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2060, la fin des temps

Par Villefluctuante

Utrecht, Pays-Bas

Le voyage avait commencé par Utrecht. Il faut dire que, partout en Europe, l'approche de Blue Green Systems s'était généralisée : une planification urbaine qui envisage la synergie et la collaboration étaient devenue essentielle pour rendre les villes plus résilientes et durables, et pour générer des avantages sociétaux tels que la sécurité et la santé. Le Blue Green System était une approche de planification urbaine qui déploie des solutions basées sur la nature pour aider les villes à faire face aux impacts du changement climatique. L'approche Blue Green System aboutissait partout à un brief conceptuel avec des solutions personnalisées qui s'adaptent aux différents climats. Elle avait conduit partout à une vie plus attrayante.

Utrecht avait développé dès 1997 un second centre-ville, le Leidsche Rijn (30 000 logements), visant à des logements neutres en CO2, et des infrastructures axées sur une vie urbaine verte et saine. Les urbanistes d'Utrecht - soutenus par les Smart Sustainable Districts et l'équipe Blue Green Systems - avaient développé quatre scénarios, calculant les coûts et bénéfices de chaque option afin d'obtenir une image détaillée de ce qui pourrait être fait où et comment. En quantifiant les effets des différentes mesures et en impliquant la communauté dans le processus de planification, Utrecht avait pu devenir neutre en énergie et accomplir encore plus.

Il était allé voir la nouvelle ville de Kiruna (la ville la plus au nord de la Suède) qui avait risqué de disparaître au début du siècle. Située sur une ancienne mine de fer, elle aurait pu s'effondrer littéralement. L'agence White Arkitekter avait simplement déplacé de trois kilomètres la ville : un projet colossal qui s'était achevé en 2033 en concevant une nouvelle ville qui conservait le caractère de l'ancien Kiruna en utilisant les matériaux récupérés lors de la démolition des bâtiments et quelques édifices (comme l'église) avaient été démontés et remontés à l'identique.

Kiruna avait été comme un mille-pattes qui se déplace lentement à quelques kilomètres à l'est. Le " déménagement " avait été une opportunité pour Kiruna de se transformer en une ville durable avec un programme de neutralité en carbone. De plus, un plan plus dense de la ville et plus intelligent avait été mis en œuvre. Kiruna était maintenant confortablement équipée en lieux de rencontres et d'équipements culturels faisant le bonheur de tous les habitants. Présenté dès le départ comme " la transformation urbaine la plus démocratique dans le monde ", le déménagement de Kiruna restait, malgré les diverses difficultés rencontrées, une extraordinaire expérience humaine qui avait marqué les esprits.

The Gate, quartier du Caire, Égypte

Il avait ensuite rejoint Le Caire. The Gate, achevée dès 2019, comprenait 450 000 m² de bureaux, des hôtels de luxes, 1 000 logements et un centre commercial. Chaque appartement était entièrement domotisé. Les habitants veillaient méticuleusement à leur consommation d'énergie et à l'élimination des déchets. La beauté des immeubles était due à Vincent Callebaut, l'architecte qui avait redessiné Paris en 2050. La nature avait repris ses droits dans de nombreux espaces. Tous les étages des bâtiments étaient couverts de panneaux photovoltaïques afin d'alimenter les tours en énergie. Le programme avait fait la part belle aux terrains de sport, jardins et potagers partagés. Ce gigantesque aménagement du quartier d'Héliopolis avait permis à lui seul de verdir la capitale du pays. Il contribuait activement à réduire le niveau de pollution d'une des villes les plus concernées par les émissions de gaz à effet de serre du continent.

Masdar City, EAU

Son parcours ne pouvait pas échapper à Masdar, la première ville dite " intelligente " qui avait commencé sa construction dès 2008 avec l'ambition de développer l'éco-ville la plus durable du monde. Grâce à des investissements intelligents, Masdar City avait été pionnière en " greenprint ", cette manière de s'adapter à l'urbanisation rapide en réduisant considérablement les consommations d'énergie, d'eau et la production de déchets. La ville avait combiné les anciennes techniques architecturales arabes avec la technologie du début du XXIe siècle en captant les vents dominants frais pendant les hautes températures estivales. Exploitant les bienfaits du soleil, Masdar utilisait l'énergie propre générée sur place par l'une des plus grandes installations photovoltaïques du Moyen-Orient.

