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Interview : Olivier Vallaeys, créateur autodidacte

Par Vincent Espritdesign @espritdesign

Interview : Olivier Vallaeys, créateur autodidacte

Olivier Vallaeys est un autodidacte qui a appris et continue d’apprendre grâce à sa curiosité et son amour des belles choses. Il propose aujourd’hui des luminaires faits de cuivre, de béton et de porcelaine, mélange aussi atypique que son parcours.

Rencontre à la boutique de décoration Les Pénates où s’y trouve à l’arrière boutique et aux
yeux de tous, son atelier.

Interview : Olivier Vallaeys, créateur autodidacte

– Pouvez- vous vous présenter ? Votre parcours ?


Mon parcours dans le design est assez particulier, j’avais un autre métier qui me prenait beaucoup de place dans mon esprit, et j’ai eu un vrai besoin de créer. Ça a mis du temps, et ça a été techniquement une espèce de défi de créer une lampe avec un seul tube et un bloc de béton. L’idée était de réaliser cet objet singulier, et j’ai donc réussi à faire tourner ce tube dans du béton en une seule pièce. J’ai donc fait cette lampe au départ et c’était l’époque où l’on commençait à avoir des ampoules filaments, des ampoules décoratives, il y a une petite dizaine d’années environ.

C’était le petit défi technique qui m’amusait, que j’aimais et puis ce dessin de lampe je l’ai fait une fois, deux fois, trois fois… et j’ai vu que la lampe suscitait un intérêt, ça intriguait mes amis par exemple. Et la démarche a donc été de travailler le dessin encore un peu plus et à un moment donné je me suis dit que l’ampoule décorative n’apportait rien de vraiment très intéressant parce que tout le monde peut l’avoir et qu’elle ne donne aucune particularité au produit, c’est à partir de ce moment où je me suis demandé ce que je pouvais mettre en opposition au cuir et au béton pour avoir un abat-jour.

Car je n’aime plus voir le filament qu’il soit décoratif ou pas, ça agresse la rétine et je trouve que sur tous les luminaires sur lesquels on voit l’ampoule, il y a vraiment un manque, quelque chose de non fini. Je cherchais donc à faire disparaître le filament, faire disparaître l’ampoule sur quelque chose qui éclaire et qui donne une certaine chaleur. La solution c’était la porcelaine.

Je me suis dit que si je voulais que le produit aboutisse, il fallait ajouter un élément nouveau. Et la solution, c’était la porcelaine.

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– Comment en êtes-vous venus à la porcelaine ? C’est quelque chose que vous
pratiquiez avant ? Car vous avez un four dans le magasin.


Je veux être producteur de A à Z. L’obligation était de fabriquer mes moules, mes formes, je suis parti sur le moulage et non pas le tournage car il fallait que ce soit très fin (ce que ne permet pas le tournage). J’ai donc appris de moi-même avec les conseils d’un artisan potier.

– Pourquoi le cuivre et le béton ? Est-ce pour leur côté industriel ?


En fait, au départ, c’était pour moi ou même mes proches, et le cuivre même s’il est à la mode aujourd’hui il y a 10 ans il ne l’était pas forcément. C’était plus un défi personnel et la ligne et l’association cuivre-béton c’est quelque chose que j’apprécie bien depuis le début. Je trouve que le béton est un matériau génial car il prend la forme que l’on veut !

En contrepoids de lampe, c’est pratique car il permet de bien faire tenir l’ensemble, j’aime ce
matériau. Puis il y a la porcelaine qui est un matériau millénaire et assez noble qui va contrebalancer
le béton et le tube de cuivre.

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– Vous avez des influences particulières ?


En fait on peut dire que mon influence est ce côté industriel, des choses sur lesquelles j’ai flashé, des vieux outils d’usine qui sont revisités et par exemple tous les éclairages des usines des années 30 je trouve ça superbe.

A ce côté industriel il faut que j’apporte ma signature et le style des années 2010, sachant que l’industriel est maintenant un peu daté – on en a vu des meubles refaits, poncés pas beaux et beaucoup trop retravaillés à mon goût. Et il y a le questionnement de comment faire évoluer le mobilier industriel aujourd’hui, c’est une recherche.

– Donc vous proposez aujourd’hui principalement des luminaires, envisagez vous de vous attaquer à autre chose, comme des meubles par exemple ? Quelle est la suite ?


La suite c’est de continuer à faire des luminaires car l’aventure dans laquelle je me suis lancé n’est pas terminée, là je suis encore dans la période où je me demande jusqu’où mes créations vont m’emmener. J’aime les choses qui évoluent, au début c’étaient des luminaires en béton, cuivre et ampoule maintenant l’ampoule décorative a fait place à la porcelaine, maintenant je propose des pieds en faïence émaillée où l’on travaille sur la couleur.

Avec la faïence on est passé sur quelque chose qui se détache un peu de l’industriel tout en gardant la forme mais qui prend un côté un peu plus précieux, car maintenant on a du laiton, de la faïence émaillée, de la porcelaine… ça a donc évolué vers un côté plus classique de l’objet et maintenant la question est de trouver comment on peut faire évoluer les formes en utilisant des matériaux finalement simples.

J’aime beaucoup l’idée de la matière et de la forme, d’ailleurs il y a un fauteuil qui est en gestation, les tables dans la boutique je les ai dessinées. Et surtout j’aime l’idée de la maîtrise de l’objet du début jusqu’à la fin.

