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On jette un coup d’œil au rétroviseur ? L’année artistique 2017 en Martinique, suite et fin, deuxième semestre

Publié le 07 janvier 2018 par Aicasc @aica_sc

Juillet 2017

Le 1er juillet se tenait à Avignon le vernissage de l’exposition d’Habdaphaï, Prière de ne pas effacer (dessins et livres-sculptures) au TOMA suivie d’une résidence d’artiste et ateliers livres-sculptures et performance à la Bergerie de Soffin, plus des performances dans le cadre du Festival Chemin des Arts.  Lors des ateliers performance à Soffin  l’artiste a développé une méthode d’enseignement qu’il souhaite mettre en pratique en Martinique. « Le plus dur en atelier performance avec des danseurs, c’est paradoxalement de les amener à déconstruire la technique pour retrouver le corps et aussi de sortir du spectacle pour entrer dans la simplicité. Prendre un geste quotidien, l’observer, l’agrandir, le ressentir,  l’allonger. Ce que je souhaite maintenant c’est mettre en place des ateliers où le participant lambda (danseur ou pas, artiste ou pas) pourra créer une partition et la performer. »  Vidéo de performance d’Habdaphaï au Festival Chemin des Arts 2017 ici

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Habdaphaï, Atelier performance, stage d’été, Bergerie de Soffin, juillet 2017

En Martinique le mois a été marqué par l’exposition (In)visibilité ostentatoire, à la Fondation Clément, réunissant 11 artistes haïtiens ou d’origine haïtienne avec commissariat de Giscard Bouchotte. L’exposition discutait les questions de visibilité, de mémoire et d’oubli. Et mettait en lumière l’invisibilité assourdissante de certains groupes, de certains faits. L’invisibilité d’un certain Haïti sur la scène de l’art internationale aussi, et ce n’est pas un hasard si cette préoccupation revient dans cette exposition, le curateur ayant assuré le co-commissariat du pavillon Haïti à la biennale de Venise, en 2011.  Invisibilité sociale et artistique imposée donc mais aussi l’invisibilité choisie comme stratégie de survie. Dans certaines circonstances, on peut aisément imaginer que c’était la meilleure stratégie possible, comme dans le cas du syncrétisme religieux par exemple, où les religions animistes devaient avancer masquées, ou ostensiblement invisibles ce qui revient par exemple dans la culture martiniquaise avec le « ou wè ou pas wè ». Pour en savoir plus  cliquez ici

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Sascha Huber et Petri Saarikko, perejil , vidéo 18 min. Capture d’écran.

Juillet est le mois du Festival de Fort de France, et cette année, la ville et  le Sermac ont mis en place la manifestation La Rencontre,  autour de l’œuvre de Christian Bertin. Une installation de 12 panneaux en tôle et bois noirci fabriqués par l’artiste, traversait la savane du bord de mer vers la bibliothèque Schœlcher montrant des photos de Luc Jennepin. Côté pile les photos documentaient la performance Li Diab’là (2009, Paris) et côté face, elles  montraient divers workshops donnés par l’artiste mais aussi des  œuvres in situ installées dans la ville.  La Rencontre était donc cette installation, mais aussi la rencontre de l’artiste avec Césaire,  et celle toute aussi fondamentale pour l’artiste, avec Gaussen, directeur de l’école de beaux-arts de Mâcon, où Christian Bertin a forgé ses premières armes. La Rencontre était aussi une soirée d’échanges avec et sur l’artiste. Secret et intense, Christian Bertin est un taiseux, un penseur, qui façonne ses œuvres longtemps en esprit, avant de les réaliser. Un faiseur aussi qui aime la rudesse des matériaux lourds, et qui sait suivre la pente propre à chaque matière. Pour aller plus loin : voir  ici et ici. 