Le cœur de la ville avait été un moteur d'innovation. Pour cela, la ville avait développé ses quartiers autour de l'Institut Masdar des sciences et technologies, une université de recherche dédiée aux solutions de pointe dans les domaines de l'énergie et de la durabilité. Le partenariat entre les entreprises et l'université avait stimulé la croissance économique et accélérer la mise sur le marché de technologies révolutionnaires.

40 000 personnes vivaient à Masdar et 50 000 personnes supplémentaires s'y déplaçaient chaque jour pour aller travailler et étudier.

Songdo, Corée du Sud

Il était ensuite passé en Asie pour admirer la green smart city de Songdo. La ville nouvelle de Songdo avait été achevée dès 2018 pour loger 65 000 Coréens à 68 kilomètres de Séoul.
À Songdo, tous les immeubles possédaient une toiture végétalisée et étaient bioclimatiques. Les espaces verts (façades, toits, parcs...) occupaient 40 % de l'ensemble de la ville. À partir de différents écrans tactiles, présents dans tous les appartements, les résidents surveillaient et réduisaient leur empreinte énergétique. La gestion des consommations d'eau, d'électricité, de gaz... était à portée de doigt depuis une tablette ou un smartphone. La société Cisco avait mis au point les différents logiciels qu'utiliseraient les habitants.

Ce modèle avait déjà considérablement vieilli est il en était reparti déçu.

Belmont, USA

Il avait ensuite changé de continent pour se rendre en Amérique du Nord.

Bill Gates, le fondateur de Microsoft et l'homme le plus riche du début du XXIe siècle, avait voulu créer une " ville intelligente " fondée sur la communication et les infrastructures technologiques de pointe : sur 101,17 km2 (presque la taille de Paris), dans le désert de l'Arizona, à quarante-cinq minutes en voiture au sud-ouest de Phoenix.

La ville, nommée Belmont, compte 80 000 unités résidentielles sur 200 000 hectares. À cela s'ajoutent 190 hectares dévolus aux écoles et 1 500 hectares aux bureaux et espaces commerciaux. Cette ville a créé une communauté avant-gardiste, fondée sur la communication et les infrastructures technologiques de pointe, conçue autour des réseaux à haut débit, des centres de données, de nouveaux modèles technologiques de distribution et de fabrication, de voitures et centres logistiques autonomes.

Belmont avait été judicieusement placé dans l'axe d'une nouvelle autoroute reliant la ville de Reno (Nevada) à la ville de Mexico en passant par Las Vegas et Phoenix. Les mauvaises langues avaient argué des faibles ressources en eau de l'Arizona et du changement climatique. Mais tout s'était passé dans la perfection technologique.

Cette initiative été bien plus impressionnante que le laboratoire Sidewalks Labs qui fut créé par Google à Toronto. L'ancien géant du Web avait signé un partenariat avec la ville canadienne pour créer et gérer le quartier de Quayside. Cette " ville Google " avait été une tentative de " laboratoire urbain vivant " où expérimenter les technologies du groupe.

Il n'avait pas pu résister à la visite de cette ville mythique qui restait de l'avis de tous comme la ville durable parfaite.

Dans le désert du Nouveau-Mexique (États-Unis), la Pegasus Global Holdings a construit une ville sans habitant qui a servi de banc d'essai pour les différentes technologies liées à l'urbanisme et au développement durable sans interférence humaine. La ville expérimentale aurait pu accueillir 35 000 habitants mais l'ensemble des bâtiments, rues et infrastructures avait servi, et servait toujours, à tester de nouvelles technologies en toute sécurité.

Le " Center for Innovation Testing and Evaluation " (CITE) s'étalait initialement sur 1,6 km², modelé d'après une ville américaine moyenne (précisément Rock Hill en Caroline du Sud), avec mairie et tours de bureaux, banlieues résidentielles, grand centre commercial, église et même un petit aéroport régional. Des installations industrielles sont venues compléter le dispositif ainsi que de vastes zones agricoles. En plus de la ville laboratoire, d'autres districts ont été créés pour la gestion de la ressource eau ou pour la production d'énergie verte à partir de différentes sources (biomasse, solaire, éolien et géothermie). L'ensemble du projet s'étale aujourd'hui sur près de 39 km² et provoque une impression de pureté chez le visiteur.

Les nouveaux micro-états

31 décembre 2059


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