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Anders Zorn, le maître des éléments

Par Balndorn
Anders Zorn, le maître des éléments
Le Clapotis des vagues
Le Petit Palais poursuit la réhabilitation des peintres de 1900. Après Albert Besnard et Georges Desvallières, voici Anders Zorn, grand peintre suédois, et grand peintre de la nature tout court.
La fluidité du monde moderne
Au centre du tableau, ce n’est ni la jeune femme portant son seau à la rivière, ni la barque calmement posée sur les flots, mais bien l’élément liquide lui-même. Comme son titre poétique – Le Clapotis des vagues – le laissait présager, le peintre suédois porte toute son attention sur les effets mêlés de l’eau et de la lumière. Le Clapotis des vagues et les monumentales aquarelles qui l’entourent représentent la meilleure partie du travail d’Anders Zorn. Dans ces œuvres d’une beauté lumineuse, se rencontrent fascination pour l’eau et liquidité technique. Le tout augure d’une nouvelle manière de représenter le monde, dans le sillage des impressionnistes. Comme ces derniers, il s’agit d’aller palper, de manière picturale, la chair du monde, qui prend pour modèle la texture aquatique. Fuyante, et pourtant si présente.  Ce travail matriciel sur l’insaisissable matérialité de l’eau se poursuivra tout au long de la carrière de Zorn. Même lorsqu’il deviendra le portraitiste célèbre du Tout-Paris fin-de-siècle et qu’il passera à la peinture à l’huile, jamais il n’abandonnera le regard enchanté que ce fils de paysan portait sur la nature, et cette façon de la capter dans sa mobilité. Dans ces salons luxueux, aux couleurs chaudes – que la scénographie a cherché à reproduire –, ce n’est pas l’eau que manipule l’artiste, mais la lumière. Comme l’eau, la lumière vient bercer les peaux des modèles, et à chaque caresse, elle en modifie la substance. De grands portraits mangés de lumière, comme la mer frange les côtes, ornent la somptueuse salle consacrée à la décennie parisienne. On y appréciera le portrait du musicien Fauré, comme suspendu à la lumière, la toile colossale Effet de nuit, et surtout, la plus intimiste Omnibus : de la modernité des transports urbains, Zorn aura retenu la profusion de lumière au sein de la cabine. Comme si la modernité ne résidait ni dans l’acier, ni dans la vitesse, mais dans la démultiplication des sensations. Évanescence de la civilisation industrielle, qui a besoin de métal mais se rêve liquide.
Un hédonisme lumineux
Lorsque Zorn reviendra à son village de Mora, au cœur de la rurale Dalécarlie, il cherchera dans ses nouveaux modèles paysans la même quête de la lumière. Dans les salons comme dans les fermes, demeure une même vision du monde. Instable, ce dernier n’est pourtant pas chaotique ; il repose au contraire sur une extraordinaire fluidité, nourrie d’eau et de lumière. Le roi Oscar II de Suède a eu beau ériger le peintre de Mora en héraut national et gardien des valeurs traditionnelles, c’est, plus que le patriotisme et l’esprit national, le plaisir de vivre, de sentir la lumière et l’eau couler sur la peau, qu’il recherchait, à l’image de la très chatoyante Cuisson du pain.Quand, à la fin de sa carrière, il peint à nouveau les baigneuses des lacs de Dalécarlie, ce n’est pas en tant que vieillard graveleux épris de chair fraîche. Au crépuscule de sa vie, il retrouve dans ces corps baignés par les flots et les rayons, l’image de la beauté du monde, et le plaisir de l’aquarelle.  Anders Zorn, le maître des élémentsMinuit
Anders Zorn, le maître de la peinture suédoise, au Petit Palais jusqu’au 17 décembre 2017

Maxime


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