Série
: Corto Maltese
Titre
: T13 Sous le Soleil de Minuit
Auteurs :
Juan Diaz Canales (scénario) et Ruben Pellejero (dessin)
Editeur :
Casterman
Année :
2015
Pages
: 88
Résumé :
Corto
Maltese et Raspoutine glissent en traineau dans le grand Nord. Vers
où ? Est-ce important ? Après une nuit frigorifiante, voilà
Raspoutine qui décède, congelé. Mais il a fait promettre à Corto
de ne pas le laisser mourir dans la neige et le marin se retrouve
avec une lourde charge, se traîner le corps de Raspoutine vers des
contrées plus chaudes. Mais ce beau projet de vie va être
interrompu à peine entamé que des cris de rage lointains vont venir
perturber.
Mon
avis :
Tout
démarre avec un poème de Robert W. Service et tout finit à la
lueur dansante d'un réverbère. Entre les deux, Corto aura traîné
ses basques d'un bout à l'autre de l'Amérique du Nord. Quelques
indices nous donnent la date de 1915. La guerre déchire l'Europe
mais l'Amérique semble encore loin de ce conflit. Même si ces échos
font parfois tinter les oreilles du Maltais, plutôt en mal qu'en
bien, tout au long de cette épopée.
Sous
le soleil de Minuit est le treizième album de Corto. Chiffre
évocateur de bonheur ou de malheur, mais surtout car il marque la
reprise de la série par Diaz-Canales et Pellejero. Le premier a
officié au scénario du célèbre Blacksad et le second au dessin
des aventures de Dieter Lumpen. Cette rencontre était prometteuse de
bonnes nouvelles.
Effectivement,
ce nouveau Corto nous replonge dans l'univers du Maltais. On retrouve
les personnages atypiques, l'ambiance éthérée, le style graphique
particulier, même si on est proche et néanmoins loin du style de
Hugo Pratt. L'histoire riche mélange réalité et fiction, comme
savait le faire Pratt. Mais j'ai l'impression qu'il manque quelque
chose, un petit rien évanescent, une touche de magie. Juste cette
petite touche de magie que l'onirisme apportait dans les tomes
précédents et qui me semble accrochée pus qu'intégrée dans cette
aventure. Je ne peux trop en dire sans dévoiler une des petites
surprises de cette histoire.
L'aventure,
le voyage, l'histoire, tout est là, enfin, à mes yeux, la majorité
des ingrédients de Corto. Il manque la touche de magie. Mais les
deux auteurs ont sorti un nouveau Corto, le tome quatorze, et je
serai curieux de savoir s'ils ont trouvé une solution à ce petit
souci.
Ce qui soulève une autre question : Pourquoi relancer Corto ? Une question gimmick qui concerne Blake et Mortimer, Boule et Bill, les Schroumpfs, Lucky Luke, Achille Talon et quelques autres. Un objectif financier ? Le besoin de faire revivre un personnage pour attirer les jeunes lecteurs qui n'auraient pas connu Corto ? Il est vrai que ces grandes licences permettent de ramener de l'argent et donc d'éditer des jeunes auteurs ou des nouveaux projets. Je ne peux donc pas cracher dans la soupe car sans Blake et Mortimer peut-être n'aurions-nous pas accès à des petites nouveautés dont on parle quelques fois ici. Mais je n'ai pas de manque sur ces personnages-là. En fait, pour moi, il s'agit de personnages et non de marques ou de licences. D'œuvres d'auteurs et non de produits déclinables à volonté. J'ai du mal à imaginer un auteur d'aujourd'hui écrire la suite de la comédie humaine ou des Rougon-Macquart. Comme j'avais du mal à imaginer que ce soit possible de lire un nouveau Corto ou Blake et Mortimer, leurs auteurs respectifs n'étant plus parmi nous. Mais je me trompais ! Bon, d'accord pour la continuation, mais pourquoi vouloir coller absolument au style de l'auteur. Pourquoi ne pas assumer complètement et ouvrir de nouvelles portes, comme le fait Spirou, par exemple, où l'on peut identifier au dessin les dessinateurs qui l'ont repris en main ? Sans doute, mon avis n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de tous ceux qui se sont exprimés sur le sujet et je ne prétends pas détenir la solution. Aussi, ne nous attardons pas et parlons du graphisme de ce nouveau Corto.
La couleur présente mais pas marquante sur cette page. Un beau dosage
On
se place dans la lignée du style de Pratt. Mais quand on lit Dieter
Lumpen, on comprend pourquoi Pellejero a repris les pinceaux. Il
était déjà par l'esprit et le trait dans la lignée de Pratt. Cela
a dû être un vrai plaisir pour lui de mettre la main aux couleurs
et aux dessins du célèbre marin.
Les
silhouettes esquissées sont bien là, les contre-jours, les feux de
bois, les gestes rigides des combats, les crack des fusils et même
les couleurs. Bien que parfois, on a l'impression de dégradé
numériques sur certains ciels et non d'aplats (numériques ou pas
d'ailleurs, pas grave). Je n'ai pas lu la version noir et blanc.
D'ailleurs, j'ai découvert Corto tout petit en noir et blanc et j'ai
vraiment plongé dans cet univers avec les tomes en couleurs. Du
coup, je n'appartiens pas aux puristes qui prêtent au Maltais une
essence intrinsèquement noir et blanc, mais je les comprends.
Et la version noir et blanc d'une autre page. Profitez de Ras, il n'est pas à pour longtemps.
Les décors sont autant de brins de pailles agencés pour former des villes, des paysages, et leur donner corps. La composition des planches reprend le schéma de une à trois bandes formées de une à trois cases. La présence du noir fait vite comprendre que la version noir et blanc retrouve ses aplats d'encre chers à Pratt. Le découpage des cases permet ce jeu sur les personnages et les couleurs, sur la présence et l'absence. Et ne laisse jamais perdu. Oui Pellejero dessine en gardant les codes de Pratt, mais ces codes, il les a absorbés au cours des années et il semble nous les restituer sans effort, comme si le moule créé s'adaptait à lui plus que l'inverse. Et tant mieux pour nous. Alors oui, j'ai envie de lire le quatorzième tome de Corto, sorti il y a peu mais j'ai aussi envie de relire des vieilles aventures du Maltais car Corto n'est pas juste un aventurier, il est aussi un rêveur. Et ce tome semble planter ce point pour l'évacuer tout aussi rapidement et ne garder que l'aventure.
La couverture Noir et Blanc, à l'inverse de la couverture couleur, nous montre le visage de Corto. Une part de mystère perdu... Pour finir, élément fort sympathique de ce nouveau cru : La page de garde présentant une planisphère de la terre et plaçant géographiquement les aventures précédentes de notre marin. Petit délice... Si vous aimez Corto, vous serez peut-être un peu désappointé avec ce nouvel opus, vous vous sentirez en recherche de quelque chose que vous ne trouverez pas au fil des pages, mais ce sentiment là, gardez-le précieusement au fond de vous car c'est sans doute celui qui anime Corto Maltese depuis de bien longues années et qui le pousse sur les mers du monde. En cela, quelque part, Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero nous ont finalement donné un petit peu de magie... Zéda le Maltais rencontre Corto Maltese !
David
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