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Soirée débat de l'Institut Libéral: Diversité ou centralisme ?

Publié le 20 octobre 2017 par Francisrichard
Soirée débat de l'Institut Libéral: Diversité ou centralisme ?

Lauréats du concours 2017: Florent Chevallier (2e), Antoine Müller (1er) et Jennifer Burri (3e)

Hier soir, à l'hôtel Bristol à Genève, l' Institut Libéral organisait une soirée-débat sur le thème: Diversité et centralisme ?

Dans son mot d'introduction, Pierre Bessard, directeur de l'Institut libéral depuis dix ans, rappelle que la Confédération helvétique dépensait 2 francs par habitant en 1848 et qu'elle en dépense aujourd'hui 8'000... Puis il expose le programme de la soirée:

- Communication de Madame Victoria Curzon-Price, professeur honoraire de l'Université de Genève, présidente du comité de l' Institut libéral, sur le thème:

L'avantage du non-centralisme

- Remise des prix du concours d'essai 2017 de l' Institut dont le thème était:

Le centralisme menace-t-il la liberté? Les grands États ont de grands inconvénients. Les lois partent d'un lieu tellement éloigné de ceux où elles doivent s'appliquer que des erreurs graves et fréquentes sont inévitables. Benjamin Constant L'AVANTAGE DU NON-CENTRALISME

Victoria Curzon-Price pourrait aussi bien parler des désavantages de l'autoritarisme (que les gens lui préfèrent, paradoxalement).

Dans La présomption fatale (The fatal conceit), sa dernière oeuvre parue en 1988, Friedrich Hayek démontre pourtant que l'ordre spontané est supérieur à l'organisation délibérée: ce n'est pas une opinion, c'est un fait. Il est en effet présomptueux de penser que les décisions prises d'en haut sont les meilleures: l'effondrement de l'URSS (que Hayek n'a tout juste pas connu) en est la preuve par excellence.

Mais les croyances perdurent: Paul Valéry ne disait-il pas: Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d'être faux ? C'est ainsi que l'on croit en une caisse unique d'assurance-maladie, en l'harmonisation européenne de l'impôt-société, en la légitimité de Bruxelles...

Pourquoi n'y a-t-il plus que très peu de secteurs libres dans nos pays ? Parce qu'on souhaite une vie tranquille, où tout est clair et simple; parce qu'on croit pouvoir bénéficier des bienfaits de la concurrence sans... la concurrence.

Or le non-centralisme fonctionne. Pourquoi? Parce qu'en haut l'information sur la base de laquelle on décide est infime en comparaison de celle qui circule au niveau des individus et qui est mobilisée par le marché: partout où il y a de la vie ce système fonctionne.

De plus l'ordre spontané est un mécanisme automatique de sélection et d'évacuation des erreurs, alors que les décisions délibérées, au contraire, les accumulent. Pourquoi les préfère-t-on dans ce cas-là ?

Hakey pense que cela provient de la contradiction entre les valeurs morales du passé, telles que l'altruisme ou la solidarité, et les valeurs de l'individualisme, nées il y a 250 ans, telles que le respect de la propriété privée et des contrats.

Cette préférence pour l'autoritarisme est le système par défaut tout au long de l'histoire et penser que l'amour de la liberté est majoritaire est un rêve... Il y a toutefois des raisons d'être optimiste. En effet le processus naturel de remise en cause de l'autoritarisme est continu; il s'accélère même avec l'éducation et la culture.

Ainsi la mondialisation n'a-t-elle pas été planifiée et elle met la pression sur les autorités, de même que la technologie...

LE CENTRALISME MENACE-T-IL LA LIBERTÉ ?

Le jury qui a décerné les prix était composé de :

- Léonard Burnand, directeur de l'Institut Benjamin Constant

- Alphonse Crespo, vice-président du comité de l' Institut libéral

- Fathi Derder, conseiller en communication, conseiller national

- Olivier Meuwly, historien

- Myret Zaki, rédactrice en chef de Bilan

Les lauréats reçoivent ce jour, par virement, les montants de 1'500 francs (1 er), de 1'000 francs (2 e) et de 500 francs (3 e).

