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CANNABIS : Ce n’est pas la solution en cas de dépendance aux opioïdes

Publié le 05 décembre 2017 par Santelog @santelog
CANNABIS : Ce n’est pas la solution en cas de dépendance aux opioïdes

La plupart des patients présentant une dépendance aux opioïdes souffrent également de douleurs chroniques, et souvent de dépression et d'anxiété. On pourrait penser que l'utilisation du cannabis pourrait contribuer à " décrocher " des opioïdes et pourrait prendre leur relais sur la prise en charge de la douleur et des troubles de l'humeur. Il n'en est rien, selon cette étude de l'Université de Washington, présentée dans la revue Addictive Behaviors. Chez ces patients très vulnérables, ces symptômes sont plus difficiles à gérer et la relation positive entre la douleur et l'humeur se trouve renforcée avec l'augmentation de la consommation de cannabis.

En particulier, l'étude montre que la capacité d'autogestion du patient de ses symptômes et de ses émotions se retrouve affaiblie par la consommation de cannabis. Ces données sont importantes en regard de l'épidémie croissante de dépendance aux opioïdes. Aux Etats-Unis, les taux d'overdose aux opiacés ont plus que triplé au cours des deux dernières décennies et sont maintenant la deuxième cause de décès accidentel. De nombreuses questions sur la relation entre la consommation de cannabis et la dépendance aux opioïdes subsistent. Cependant, alors que les taux de mortalité aux opioïdes sont inférieurs de 25% dans les États qui ont légalisé le cannabis médical, cette étude montre que chez les dépendants aux opioïdes, le cannabis pourrait faire plus de mal que de bien.

L'étude a été menée auprès de 150 participants adultes sous traitement médicamenteux pour dépendance aux opioïdes et qui ont été évalués pour la douleur, la dépression, l'anxiété, leur capacité d'autogestion et leur consommation de cannabis. L'analyse constate que :

  • 67% des participants traités pour leur dépendance aux opioïdes ont consommé du cannabis au cours du dernier mois, plus pour soulager la douleur, le sommeil et l'humeur, qu'à des fins récréatives et plus en " automédication " ;
  • la fréquence de consommation du cannabis médie la relation entre la douleur et la dépression ainsi qu'entre la douleur et l'anxiété, mais pas dans le sens attendu : plus la fréquence d'utilisation du cannabis augmente, plus la relation entre la douleur et la dépression et la douleur et l'anxiété se renforcent. Ce qui suggère que chez ces patients, le cannabis exacerbe les effets de la douleur sur l'humeur et la santé mentale.
  • Seule la capacité d'autogestion du patient, de ses symptômes et de ses émotions peut permettre d'éliminer cette relation douleur -humeur : ainsi, cette relation n'est plus constatée chez les rares patients dépendants aux opioïdes qui parviennent à maintenir une forte capacité d'autogestion.

Ainsi, chez la grande majorité des patients dépendants aux opioïdes, la consommation de cannabis n'apparaît pas comme une bonne option thérapeutique, a minima, sur le plan de la santé mentale, car elle renforce, plutôt qu'affaiblit, les relations entre la douleur, et la dépression et l'anxiété. Ces effets semblent médiés par une diminution supplémentaire de l'autogestion avec la consommation de cannabis.

L'autogestion pourrait certes être améliorée grâce à des interventions de thérapies cognitivo-comportementales, cependant le cannabis semble favoriser plutôt la perte de cette capacité d'autogestion.

" L'efficacité du cannabis pour soulager les symptômes dépressifs reste mitigée et nécessite d'autres recherches ", concluent les chercheurs de Washington. Les adultes sous traitement médicamenteux pour dépendance aux opioïdes sont à risque de rechute et d'overdose d'opioïdes. Ils ont souvent des taux élevés de consommation de cannabis et des symptômes de douleur, de dépression et d'anxiété. Les faibles niveaux de capacité d'autogestion des symptômes chez ces patients sont liés à une symptomatologie plus élevée et à une consommation accrue de substances. Les effets de la consommation de cannabis sur la prise en charge des symptômes de ces patients restent peu clairs ".


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