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Christian Bertin, La Rencontre, Fort de France 2017, photo Luc Jennepin

En aout, Ernest Breleur participait  à la Masters Exhibition : History and Infinity, dans le cadre de la  Carifesta XII à la Barbade.  Avec commissariat de  Therese Hadchity, membre de l’Aica Caraïbe du Sud, l’exposition  réunissait sur trois sites (la Grande Salle, la galerie Nidhe Israel Synagogue and la galerie Queens Park) les travaux de six artistes de la Caraïbe.  Le choix du titre interroge,  et pourrait prêter à controverse. La commissaire cependant, loin de vouloir affirmer une hiérarchie exclusive  souhaite pointer  au travers les travaux de ces 6 artistes (Joscelyn Gardner, Ras Ishi Butcher et Nick Whittle de la Barbade, Ernest Breleur de Martinique, Stanley Greaves du Guyana et Petrona Morrison de la Jamaïque) , des thématiques plus larges qui ont été source d’engagement pour des artistes de la région depuis des décennies. Ces travaux sont en quelque sorte exemplaires. Ernest Breleur y montrait la Reconstitution d’une Tribu perdue, travail iconique, où l’artiste interroge l’histoire de l’humanité, participant donc au permanent échange sur « les origines, l’histoire, l’affirmation culturelle, l’intégration régionale et la dynamique mondiale » qui informe l’art caribéen et qui est peut être son identité propre. Pour aller plus loin voir ici et ici

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Ernest Breleur, Reconstruction d’une tribu perdue (2003), Carifesta, 2017.

En septembre la Fondation Clément rendait hommage à deux maîtres de la peinture martiniquaise : René KhoKho Corail et Alexandre Bertrand. Très belles expositions, toutes les deux visant à faciliter l’accès du plus grand nombre à une histoire de l’art naissante et encore pour écrire.  La rétrospective Khokho, la vie secrète d’une révolte, était sans doute la plus importante qui ait jamais été consacrée à cet artiste majeur. Plus de trente ans de création, toute sorte de techniques, des thématique variées et variant toujours autour de l’identité martiniquaise, son obsession. Toutes portant la marque de sa vitalité, de sa curiosité comme dit si bien le commissaire.  Beaucoup d’œuvres et tellement belles qu’on en voudrait encore  et pourtant la scénographie a réussi la prouesse de faire tenir quelque 80 pièces dans la Cuverie.  L’exposition de Bertrand, moins foisonnante, réunissait tout de même différents styles et genres. L’artiste, lui aussi boulimique de création, passait de la figuration à l’abstraction et peignait aussi bien des nus, que des natures mortes, des paysages et des scènes de la vie quotidienne. J’aime ses couleurs et même la violence harmonieuse de ses œuvres.  « J’ai des rouges, des bleus, des noirs, des jaunes avec …pas mal de contraste. On trouvera l’harmonie violente. Il faut en effet un certain temps pour s’y habituer ». Sur Khokho on peut lire plus ici.  Et sur Alexandre Bertrand , ici.

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Kho Kho René Corail

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Alexandre Bertrand, Marigot

Toujours en septembre 2017 s »est ouvert au MUSEUM OF LATIN AMERICAN ART (MOLAA), en Californie, l’exposition Relational underdurrents : contemporary art of the caribbean archipelago sous commissariat général de Tatiana Flores curateur indépendant et professeur d’histoire de l’art.  Une exposition majeure, qui réunit 80 artistes de la Caraïbe insulaire, originaires d’Haïti, de Cuba, de Porto Rico, de Curaçao, d’Aruba, de Sint-Marteen et de Saint-Martin , de La Martinique, de la Guadeloupe, de Trinidad, de la Jamaïque, des Bahamas, de la Barbade et de Saint-Vincent. Utilisant l’archipel comme cadre analytique, l’exposition  est structurée en 4 sections thématiques : Conceptual Mappings (une connectivité positive par opposition à la cartographie coloniale), Perpetual Horizons (de la ligne de l’horizon, caractéristique visuelle omniprésente dans la Caraïbe comme limite et seuil de possibilités), Landscape Ecologies (la Caraïbe en tant qu’écosystème et habitat)  and Representational Acts (une représentation active par opposition à la représentation comme translation passive d’un ou des existants). Quatre participants martiniquais : Marc Latamie, David Gumbs et Jean Luc de Laguarigue  dans la partie landscape ecologies et Ernest Breleur dans la partie representational acts. Aica –SC est partenaire de la manifestation et a reçu la visite de Tatiana Flores lors du processus de choix des artistes de Martinique. Pour en savoir plus lisez les articles sur le blog ici et  ici

