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ReAnima : va-t-on bientôt réveiller les morts ?

Publié le 01 novembre 2017 par Daniel Leprecheur

Un protocole précis issu des biothechnologies

Le projet ReAnima est propulsé par l’entreprise américaine Bioquark, située à Philadephie et  spécialisée dans les biotechnologies, plus spécifiquement la régénération des cellules et la restauration ADN, afin d’intervenir dans le traitements des lésions du tissu cérébral, des affections génétiques et des maladies dégénérescentes type Alzheimer ou Parkinson. Parmi ses différents champs de recherche, Bioquark s’investit dans la relance de l’activité cérébrale, avec notamment ReAnima.

Objectif : réinstaurer un état de conscience basique chez une personne déclarée en mort cérébrale avérée.

Pour ce faire, Bioquark a établi un protocole spécifique, qui repose sur plusieurs phases de traitement.

On prélève des cellules souches extraites de la graisse ou du sang du sujet ; ces dernières lui sont réinjectées dans la moelle épinière pour faire ancrage, ainsi que des peptides, sorte de protéines qui ont pour mission de réactiver ces cellules. Ce mélange est appelé BQ-A. Suite à ces injections, le cerveau est stimulé quinze jours durant par des pulsations électriques lumineuses intracrâniennes, ainsi qu’une thérapie laser visant à solliciter le nerf médian reliant le cou et le bras.

Il s’agit à terme de rénover les cellules et de favoriser leur connexion tout en dynamisant de nouveaux neurones. Les sujets feront l’objet d’une surveillance constante, notamment d’encéphalogrammes pour pister toute reprise d’activité cérébrale. On observera par ailleurs de possibles mouvements oculaires,  peut-être la capacité à suivre un objet du regard …

De nombreuses limites

Et c’est là que les questions abondent, interrogeant la validité du projet, son cadre éthique et ses retombées possibles.

Ces tests ne reposent sur aucun socle scientifique sérieux, comme l’ont du reste souligné plusieurs publications spécialisées ; en effet si le recours aux cellules souches constitue désormais une voie d’investigation sérieuse dans le domaine des traumatismes cérébraux et autres dysfonctionnements nerveux, aucun test préalable n’a été effectué sur des animaux en matière de réanimation pure.

Les essais doivent être réalisés sur des corps en état de mort cérébrale, or ce concept diffère d’un état à l’autre, et l’ensemble des chercheurs en interrogent les limites. On sait par exemple qu’une femme enceinte déclarée en DNC (death by neurologic criteria), si elle est maintenue en vie artificiellement, peut arriver au terme de sa grossesse et accoucher. Quant au prélèvement d’organes, il est pratiqué sur un corps qui continue à « fonctionner » sous machine, pour assurer l’oxygénation et l’irrigation des tissus. En conséquence la notion de mort cérébrale est plus que ténue, et rien ne dit que les tests seront effectués sur des sujets vraiment considérés comme décédés.

Quid de l’impact sur les familles, soudainement motivées par un espoir qui risque fort de s’avérer trompeur ? Qu’en est-il par ailleurs du consentement d’un sujet cliniquement déconnecté de la vie et qui ne peut donc donner son accord pour subir semblable expérimentation, dont on ne sait si elle va aboutir … et si, oui dans quel état sera le réanimé ? A quel niveau de conscience peut-il prétendre ? Que deviendra-t-il après la fin de l’expérience ? Qui le prendra en charge s’il a besoin de soins ? Et comment solutionner la question de son existence civile, de sa reconnaissance en tant que citoyen revenu d’entre les morts ?

Bientôt une réalité ?

Ces questions sont d’autant plus essentielles que Bioquark multiplie les tentatives de tests grandeur nature avec âpreté. Déjà en 2016, une étude d’envergure était programmée en Inde, dans un hôpital de Bangalore. Vingt corps devaient y être traités, sous la houlette du chirurgien orthopédiste Himanshu Bansal ; les autorités médicales du pays, notamment le Indian Council for Medical Research interdirent l’expérimentation, qui n’avait du reste été validée par aucune instance d’éthique scientifique, et n’aurait jamais été tolérée aux USA qui prohibent, pour l’instant du moins, ce genre de démarche.


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