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[Etienne CHERON] Soudan du Sud: la famine perd du terrain

Publié le 29 juin 2017 par Etienne Cheron

(source : http://www.fao.org/news/story/fr/item/897112/icode/)

Plus de 6 millions de personnes victimes de souffrances liées à la faim principalement en raison du conflit

Photo: ©FAO/Albert Gonzalez Farran

Le nombre de personnes ayant du mal à trouver de la nourriture chaque jour au Soudan du Sud a augmenté pour atteindre les 6 millions.

COMMUNIQUE DE PRESSE CONJOINT FAO/UNICEF/PAM

21 juin 2017, Rome/Juba – Selon une nouvelle analyse publiée aujourd’hui, la famine s’est atténuée au Soudan du Sud après un renforcement significatif de l’intervention humanitaire. La situation demeure néanmoins grave sur l’ensemble du pays, compte tenu du fait que le nombre de personnes luttant pour trouver de la nourriture chaque jour a augmenté pour atteindre les 6 millions, soit une hausse de 4,9 millions depuis février. Il s’agit du niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé jamais enregistré au Soudan du Sud.

Selon la dernière publication sur le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), produite par le gouvernement, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, le Programme alimentaire mondial et d’autres partenaires humanitaires, la définition de la famine d’un point de vue technique ne s’applique plus aux comtés de Leer et de Mayandit, situés dans l’ancien Etat d’Unité, où l’état de famine a été déclaré en février. Dans deux autres comtés (Koch et Panyijiar), considérés en février dernier comme présentant un risque élevé de famine, l’aide, de par son caractère immédiat et soutenu, a joué un rôle important en évitant que la famine ne s’aggrave.

45 000 personnes vivant dans les anciens Etats d’Unité et de Jonglei sont pourtant toujours confrontées à des conditions catastrophiques et risquent de sombrer dans la famine si l’aide humanitaire n’est pas prolongée. Cela concerne notamment 25 000 personnes dans l’ancien Etat d’Unité et 20 000 dans celui de Jonglei, où la situation s’est rapidement détériorée en raison des déplacements provoqués par les conflits et de la mauvaise récolte de l’année précédente.

La situation se détériore dans l’ensemble du pays. Le nombre de personnes confrontées à des niveaux de faim extrême (le seuil précédant celui de la famine sur l’échelle IPC) a atteint les 1,7 million, soit une hausse d’1 million par rapport au mois de février.

«La crise n’est pas terminée. Nous arrivons à peine à garder ces populations en vie et beaucoup trop d’entre elles font face à des niveaux de faim extrême, avec des risques de sombrer dans la famine», a déclaré M. Dominique Burgeon, Directeur de la division des urgences de la FAO. «La seule manière de remédier à cette situation désespérée est de mettre un terme aux conflits, de garantir un accès libre au personnel humanitaire et de permettre aux populations de retrouver leurs moyens d’existence».

Les trois agences onusiennes ont averti que les progrès réalisés dans les lieux où étaient signalées les pires souffrances liées à la faim ne pouvaient être vains. La capacité des populations à se nourrir a été gravement compromise et, de ce fait, l’aide alimentaire d’urgence destinée à protéger les moyens d’existence doit continuer afin d’empêcher une tendance inverse qui les rapprocherait de l’état de famine.

«Les progrès réalisés dans les comtés affectés par la famine soulignent ce qui peut être accompli lorsqu’une aide soutenue réussit à parvenir jusqu’aux familles. Mais le travail est loin d’être achevé, cette crise continue de s’aggraver avec des millions de personnes risquant de sombrer dans la famine en cas d’arrêt de l’aide humanitaire. Il est impératif de mettre un terme aux conflits», a indiqué Mme Joyce Luma, Directrice du Bureau de pays du PAM au Soudan du Sud.