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David Gumbs, Water dreams, capture d’écran.Relational undercurrents

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Jean Luc de Laguarigue.Relational undercurrents

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Ernest Breleur, Corps d’artistes. Photo Robert Charlotte. ouevre slectionnée pour Relational undercurrents

Septembre était un mois rempli d’actualités. David Gumbs était en résidence d’artiste et exposition collective My dreams are not your dreams, à la The Island House, National Gallery of Bahamas, Nassau, avec commissariat de Tessa Whitehead. Pour savoir plus sur l’oeuvre de David Gumbs voir ici

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David Gumbs en résidence d’artiste au The Island House, artist’s talk, octobre 2017

En Octobre l’Atrium accueillait l’exposition An konmès de Gilles-Elie dit Cosaque, jouant avec le sens français d’échange (économique ou autre) mais aussi avec le sens proprement créole : quelque chose d’indéfinissable ou une bêtise non immédiatement identifiable, comme je l’ai souvent entendu moi-même dans la campagne où j’habitais lors de mon arrivée en Martinique, « an lo konmès » appliqué à tout et n’importe quoi que pouvaient faire les enfants. Et on sait combien les jeux d’enfants peuvent être créateurs. Gilles-Elie dit Cosaque a amené dans  la salle d’expo carrément , une boutique, un débit de la régie , de ceux qu’on trouvait encore il n’y a pa si longtemps dans les communes et qui maintenant sont devenus si rares. L’artiste a invité le public dans l’œuvre, à y entrer, boire ou manger, s’assoir,  jouer aux dominos, écrire sur un tableau noir…, à collaborer en quelque sorte, et le public s’est prêté au jeu. C’était à la fois plastiquement très beau et  très réussi comme proposition relationnelle. Pour en savoir plus lire ici

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Exposition AnKonmes, Gilles Elie-dit-Cosaque, ambiance débit de la régie.

Octobre était aussi le mois de Couleurs pays, la 14ème édition du festival des Photaumnales, édition consacrée à la photographie Outremer (Martinique et Guadeloupe), confrontant les photographes contemporains  aux photos d’archives et diverses collections privées. De ce vis-à-vis se dégage la question de l’identité, celle qu’impose un regard extérieur, celle qu’on construit soi-même devant un tel regard …. Sur plus de 30 photographes au total, participant de ce grand rendez-vous de la photo  plusieurs sont martiniquais ou d’origine martiniquaise ou vivant en Martinique:  JB Barret, qui a fait la couverture du catalogue, Robert Charlotte, Shirley Rufin, Jean Luc de Laguarigue , Gilles Elie-dit-Cosaque, David Damoison, Arlette-Rosa Lameynardie, Jean Popincourt, Magalie Paulin, Weena Ouessanga, Yohan Lamon,  entre autres . Pour découvrir plus sur le site de la manifestation, cliquez ici

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Jean – Baptiste Barret
Mythologiques au Bidon

Novembre

Du 6 au 12 novembre, l’ONF Guyane  en partenariat avec la Ville de Saint-Laurent du Maroni,  la Collectivité territoriale de Guyane et les  DAC de Guyane et de Martinique, a organisé le Forest Art  à la forêt des Malgaches. Pendant 6 jours  7 artistes et collectifs d’artistes originaires de Guyane, Suriname, Martinique, France hexagonale et Nouvelle-Calédonie. ont créé 7 sculptures et installations à partir d’un tronc au sol ou d’un arbre sur pied dépérissant. Tous ont créé autour de la thématique commune : « vivre ensemble ». L’ensemble des créations forme aujourd’hui un parcours artistique original en forêt : le Forest Art en forêt des Malgaches. Durant la semaine de création, déjà de nombreux promeneurs ont pu partir à la rencontre des artistes et les voir travailler sur le site.  Hervé Beuze est un des artistes ayant participé à cette manifestation. Il avait participé également en 2015 au Forest art dans la forêt de Montravail, mis en place par l’ONF Martinique.  En Guyane, en allant au marché l’artiste s’est rendu compte de la diversité de langues parlées et du grand nombre de communautés vivant ensemble sur ce territoire. En travaillant son tronc d’arbre, qu’il incisait et scarifiait délicatement, il lui est venu l’idée d’écrire dans le plus grand nombre possible de langues parlées dans la région l’expression « vivre ensemble ». On la retrouve alors  en français, portugais, créole, surinamien, langues amérindiennes, chinois, indien….

