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Remise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Pierre Voélin

Publié le 14 novembre 2017 par Francisrichard
Café-Théâtre Le Bourg, à Lausanne

Café-Théâtre Le Bourg, à Lausanne

En 2008, le Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud a été attribué à René de Obaldia, en 2011 à Yves Bonnefoy, en 2014 à Marc Alyn et cette année à Pierre Voélin.

Ce prix prestigieux est décerné tous les trois ans. Il récompense l’ensemble d’une œuvre poétique particulièrement remarquable d’un(e) poète d’expression française, quelle que soit sa nationalité.

La cérémonie de remise de ce prix, richement doté (40'000 CHF), a eu lieu hier soir au Café-Théâtre Le Bourg à Lausanne.

Aujourd'hui est le dixième anniversaire de la mort de Pierrette Micheloud. Sans doute est-elle heureuse, là où elle se trouve, d'apprendre qui vient à son tour de recevoir son grand prix. Le jury de la fondation, qui porte son nom et qu'elle a créée en disparaissant, l'a aussi bien choisi que les lauréats précédents.

Car Pierre Voélin ne dépare pas du tout avec la théorie de ses prédécesseurs. Pourtant il aurait pu tout aussi bien ne jamais devenir un de leurs semblables.

Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

En 1960, il a onze ans. Ses parents l'emmènent visiter le camp de Dachau. C'est un choc. D'autant plus grand qu'il est d'une grande sensibilité - il l'est toujours d'ailleurs. L'effet, quasi physique, fut de suffocation, dit-il aujourd'hui.

La rencontre, au début des années 1980, avec l'oeuvre poétique d'Ossip Mandelstam, lui libère la parole accumulée en lui par la méditation des faits, qui l'ont rendu muet et qui ont été alimentés par un lot de lectures au cours des années.

Aussi ne publie-t-il ses premiers livres qu'à 35 ans. Il s'adonne dès lors à la poésie, qui ouvre l'esprit à l'imaginaire et qui est ce qui rompt l'accoutumance, et à l'essai sur l'art poétique.

Dans De l'air envolé (2011), il écrit:

Ce que cherche à préserver la parole de poésie, c'est la vie, la vie intacte, en toutes ses manifestations innocentes et libres, la vie non grégaire, individualisée, ressaisie dans une conscience, vie singulière (elle est de chacun), déployée sous le ciel de l'esprit, ou conduite, sinon forcée, par le souffle même de l'esprit.

Victor Hugo dit que le poète a charge d'âme, rappelle Jean-Pierre Vallotton. Pour Pierre Voélin, qui a été professeur de littérature française, qui n'a lu le poète en gloire que pour en parler à ses élèves et qui lui préfère Charles Baudelaire, le poète a plutôt charge de mots. Il les emploie comme le danseur danse ou le peintre peint.

Dans l'entretien préalable à cette soirée, il dit:

C'est par essence, selon moi, que la poésie aime et révère la concision et l'ellipse et la litote. J'aurais dégoût d'une poésie qui bavarde. La poésie est par nature un resserrement de la parole, elle ne capte que des instants d'illumination dans son précipité quasi chimique.

Le fait est que les exemples abondent dans son oeuvre où l'emploi du mot simple et juste agit en profondeur:

Aime celui qui murmure

bouche mêlée à la glaise du fleuve

en raison de nos faims et de nos soifs

(La lumière et d'autres pas, 1997, La Dogana)

Rose des foyers - bleu des fumeroles

les bouleaux pèlent sous le vent

piétinent les armées

(Des voix dans l'autre langue, 2015, La Dogana)

Dans sa collection du Poche suisse , les éditions de L'Âge d'Homme ont publié une anthologie de quatre poètes: Pierre Chappuis, Pierre-Alain Tâche, Pierre Voélin et Frédéric Wandelère. Forment-ils une école? demande Jean-Pierre Vallotton. Non pas, répond Pierre Voélin, ce qui les rassemble, c'est l'amitié. Ils auraient préféré certainement être édités séparément...

Pierre Voélin se dit poète de l'est de la France, poète frontalier, transfrontalier. Il préfère ne pas parler de la Suisse. Il pourrait en dire du mal... Il préfère parler de choses essentielles, de la mort - La vie s'éclaire pour chacun dès que la mort y trouve sa place -, de la nature - La terre est moins un refuge qu'une source de bienfaits et d'énergie...

Laurence Morisot, Olivier Engler, Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Laurence Morisot, Olivier Engler, Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Avant de remettre son prix au lauréat,  Olivier Engler, qui est président du Conseil de Fondation, évoque l'intelligence artificielle. C'est pour mieux souligner le rôle indispensable de poètes tels que Pierre Voélin dont la mission est de maintenir l'humanité en nous.

Plus prosaïquement Olivier Engler montre une photo de ce que seront les appartements construits à Belmont par la fondation et qui seront disponibles bientôt à la location. Les loyers lui assureront des revenus lui permettant de financer ses activités culturelles.

En remerciement, Pierre Voélin reconnaît qu'il est heureux de recevoir ce prix qui est une reconnaissance, à près de soixante-dix ans, de l'oeuvre accomplie au cours des dernières décennies. Il dit ce qu'il doit aux poètes aimés auxquels sa propre poésie fait écho et qu'il cite dans ses livres...

Il regrette que la poésie soit un genre délaissé par les éditeurs et ... les lecteurs, en Suisse, comme en Europe occidentale. C'est pourtant par la poésie que l'humanité pourrait faire son plein retour en nous. Quand elle y est encore, n'est-elle pas toujours en chemin de se perdre?

Dans l'entretien préalable à cette soirée, il dit aussi, élargissant son propos sur les grands poètes: Quant à l'art véritable, il est essentiel, il ne saurait être marginalisé même le jour où il ne concernera plus qu'un petit nombre d'individus sur terre...

Puisqu'il est question d'art, Jean-Pierre Vallotton, qui porte les deux casquettes de membre du comité et de président du jury, salue la performance de Laurence Morisot, la talentueuse comédienne aux yeux bleus, qui a su, avec sobriété, et diversité, donner vie aux textes choisis par lui, tirés de la dizaine de recueils de Pierre Voélin.

Il salue également les musiciens Marlyse et Guy Fasel qui, à quatre mains, ont interprété au piano, avec virtuosité, des intermèdes de Debussy, Brahms et Ravel. Et c'est sur des notes de Gabriel Fauré exécutées par eux que je m'éclipse hier soir pour aller dans une autre salle de spectacle à un autre rendez-vous littéraire...

Francis Richard

Laurence Morisot

Laurence Morisot

Pierre Voélin, Jean-Pierre Vallotton et, de dos, Marlyse et Guy Fasel

Pierre Voélin, Jean-Pierre Vallotton et, de dos, Marlyse et Guy Fasel


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