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La Fiancée de Frankenstein. De l'art de faire une suite

Par Balndorn
La Fiancée de Frankenstein. De l'art de faire une suite
Grand succès du Universal Monsters, Frankenstein motiva la décision de faire une suite. Ainsi naquit La Fiancée de Frankenstein, avec toujours James Whale aux commandes. Néanmoins, cela n'allait pas sans poser de problèmes, dont un majeur : comment donner suite à une œuvre autonome, dont la fin ne laissait pas envisager de continuité ?
Une suite artificielle
C'est à cette épineuse question que répond le prologue de La Fiancée de Frankenstein. Étonnante, la stratégie n'a pas été renouvelée par la suite par les autres franchises. Et pour cause : voir Byron, Mary et Percival Shelley deviser tranquillement autour d'un feu de cheminée, écoutant paisiblement la romancière résumer l'épisode précédent et entamer une nouvelle aventure de sa créature, qui a miraculeusement survécu à l'incendie du moulin, sent de plein fouet son artificialité. En plaçant d'emblée le film sous le signe de la littérature, le prologue acte de la faiblesse des productions Universal Monsters. Celles-ci souffrent, au regard de la production horrifique antérieure et postérieure, d'un double handicap : d'une part, leur imagerie peine à tenir tête au cinéma expressionniste allemand des années 20, et frise désormais le ridicule ; et d'autre part, la pâleur de la narration n'aboutit qu'à des récits souvent stéréotypés et à des fins bâclées.Néanmoins, la présence de James Whale à la réalisation maintient un relatif intérêt à La Fiancée de Frankenstein. Passé ce prologue, Whale s'attache à distinguer ce nouveau film du précédent ; en somme, à lui donner une autonomie dans la continuité.
Changer les thèmes ou changer de forme ?
Cette autonomisation de la suite se joue essentiellement dans les thèmes. À l'instar du second film d'une franchise de super-héros, La Fiancée de Frankenstein s'interroge à présent sur l'humanisation, possible ou non, de la créature. Réfugiée auprès d'un vieil ermite aveugle, elle apprend les rudiments du langage, des comportements sociaux et de l'amitié. À cette tentative de moralisation du monstre, bien vite entravée par les réactions brutales des habitants, eux-mêmes devenus monstres, s'ajoute la menace d'une autre créature, féminine cette fois ; et donc, de la reconnaissance d'une capacité de désirer à la créature initiale de Frankenstein.Toutefois, changer les thèmes ne suffit pas à faire un bon film. Accessoirement, voilà pourquoi les deuxièmes films d'une franchise (surtout quand elle concerne des super-héros) n'ont en général que peu d'intérêt. En ne jouant que sur le registre narratif, sans repenser une nouvelle esth-éthique de la créature et de l'univers, La Fiancée de Frankenstein ne fait que prolonger le premier opus ; et, timide, vit dans l'ombre de ce dernier. Multiplier les rebondissements, enchaîner de manière quasi-hystérique les scènes d'action, évite certes de s'encombrer de réflexions, mais limite du même coup la portée philosophique d'une matière aussi riche. De tout cela, on ne sent que la volonté de faire une suite aussi rentable que l’œuvre matricielle, d'autant que le titre racoleur – censé justifier l'existence du film – ne trouve son explication qu'au cours de la dernière séquence.Quand, à cette pure quête de l'aventure pour l'aventure, on ajoute d'évidents problèmes de raccordements avec l'œuvre antérieure – à commencer par les changements d'acteurs, qui troublent la caractérisation des personnages –, on n'obtient qu'un film de médiocre facture, dont la postérité retiendra surtout qu'il s'agit là d'une des premières tentatives d'exploiter un bon filon commercial.La Fiancée de Frankenstein. De l'art de faire une suite
La Fiancée de Frankenstein, de James Whale, 1935Maxime
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