présidence était devenu si caricatural et ringard. Le candidat Macron souriant et à l'aise lors du débat de l'entre-deux tours présidentiel avait laissé place à un Jupiter coincé, éruptif et paranoïaque.
L'entretien dimanche a été tenu secret, mais le nouveau Monsieur com' de l'Elysée, l'ancien journaliste Bruno Roger-Petit confirme la normalisation de Jupiter: "c'est un retour aux fondamentaux de l'entretien présidentiel". On entendra donc Macron répéter combien la France ne pas jalouser ses plus riches, que chacun doit rêver d'être milliardaire, et que la spéculation financière, désormais moins fiscalisée que les revenus du travail, est bonne pour l'économie.
Mais l'interview présidentielle la plus fascinante, la plus révoltante, la plus hallucinante est publiée par le magazine allemand Der Spiegel dans la semaine. Le média allemand lui-même ne s'y trompe pas: sa couverture titre sur une double citation: "je ne suis pas arrogant" (en haut de page), "je fais ce que je veux" (en bas de page). Le jeune monarque y confesse surtout que son fameux discours sur l'Europe, déclamé quelques heures après la (petite) victoire législative d'Angela Merkel aux élections législatives allemandes, avait été envoyé à la chancelière puis modifié par elle avant qu'il ne le prononce en France... Quel aveu stupéfiant... Quelle génuflexion...
Jupiter réédite aussi ses critiques à l'encontre de ses compatriotes. Il n'est jamais plus sincère sur les Français que lorsqu'il s'exprime à leur sujet depuis l'étranger. Il dénonce ainsi la "jalousie qui paralyse la France", et réfute toute arrogance ("Je ne me prends pas pour un roi") par cette curieuse et contre-productive formule:
"Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux"

Ami macroniste, ne sois pas arrogant.
Tu es au pouvoir.
Sois responsable.


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