Pierre Bessard, avant de donner la parole à chacun des lauréats, en commençant par le 3 e, en continuant par le 2 e et en terminant par le 1 er , soulignent que ces derniers ne proviennent pas de la même université (Neuchâtel, Genève et Lausanne, respectivement) et qu'en quelque sorte le non-centralisme est respecté...

Jennifer Burri, à qui est décerné le 3 e prix, a axé son propos sur la deuxième phrase de la citation de Benjamin Constant. Pour elle, l'inaccessibilité et l'incompréhension qu'éprouvent les gens vis-à-vis de la législation parlementaire sont dues à son éloignement. Seule une minorité connaît le système et peut le changer. Il en résulte que la majorité ne peut que subir et être découragée de participer. Dans son essai, elle dit:

Une loi ne peut être simplement légitimée par l'obéissance qui en découle. Elle doit, au contraire, être le fruit d'un raisonnement et avoir été consciemment consentie comme "bon" motif de soumission.

Et elle regrette que le système éducatif [soit] défaillant au même titre que le modèle politique qui le soutient.

Florent Chevallier, à qui est décerné le 2 e prix, montre dans son essai que la centralisation est une constante dans l'histoire, quelle que soit l'aire géographique. Parce que elle est plus connue dans nos contrées, il s'est cependant limité à évoquer l'histoire européenne. Et la forme de l'essai lui a bien plu parce qu'il a pu se lâcher, délaissant avec plaisir la forme académique pour donner à son texte la forme d'un pamphlet, où les formules abondent:

Si la multitude libérale, la force décentralisée prouvait par la productivité et l'innovation sa Vérité, le rêve de la centralisation pensait, lui, toujours pouvoir prouver la sienne, en faisant usage du feu et de l'acier dérobé aux entreprenants. La tyrannie est trop malaisée dans la proximité. Le monstre cherche la distance comme il craint la lumière. C'est loin du peuple qu'il prospère, cet homme qui change de nom avec les siècles; roi hier, bureaucrate aujourd'hui, tyran toujours.

Antoine Müller, à qui a été décerné le 1 er prix, a lui aussi été séduit par la forme de l'essai, mais il lui a donné une forme traditionnelle : introduction, 1 ère partie, 2 e partie, conclusion. Ce qui ne peut que combler un esprit rationnel. Très classiquement, il annonce dans son introduction les deux parties qu'il entend développer:

- L'opposition entre centralisme et libéralisme:

Sous prétexte de rationalisation de l'action du gouvernement ou d'uniformisation des territoires, le pouvoir est confié à un centre. [...] La tradition libérale part du raisonnement inverse. Il s'agit, au contraire, de prendre l'individu comme élément central de toute réflexion.

Et l'objectif des libéraux est de fractionner le pouvoir et de s'attaquer également à l'unicité de l'État.

- Les grands États et leur pouvoir lointain commettent des erreurs:

Les sociétés sont elles-mêmes fractionnées: Cette configuration tend à nuancer l'idée de l'existence d'un bien commun ou d'un intérêt général. Il existe en revanche, un intérêt de l'État, ce qui est tout à fait différent.

Les grands États sont les plus susceptibles de commettre de graves erreurs: En intervenant, en légiférant, ils imposent des décisions uniformes à des populations et des individus qui ne le sont pas.

Sans compter que les grands États sont rarement dénués de volonté de puissance et, quand celle-ci se tourne vers l'extérieur, ils se doivent de restreindre l'espace de liberté des individus à l'intérieur, pour protéger leurs arrières...

La citation de Benjamin Constant est d'autant plus d'actualité qu'ont tendance à se renforcer les entités supranationales ou nationales au détriment des collectivités publiques locales et des individus...

Francis Richard


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