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Crémation : pourra-t-on encore y assister dans le futur ?

Publié le 12 novembre 2017 par Daniel Leprecheur

Un nouveau type d’aménagement … et de répartition des locaux

Rappelons les faits.

Octobre 2017 : le crématorium de Vern sur Seiche, proche de Brest, inaugure ses nouveaux locaux, après une mise aux normes particulièrement énergique en matière de développement durable, de mesures de sécurité et d’amélioration des conditions de travail pour le personnel. Quant à l’architecture, discrète et élégante, elle se fond désormais harmonieusement dans le paysage. Tout est pris en compte pour améliorer les services proposés aux familles, alors que le nombre de crémations va croissant.

A un détail près cependant : il n’est désormais plus possible pour les proches d’assister à l’entrée du cercueil vers le four qui génèrera la combustion. La salle permettant d’accueillir l’entourage pour se recueillir est maintenant distancé des locaux techniques où l’on traite les corps : plus de paroi commune, plus de vitre. Des écrans diffusant des vidéos calmes et des images de quiétude sont destinés à ceux qui désirent rester sur site pendant l’opération qui, rappelons-le, dure environ 90 minutes.

Moins de traumatisme, plus de sécurité

Confrontée à cette nouvelle politique de gestion sans même en avoir été avertie, une famille s’en est plainte, estimant avoir été privée d’une étape de deuil essentielle. Le site du quotidien régional Le Télégramme a rebondi sur ce fait divers, pour en comprendre la raison.

Ainsi, selon Renaud Sarabezolles, le président du Syndicat Intercommunal à Vocation Unique en charge de l’établissement comme des structures des autres communes de l’agglomération brestoise, cette décision s’appuie sur une enquête préalable réalisée auprès des usagers du lieu, qui ont signifié combien ce moment leur avait été pénible (on trouve le même écho en terme de mise en terre, une échéance redoutée par de plus en plus de familles).

Outre la volonté d’épargner une expérience traumatisante aux proches, le SIVU a également opté pour un renforcement des conditions de sécurité : lors d’une crémation, le four monte très vite en température, atteignant parfois les 1000°C ; une surchauffe génératrice d’incendie est à craindre, de même qu’un retour de flamme. L’objectif était donc de minimiser les risques, à l’heure où le nombre de crémations augmente, mobilisant les machines pour les soumettre à une cadence plus élevée. A ce titre, le site est déjà saturé comme le signale un très récent article de Ouest-France, et les autorités envisagent la création d’un deuxième four pour 2018. On peut alors se demander si les mesures d’interdiction adoptées ne viseraient pas à augmenter la cadence des crémations, pour faire face à cette demande accrue.

Trouver une alternative

La volonté de protéger les personnes physiquement, psychiquement et mentalement : la démarche est louable, mais elle néglige complètement ceux qui éprouvent le besoin viscéral d’assister à ce moment ultime, quand le cercueil est introduit dans l’habitacle du four. Le signe indubitable que la personne est décédée, partie pour un autre monde, l’occasion de l’accompagner dans ce dernier voyage, pour le soutenir, lui rendre hommage … Mr Sarabezolles, directement interpellé à ce sujet, dit être désolé de n’avoir pas tenu compte de cette volonté, prêt à envisager des alternatives pour satisfaire ceux qui désirent être présents jusqu’au bout.

Le nouvel aménagement des locaux du Crématorium de Rennes empêche les famille d’assister à la crémation | © Atelierdupont.fr

Impossible de reconfigurer l’espace, de casser les cloisons pour repositionner une vitre afin d’assister de visu au cérémonial ; encore moins envisageable de laisser entrer les proches dans le local, qui est soumis à des règles de sécurité et d’hygiène strictes. La solution passera donc probablement par la mise en place de caméras qui filmeront l’instant de la crémation, retransmis à l’entourage installé dans une salle de réception via des écrans.

Donner le choix pour mieux le respecter

La chose se pratique déjà du reste, dans plusieurs établissements. Il est donc tout à fait possible de régler le problème. Ici, ce qui retient l’attention, c’est que personne, durant la période de mise en place du projet architectural, n’a évoqué ce point, ni soulevé le problème. Par définition, une enquête s’avère toujours incomplète, les statistiques ne sont que des chiffres désincarnés qui percutent la réalité des êtres. Personne dans l’équipe du nouveau crématorium, ni parmi les membres des pompes funèbres n’a pris l’initiative d’informer ces gens de cette mesure. Or cela relève avant tout du choix de la famille, de sa responsabilité, des volontés du défunt en la matière.

Ici on ne s’en est guère préoccupé, généralisant un comportement, ignorant les besoins d’une autre partie de la clientèle, jugée soudain minoritaire. Pourtant les services funéraires traitent de l’humain dans sa diversité, à l’instant très intime de la confrontation au néant, à la perte. Peut-on alors se permettre d’imposer une manière de faire ? Est-on déontologiquement autorisé à agir ainsi ? Rappelons-nous le documentaire Dans la famille Croque-mort : les Girard préviennent les familles, ils les informent qu’assister à la crémation est pénible, éprouvant, qu’il n’est pas forcément souhaitable d’être présent … mais ce sont les familles qui choisissent en dernier ressort, et leur souhait fait autorité.


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