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Petit éloge du vagabondage pédestre et mental

Publié le 18 octobre 2017 par Jfcauche @jeffakakaneda

Petit éloge du vagabondage pédestre et mental

Très souvent l’on nous dit qu’il faut avoir une activité physique, par exemple marcher (au moins 30 minutes par jour) mais jamais personne n’utilise le terme « vagabonder ». Il est perçu comme péjoratif. D’ailleurs les résultats de recherche sur le Wikitionnaire l’associent à d’autres résultats comme « fou », « misérable », « crotté »… Cela n’incite pas à s’y intéresser.

C’est pourtant un de mes gros défauts – au regard de la société actuelle – et il ne faut pas que dans mon espace visuel traîne un sentier inexploré, un bord de rivière accueillant, une porte abandonnée et mystérieuse pour que j’y plonge avec joie. Je viens ainsi ce matin de déposer ma voiture au garage pour un contrôle technique et deux possibilités s’offrent à moi : soit rester assis dans la salle d’attente, soit faire 100m pour rejoindre un petit sentier qui longe une rivière et des prés. Bref, vagabonder. Je me souviens de journées complètes à errer à la campagne ou dans des villes comme Bruxelles ou Paris. Sans but précis. Je revois des congrès, meetings, salons où la plupart se précipitaient du coté de la machine à café tandis que je plongeais dans les bas-fonds qui entouraient les lieux (en costard-cravate, il faut le préciser

😉
).

Vagabonder, c’est sortir du cadre, aborder parfois des lieux peu fréquentés, se confronter à des espaces où le piéton n’a pas de place, voire où ont été reléguées des populations marginales.

Attention danger ? En plus de 20 ans de vagabondage, je n’ai jamais été inquiété, juste inquiet mais il ne s’agissait alors que d’un tour de mon imagination. Pour le reste, il suffit de prendre un minimum de précautions : bien regarder où on traverse, prendre son temps, ne pas rentrer dans un bâtiment qui semble en trop piteux état, être ouvert et amical.

Le danger n’est pas là. Il est surtout dans le regard des autres qui considèrent le plus souvent ces balades comme des excentricités. Je me souviens d’un retour de réunion (lorsque j’ai été encore salarié) où chacun s’est empressé de foncer dans sa voiture tandis que votre serviteur se payait deux kilomètres à pied. Cela m’a valu une incompréhension totale et quelques remontrances.

Il s’agit en effet de courir, d’optimiser son temps. Si l’on a du temps à perdre, il convient de le passer le portable à la main. Même si vous ne l’utilisez que pour un loisir, cela donne un air important. C’est plus gratifiant que d’errer au hasard, de marcher. Il semble dans la hiérarchie sociale que marcher c’est bon pour les autres, ceux qui n’ont pas d’ambition.

Je ne dis pas cependant que l’on n’a pas le droit de marcher. Mais, dans la société, il y a des temps bien définis pour cela. Apparemment il existe une loi qui dit « tu ne te baladeras que durant les vacances ou les week-ends ». La semaine c’est tabou car on travaille. Si tu déroges à cette règle, tu passes pour un fainéant.

Bref, optimisons notre temps. Mais est-ce bien efficace ?

Sur ces deux kilomètres à pied en effet – du loisir selon ma hiérarchie de l’époque -, j’ai eu tout le temps de réfléchir aux propos échangés durant la réunion. Mon cerveau était libre de penser, d’analyser et de construire un projet. Au terme de ma balade, tout était ficelé dans ma tête et il ne me restait qu’à utiliser mon clavier, ma plume numérique, pour partager ma vision avec mes collègues. Curieusement le fait que ma proposition ait devancé d’une semaine celles des autres n’a pas été retenu. J’avais vagabondé… Coupable tu es. Coupable tu resteras.

Parfois on s’étonne que je laisse les enfants jouer en atelier ? Quoi ? Ils ne font pas l’activité. Ils jouent ?

En effet, soit ils ont besoin d’un peu de vagabondage mental, soit c’est une récompense pour avoir mené à bien le travail demandé, soit enfin le jeu fait partie de l’expérience, de l’activité et est associé à un défi, un montage.

J’applique la même philosophie que pour le vagabondage pédestre. Ce n’est pas la faculté de savoir rester assis face à un bureau qui va sauver qui que ce soit; c’est la curiosité, la capacité à savoir utiliser ses compétences, à les mélanger, à en extraire tous les petits détails nécessaires au projet mené pour construire une nouvelle connaissance.

Les enfants en ont besoin autant que les adultes.

Récemment je jouais à Contra, un vieux jeu vidéo qui a bercé ma jeunesse. J’y ai joué tant et plus sur Amstrad CPC. Toute personne me voyant faire pourrait se dire que je ne travaille pas, que je m’amuse. Si on leur demandait s’il souhaite m’embaucher, je pense que la réponse serait non. La société a en effet besoin de gens qu’elle croit productifs, pas de flâneurs dans mon genre. Idem à l’école où je me serais payé une remarque voire une belle punition. Sauf que j’étais coincé à ce moment précis, coincé sur un bout de code et une manière de présenter les choses dans un mail. Coincé sur un terme qui ne venait pas. Alors j’ai fait comme de tous temps : j’ai laissé mon esprit vagabonder. Un quart d’heure plus tard la solution s’imposait. Si j’étais resté face à mon code ou à ce mail, rien ne serait venu. Et pourtant c’est bien souvent ce que l’on impose. La pause « cigarette » est acceptée au boulot. Essayez par contre de faire une pause « jeu vidéo » ou « balade ». Nous savons tous quels joyeux qualificatifs on vous donnera.

Visez pourtant l’efficacité. En éducation, les enfants ont besoin d’être stimulés, de respirer. Alors peu importe qu’ils donnent l’impression de ne rien faire. Pour peu que vous les ayez mis sur la voie, que vous les aidiez à gérer ces temps de pause pour qu’ils deviennent des moments créatifs et productifs, cela n’en sera que bénéfique.

Essayez par vous-mêmes. Où trouver le temps ? Je ne le trouve pas, je le prends ou plutôt je l’intercale. Explorez votre environnement proche. N’oubliez juste jamais d’avoir un carnet et un crayon sous la main (ou une application de prise de notes). Jamais…

Cet article a été rédigé sur mobile en 10 minutes face à une rivière, un saule pleureur, 3 canards et 2 poules d’eau. Relu, validé et posté avec 5 minutes de Castlevania entre deux.


Classé dans:Éducation, Réflexions

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