«Lorsque les agences humanitaires sont libres de se déplacer et ont accès aux ressources, alors elles sont capables de mettre sur pied des interventions rapides et solides et de sauver des vies», a déclaré M. Mahimbo Mdoe, Représentant de l’Unicef au Soudan du Sud. «Selon certaines estimations, plus d’un million d’enfants sud-soudanais sont pourtant mal nourris. La question de l’insécurité alimentaire est cruciale, tout comme celle des lacunes en matière de soins de santé, d’eau non potable, d’assainissement et de difficulté d’accès aux enfants ayant besoin d’être soignés. A présent, de trop nombreuses zones du pays demeurent isolées du reste du territoire du fait de l’insécurité, laissant des centaines de milliers d’enfants au bord de la catastrophe», a-t-il ajouté.

Les cas de malnutrition aiguë sont des urgences de santé publique dans plusieurs régions du Soudan du Sud, avec des études démontrant que la prévalence de la malnutrition globale aigüe dépasse le seuil d’urgence des 15 pour cent, établi par l’Organisation mondiale de la santé, avec notamment un pic de 26,1 pour cent signalé dans l’ancien comté de Duk, dans l’Etat de Jonglei. La situation devrait vraisemblablement se détériorer davantage lors du pic de la saison maigre en juillet, période de l’année où les provisions alimentaires des familles commencent généralement à manquer avant la prochaine récolte.

Un tableau assez sombre

L’aggravation de l’insécurité alimentaire est due au conflit armé, à des récoltes inferieures à la moyenne, à la hausse des prix alimentaires et aux effets de la saison maigre annuelle.

Le sud-ouest du pays, jusqu’à récemment faisant office de grenier alimentaire national, a enregistré des niveaux de souffrances liées à la faim sans précédent, en grande partie provoquées par les conflits. Les communautés agricoles ont dû fuir leurs domiciles, se réfugiant dans les pays voisins et laissant derrière eux leurs champs. Selon les analystes, le déficit céréalier national atteindra un taux record en 2018.

Sur la rive ouest de la rivière du Nil, au nord-est du pays, les souffrances liées à la faim ont refait surface après que de nouveaux combats aient provoqué des déplacements massifs de population et entraîné une perturbation des moyens d’existence, du fonctionnement des marchés et de l’acheminement de l’aide humanitaire.

L’intervention pour lutter contre la famine

Le PAM a réussi à atteindre 3,4 millions de personnes au Soudan du Sud depuis le début de l’année. Il a notamment été question d’une aide alimentaire et nutritionnelle d’urgence pour 2,6 millions de déplacés ou de personnes affectées par les conflits et de venir en aide à 800 000 autres personnes grâce à une opération de redressement destinée à aider les communautés à renforcer leur résilience face aux chocs, sans oublier un soutien continu aux réfugiés.

A ce jour, l’UNICEF et ses partenaires ont traité plus de 76 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS). Les enfants souffrant de MAS ont neuf fois plus de chances de mourir que les enfants bien nourris. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance s’est donné pour objectif de venir en aide à 700 000 enfants mal nourris à travers le pays. Dans le cadre de son approche multisectorielle afin de lutter contre le problème, l’UNICEF a déjà fourni de l’eau potable à 500 000 personnes et des installations sanitaires à 200 000 autres.

L’UNICEF, le PAM et leurs partenaires ont également multiplié les Missions d’intervention rapide, qui ont recours aux hélicoptères et aux parachutages pour parvenir jusqu’aux communautés isolées. Depuis février, 25 missions ont été menées à bien dans les Etats d’Unité, du Haut-Nil et de Jonglei et ont permis de porter secours à plus de 40 000 enfants.

La FAO a fourni des kits de culture de produits végétaux et maraîchers et des kits de pêche à plus de 2,8 millions de personnes, dont 200 000 se trouvant dans les zones affectées par la famine. L’Organisation a également vacciné plus de 6 millions d’animaux en vue de sauver des vies et des moyens d’existence.

L’état de famine peut uniquement être déclaré lorsque certaines conditions sont remplies, à savoir : au moins 20 pour cent des familles de la zone confrontées à des pénuries alimentaires extrêmes et dont la capacité à y faire face est limitée, des taux de malnutrition aiguë dépassant les 30 pour cent et un taux de décès supérieur à deux adultes par jour pour chaque 10 000 habitants.



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