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Hervé Beuze, Vivre ensemble, Forest Art en Forêt des Malgaches, SaintLaurent du Maroni, Guyane

Au Tropiques-Atrium, changement d’exposition avec l’arrivée de  l’exposition-installation performative d’Habdaphaï, Alive, en vie. Un thème, le territoire, décliné en plusieurs séries (photomontages, dessins, installations, objets, performance, ….). Plusieurs expositions en une et plusieurs primeurs. C’était la première fois par exemple que l’artiste montrait ses photomontages  en Martinique. Et quasiment toutes les pièces ont été créées pour l’exposition.  La kaz , maison du Baignard, qu’il a peint et aménagé pendant l’exposition est à la fin un objet d’une étonnante poésie. Tout comme sont poétiques et émouvantes les petites kaz en céramique dans un tout autre registre. Epurées, ce sont ces sortes d’objets qui concentrent l’essence de quelque chose. Elles sont comme une réalité dans son éclatante vérité, et non pas sa représentation, ni une interprétation. Des vraies belles pièces. Lire une revue de l’exposition ici . Voir la vidéo du Tropiques atrium ici

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Habdaphaï, Kaz-kaz et kaz, Alive, en vie.

 Décembre

Au mois de décembre, David Gumbs exposait à la  Prizm art fair mise en place à Miami dans le cadre d’Art Basel par PRIZM , producteur culturel  spécialisé dans la diaspora africaine.. L’œuvre de David Gumbs,  blossoms a été sélectionnée dans le projet Universal belonging, dont le but était d’examiner et décrire des complexités inhérentes au dialogue transculturel de la diaspora africaine. Ce dialogue, par les récits qu’il produit permet de mettre en évidence, le transculturalisme propre à nos existences actuelles. Dans ces vidéos interactives  Gumbs travaille la faune et la flore caribéenne, qu’il combine à des motifs et des textures que l’on retrouve sur les murs, sur les vêtements, et dans les maisons des familles caribéennes. Très au-delà de l’aspect technique, c’est une œuvre sensible centrée la question du vivant, du cadre et du hors cadre, et surtout sur la participation du visiteur, qui par son souffle active la vidéo.

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David Gumbs Blossoms, Prizm Art Fair Miami 2017.

En décembre également, un duo d’artistes martiniquais Gilles-Elie-dit-Cosaque et Hervé Beuze, prenaient part  à l’exposition temporaire Gabriel García Márquez, Edouard Glissant, La Caraïbe: Solitudes et Relation mise en place par  Mémorial ACTe, de Guadeloupe en partenariat avec  le Museo del Caribe, (Barranquilla, Colombie), dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017. Les deux institutions s’inspirant de la vie et œuvres de Garcia Marquez et Edouard Glissant interrogent la Caraïbe et l’identité caribéenne. L’installation réalisée par Gilles Elie-Dit-Cosaque et Hervé Beuze autour du Discours antillais d’Edouard Glissant est au centre de l’exposition. Il s’agit d’un distributeur automatique de textes de Glissant conçu par Gilles Elie dit cosaque et habillé par Hervé Beuze par une structure en fer à béton et lianes de Martinique reprenant les traits saillants du visage de l’écrivain. L’exposition faite essentiellement de documents d’archives, d’iconographies diverses et d’interviews filmées présentait outre le distributeur de discours des œuvres de deus autres plasticiens, Ronald Cyrille  et Yves Bercion

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Gilles Elie-dit-Cosaque et Hervé Beuze, distributeur de discours d’Edouard Glissant, MACTe, exposition Gabriel García Márquez, Edouard Glissant, La Caraïbe Solitudes et Relation

Et maintenant assez regardé en arrière, 2018 n’attends pas. On souhaite aux artistes des belles productions, beaucoup de monstrations et du succès

Matilde dos Santos


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