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Emmanuel Macron, ses mots, ses (petites) phrases, son style

Publié le 02 décembre 2017 par Rolandlabregere
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Avec bientôt six mois de présence d’Emmanuel Macron à l’Elysée, une esquisse de sa vision de la communication liée à la fonction présidentielle peine à se construire. Emmanuel Macron aime le risque sémantique. Il ne lui déplaît pas de montrer que son expression, elle-aussi, est en mouvement. Imprévisible parfois, traditionnelle ou d’apparence désordonnée voire surprenante, la communication du président ne présente pas, en tout cas pour l’instant, les traits d’une pratique stabilisée pouvant préfigurer, sinon une définition, du moins les points saillants de ses préférences en la matière.

Indéniablement, le président trouve du plaisir à prendre les mots à revers. Privilège de sa fonction, comme celle des dirigeants de grandes entreprises, il use de plusieurs registres de communication, au premier rang desquels celui de la familiarité qui caractérise le désir de proximité avec tel ou tel interlocuteur. A quelques jours d’une manifestation annoncée comme importante par les syndicats, contre la loi Travail, il explique à Athènes à l’occasion d’un discours sur le devenir de l’Europe qu’il « ne cédera rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». De même lors d’un déplacement en Limousin, région où se situe le site de l’équipementier automobile GM&S qui préparait un plan important de licenciements, visant la CGT, sans doute trop présente à ses yeux, il ne se gêne pas devant les caméras pour claironner que « certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas ». Ces échanges rugueux, par ailleurs parfaitement assumés, pourraient être perçus comme les premiers identifiants de sa manière de communiquer. Il s’agirait de surprendre, là où il ne devrait pas y avoir motif d’être surpris. En cela, l’hypothèse d’une certaine filiation avec les années Sarkosy pourrait être mise à l’étude.

Ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron choisit ses mots. Est-ce par souci d’attirer le regard des lexicologues ou de se mettre dans le sillage de Charles de Gaulle qu’il aime réveiller des expressions que les moins de 39 ans ne peuvent  pas identifier du premier coup ?  On se souvient de « poudre de perlimpinpin », expression utilisée face à Marine Le Pen au cours du débat de l’entre-deux tours. Cette poudre dont le président, à l’évidence, n’est pas l’inventeur, est-elle plus fiable que le « pipi de chat », remis lui aussi au goût du jour ? Nous gardons en mémoire le surprenant« croquignolesque » qui n’est pas sans repositionner au centre du plateau d’un jeu de scrabble l’ « abracadabrantesque » de Jacques Chirac, néologisme du plus pur cristal, passé d’abord à la postérité, puis dans le langage commun. Ces exemples nous éloignent cependant de l’idée maintes fois mises en avant de la recherche de connivences générationnelles. Cela ne veut pas dire, toutefois, que ce registre-là n’est pas mobilisé. Le récent voyage en Afrique marque une rupture de ton. En cela, le discours prononcé à Ouagadougou n’est en rien comparable à celui de Dakar fanfaronné par un président français sûr de lui et dominateur.

Emmanuel Macron serait-il en train d’installer une communication qui aurait pour vocation de briser les tabous, de ne s’appuyer sur aucune ligne préétablie faisant alors du contexte ou de la situation la racine des interactions ? En même temps, n’est-ce pas dans la nature même de la communication d’un président de la République que faire varier la tonalité de sa parole ? C’est une communication multifacette qui semble s’installer. A Suivre !

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