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Dialectique pitoyable

Publié le 17 octobre 2017 par Jean-Emmanuel Ducoin
61% des personnes qui ont regardé Macron dimanche soir affirment ne «pas avoir été convaincues» à l’issue de cette interview sans surprise, d’où il ressort l’essentiel de son idéologie appliqué à tous les sujets économiques et sociaux: le mépris de classe.
Dialectique pitoyableEn politique, l’indifférence n’a rien d’un péché véniel. C’est même souvent tout le contraire, une forme de toute-puissance revendiquée. Les Français qui ont écouté Emmanuel Macron, dimanche soir, le savent aussi bien que nous. Sa tentative d’«améliorer sa relation au peuple», selon les mots off d’un de ses conseillers, a tourné au fiasco. Près de 10 millions de téléspectateurs l’ont regardé, et déjà un sondage Harris Interactive vient doucher ses espoirs: 61% des personnes «exposées à la prise de parole du président» affirment ne «pas avoir été convaincues» à l’issue de cette interview sans surprise, d’où il ressort l’essentiel de son idéologie appliqué à tous les sujets économiques et sociaux: le mépris de classe. Et il assume! Alors que le climat a sévèrement évolué depuis la signature des ordonnances, le chef de l’État, tel qu’en lui-même, a défendu son style comme ses choix stratégiques, sans jamais tenter de jouer sur l’affect ni regretter, ne serait-ce qu’entre les lignes, quelques-unes de ses expressions suffisantes, qui jalonnent son court séjour à l’Élysée («fainéants», «ceux qui ne sont rien», etc.). Au moins porte-t-il le vrai visage du pouvoir qu’il incarne, à savoir une politique au service des plus riches et du capital financier. Qu’on ne s’y trompe pas, sa parole et ses actes ne changeront pas. Ses propos sur la supposée «jalousie» de ceux qui souffrent envers les riches, et plus encore sa métaphore de la «cordée» sont d’une limpidité exemplaire. Cela présuppose qu’à aucun moment il n’existe d’antagonisme d’intérêt ou social entre «ceux qui réussissent» – donc les patrons et les riches – et ceux qui suivent, relégués la plupart du temps…
Ainsi, critiquer des choix fiscaux qui vont provoquer de nouvelles injustices criantes reviendrait à être jaloux des «gagneurs»? Tout s’exprime là, dans cette vision du monde si proche d’un salon de Lampedusa, mais si loin de la pensée de Jaurès. Cette dialectique de la «réussite individuelle» à tout prix, en opposition bien sûr à la justice sociale, est tellement pitoyable que nous n’avons qu’une phrase pour la qualifier: Macron est le président d’une grande entreprise de domination, celle des puissants.
[EDITORIAL publié dans l'Humanité du 17 octobre 2017.]

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