Je suis le seul en production, peut être que ça ne durera pas vu la demande, mais quoiqu’il en soit, l’évolution sera d’augmenter la production tout en gardant la même qualité actuelle.

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– Quelle est votre manière de fabriquer ?


Cela commence toujours par un dessin, j’essaie de créer ma pièce jusqu’au bout, en général elle évolue toujours un peu par rapport au dessin d’origine en fonction de la manière dont techniquement je vais réussir à la réaliser. La deuxième solution c’est en fonction ou des ratés ou à force de dessin, de fabrication, je tente des choses, je colle, je modifie, et je finis par trouver une idée pour une lampe future.

Je ne suis pas maquette, j’ai 5 ou 6 cahiers de croquis et de dessins de pièces que j’ai envie
de faire répertoriant environ une dizaine d’années de travail.

La signature se voit surtout sur la porcelaine, car le four apporte une déformation et un rendu artisanal qui est unique. Et si je fais faire industriellement un abat-jour je me retrouverais avec des produits identiques, et je pense que ce qui fait l’intérêt des pièces c’est qu’elles sont uniques, je pourrais presque reconnaître chaque pièce que j’ai fait parce qu’il y a en a une qui est déformée, l’autre non etc.

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– Vous travaillez à la commande personnalisée ? Vous faites du sur-mesure ?


Oui on fait les hauteurs des lampes à poser, des lampadaires, les couleurs des faïences, à condition que les proportions restent cohérentes. Mais nous travaillons sur des projets aussi, on crée des pièces uniques, par exemple pour un restaurant nous avons créé un abat-jour spécifique (reproduit en plusieurs fois), ils ont leur produit à eux.

– En parlant de projets, quel est le projet qui vous a tenu le plus à coeur ? Ou qui
va venir ?


Ce qui est paradoxal c’est que l’objectif de départ n’était pas que ça devienne ça. Et je suis presque pris dans le flot de la demande. C’est un genre de bébé qui grandit, il y a d’autres designers qui cherchent à collaborer avec moi.

C’est passionnant, ça me fait rencontrer des gens, par exemple Anne Lise Vernejoul qui est une designer papier – dont on vend une lampe de table – a un travail intéressant et nous nous sommes dit que cela pourrait être sympa de collaborer pour faire des mobiles en porcelaine, avec des feuilles de porcelaine (projet présenté à la Paris Design Week 2017.ndlr).

– Et vos produits ont été chez Portobello ?

Pour commencer, mon entourage m’a conseillé de proposer mes lampes à une boutique alors que ça n’était pas l’idée de base. Puis le cabinet de décoration Les Curieuses m’a attiré et j’ai donc proposé mes œuvres à David Gaillard, il a semblé intéressé et a pris 7 modèles et dans la même journé il en a vendu 2 ! Donc ça fonctionnait et on a continué comme ça pour des projets d’appartements etc..

On a démarché deux autres boutiques dont Portobello qui a pris des lampes en dépôt et ça fonctionne bien, elle a d’ailleurs mis à l’honneur 3 designers dont moi à la Paris Design Week 2017. Des articles de presse, des commandes, on commence à vouloir s’étendre et continuer, à Montpellier, Turin, dans des restaurants, des architectes… récemment une boîte de production nous a commandé une structure de 3 m de long avec 16 luminaires et un mélange de verre et porcelaine.

Comme je ne sors pas d’une formation particulière, et que j’ai appris de moi-même et avec quelques conseils, on arrive à – je pense – être en quelque sorte uniques sur le marché. Nous avons passé quelque temps chez Portobello, ils aiment beaucoup le béton et en ont toujours eu. Puis on a cherché à faire quelque chose de différent, on s’est mis à la faïence émaillée en gardant le béton, et en lui donnant des couleurs comme le bleu de Sèvres. Cela n’est pas évident de travailler la faïence, c’est quitte ou double quant aux défauts quand ça sort du four.

L’objectif est de continuer cette aventure et de savoir jusqu’où je peux aller ou ne pas aller. Pour l’instant l’aventure de la boutique Les Pénates c’est super, mais je compte rester dans la création et je ne souhaite pas être chef d’entreprise, j’aime juste savoir que mes objets plaisent, les faire connaître et trouver d’autres boutiques sympas, qui nous correspondent qui pourraient les proposer, d’abord en France dans les grandes villes puis à l’étranger (déjà à Turin). Être dans des boutiques de décoration comme Les Pénates ça met en valeur les luminaires et les objets qui les entourent.

– Vous faites des gobelets, des tasses…


Mais en fait les gobelets sont arrivés assez bizarrement, parce qu’avec les grosses pièces il reste plein de place dans le four alors je tente d’autres choses. Je chine des objets avec des formes intéressantes que je moule en plâtre et que je fais en porcelaine… on y retrouve aussi des petites imperfections qui leur confèrent un certain charme, on a tous voulu avoir notre propre bol !

– Pour conclure, que conseillez-vous en tant qu’autodidacte qui n’a pas suivi de
cursus de design lambda ?


Fabriquer des objets qui vous plaisent, toujours continuer à se donner des petits défis techniques, en suivant votre instinct et vos envies. Faire des objets qui dégagent votre personnalité en diffusant des choses qui vous ont influencé, sortir quelque chose de soi en fait.

Merci à Olivier Vallaeys pour ce moment très agréable,

Plus d’informations sur le designer : Olivier Vallaeys

Retrouvez notre sélection de rencontres : INTERVIEWS

crédits photos : Emmanuel Bluy

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