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#MeToo

Par Unefilleenchine

#MeToo

Lille, 1991
Une main à la culott* , sous la jupe, en allant au RU* un lundi midi.
Rapide, efficace et discret, je n’ai même pas su qui c’était. Cela ne m’a pas traumatisée, mais je m’en souviens comme si c’était hier, autant d’années après (que je ne compterai pas, ça va me pourrir la journée), tout comme de la petite jupe plissée bleu marine soulevée, que je n’ai pas dû beaucoup remettre. Un peu courte ? Pas tant que ça . Faut peut-être faire quand même un peu attention ma fille, tu es en ville maintenant.

Lille, 1992
Un voyeur dans les toilettes de l’internat, un mercredi du mois de juin, vers 13:30
Un beau mec en costume, la trentaine, avec un attaché case. Aperçu déjà deux fois en train de lorgner au dessus de la porte des toilettes à la pause des cours dans le bâtiment des prépas.  De face, donc difficile de ne pas voir sa tête à lunettes dépasser de la porte. La première fois ça m’a surprise, et presque fait rigoler : le mec s’est perdu ? Il a fait un pari avec ses potes ? La deuxième fois beaucoup moins ; j’en ai parlé aux copines et à l’administration. Jusqu’à ce que je retrouve le goret dans les toilettes de l’internat deux semaines plus tard… Trois cabines de toilettes en longueur derrière les douches : en t’enfermant dans celle du milieu et en montant sur la cuvette tu as une vue plongeante sur les fess* des minettes des cabines d’à côté. Va savoir pourquoi ce jour là je me suis retournée, pour découvrir le maniaque en train de profiter du spectacle avec délectation. Je me souviens avoir paniqué et hurlé autant que je pouvais, et être sortie des toilettes en même temps que lui, qui essayait de me calmer en m’expliquant qu’il ne me voulait pas de mal (ce que je comprenais en plus). Tout le couloir est sorti, et un dénommé Benoit de prépa HEC en planquette dans la chambre de sa copine est arrivé, faisant fuir le goujat qui a compris que je ne me calmerais pas (comme quoi c’est toujours bien d’avoir un brave gars planqué dans un internat de filles).
J’ai prévenu l’administration que je partais chez les flics et une CPE m’a accompagnée, après que l’on m’ait quand même demandé (un mec) si cela en valait bien la peine… Mauvaise pub pour le prestigieux lycée ? Le policier de service m’a expliqué que le cas se voyait régulièrement, que ce n’était pas a priori quelqu’un de dangereux mais juste d’un peu détraqué, « à qui il suffisait peut-être même d’écouter les bruits dans la cabine d’à côté pour trouver son plaisir », et proposé de passer en revue un fichier de gars susceptibles de correspondre au profil. Sur des fiches papier à l’époque ;  un bon paquet dans lequel je n’ai pas reconnu mon client.
Plus de peur que de mal ? Aucune agression physique certes, et c’est une chance car je me suis quasi trouvée paralysée par la panique quand c’est arrivé et n’aurais pas su me défendre. Mais un vrai traumatisme pour l’étudiante stressée que j’étais, qui m’a bien duré 10 ans.
Le refus d’utiliser des toilettes publiques, le double check des cabines d’à côté quand je n’avais vraiment pas le choix (hors de question d’entrer si les deux ne sont pas vides), et la tête en l’air pour vérifier qu’il n’y a pas de souci pendant toute la durée de l’action, abrégée au maximum. Je me souviens même avoir hésiter à utiliser les toilettes à Roissy et vérifié 12 fois que la voie était libre avant de partir en voyages de noces, 7 ans après pourtant, connard va.

Il y a eu depuis un photographe furtif qui agissait sous les jupes dans le métro de Lyon (1994), un exhibitionniste à Barcelone, septuagénaire soucieux de nous faire admirer sa « quéquétas »(1995), et quand même une belle main sous la jupe (encore), au rayon frais d’un Super U de Normandie en 2000, alors que j’était penchée sur « le bac » pour réaligner mes packs de Danone Nature X16. Je n’ai pas non plus vu qui c’était, mais pas le chef de rayon c’est sûr.

Que des « petites histoires » finalement, malheureusement banales, j’aurais presque tendance à dire que « je ne m’en tire plutôt pas mal » par rapport à d’autres. Mais des expériences qui m’ont quand même beaucoup marquée, et que je ne souhaite pas à nos filles.

Rien à signaler en Chine depuis 15 ans (et on est plus détendus sur le sujet toilettes, il arrive même dans les campagnes qu’il n’y ait pas de porte !), à part les « Faguoren hen piaoliang** » des chauffeurs de taxi – juste un compliment, ils disent ça à tout le monde-  ou l’occidental un peu lourdingue en goguette à la foire de Canton, à la terrasse du Mac Cawleys pendant que j’attendais les copines :
« Mademoiselle vous voulez que je vous aide à commander ?
– Pourquoi ta mère elle parle chinois ? Moi oui »
A peine un sifflet assorti d’un double bruit de bisou par un cycliste local d’une cinquantaine d’année l’an dernier, alors que j’attendais une livraison quasi en pyj devant ma résidence sur le coup de 23:30 (hé oui ça peut livrer tard ici). Aucun danger, le gardien était à côté et le cycliste n’a même pas ralenti. J’avais un peu oublié que ça existait par contre, des années que l’on ne m’avait pas sifflée.

De la chance ? Peut-être. Je n’ai pas abordé le sujet avec des amies chinoises et je ne donne que mon expérience en tant que française. Je sors régulièrement seule très tard (ce que je ne fais pas en France) et n’hésite pas à m’habiller court si j’ai envie, comme tout le monde ici ( les visiteurs français sont souvent très étonnés de la longueur des jupes, très très courtes). Jamais eu de souci non plus dans les transports bondés, ou ailleurs. J’ai du mal par contre à laisser ma Minikate de 14 ans toute belle toute blonde prendre le bus toute seule, alors qu’il n’y a aucun danger j’en suis sûre.

Je me réjouis de la libération de la parole de toute les femmes victimes de comportements inadaptés en ce moment, et de la prise de conscience des hommes que ce qui peut leur sembler un tout petit rien ou juste une blague peut être perçu très différemment par leur interlocutrice.

Un grand merci et beaucoup de courage à toutes celles qui dénoncent les porcs … pour une société meilleure !

*Restaurant universitaire
** Les françaises sont très belles


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