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Mieux s'aimer... pour mieux aimer les autres. (1)

Publié le 22 janvier 2018 par Acouphene

On s'aimerait trop, on ne serait pas assez altruiste. C'est tout l'inverse, nous dit Fabrice Midal, philosophe et fondateur de l'École occidentale de méditation. Et d'inviter à relire le mythe de Narcisse, qui est mal compris. Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est être bienveillant avec soi pour... mieux aimer les autres. 

Mieux s'aimer... pour mieux aimer les autres. (1) De livre en livre, celui qui médite depuis 30 ans et qui a fondé l'École occidentale de méditation dénonce la course à la performance que nous imposent nos rythmes de vie et de travail, mais aussi l'idéal de perfection qui traverse la société, avec l'illusion de pouvoir « tenir » grâce à des outils antistress, comme le serait la méditation. En 2017, son précédent ouvrage, Foutez-vous la paix !, visait déjà à nous déculpabiliser de ne pas être « zen ». Cette fois, en réhabilitant le mythe mal interprété de Narcisse, le philosophe nous invite à avoir de la tendresse pour soi, comme on l'aurait pour un ami. Que nous raconte le mythe grec de Narcisse ? J'ai longtemps cru que Narcisse était l'être qui s'aime trop. Or, c'est tout l'inverse. Le mythe nous conte l'histoire d'un enfant à qui on a prédit qu'il vivra vieux s'il ne se connaît pas. Il grandit donc éloigné de tous les miroirs. Il est beau, mais se croit vilain petit canard. Loin de lui-même, il ne sait pas vraiment qui il est. Un jour, se mirant dans l'eau d'une source, Narcisse découvre un beau jeune homme et tombe amoureux de sa propre image, de cet étranger qui n'est autre que lui-même. Quand il finit par se reconnaître, il est heureux et se transforme en fleur blanche au cœur d'or, le narcisse, la première à éclore après l'hiver. Ce mythe ferait écho aux souffrances de notre temps ? Oui ! Car jamais nous n'avons vécu aussi loin et avec une telle défiance de nous-mêmes. Si, au XXe siècle, le mythe d'Œdipe était l'emblème de la psyché humaine, de cet homme écrasé par la loi du père, bravant l'interdit et qui cherche sa singularité, celui de Narcisse nous parle de l'être fragmenté d'aujourd'hui, qui s'auto-exploite et cherche sa cohérence. Conduit par la quête de performance, l'homme contemporain ne respecte plus ses besoins, il ne s'autorise plus à se reposer et se donne jusqu'à l'effondrement. Les risques d'épuisement psychologique  – dont le saisissant burn-out !  – sont les nouveaux virus du siècle. Chacun s'efforce en permanence d'être au top : bon professionnel, bon parent, bon compagnon, bon citoyen... s'instrumentalisant lui-même comme une machine. On le voit avec les jeunes enfants, qui ont déjà l'angoisse de plus en plus tôt de ne pas être à la hauteur. Il en découle des déficits d'attention, signe de ce stress qu'on leur impose pour rentrer dans la performance scolaire, en les évaluant de plus en plus tôt. Il est urgent de retrouver qui nous sommes, de faire la paix avec nos corps et nos esprits. Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est avoir de la tendresse pour soi.  Mieux s'aimer... pour mieux aimer les autres. (1) Quelle nouvelle image de nous-mêmes Narcisse nous propose-t-il d'habiter ? Le mythe nous invite à regarder dans le miroir pour retrouver notre vulnérabilité et les limites de notre propre humanité. Voir en moi « l'humaine condition », écrivait Montaigne. Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est avoir de la tendresse pour soi. C'est se regarder dans le miroir pour ne plus être trop loin de soi-même, pouvoir se témoigner de l'amitié  – comme à un ami dont on connaîtrait les défauts  – et se reconnaître des talents pour les faire grandir. Nous n'avons pas assez d'amour narcissique. À cet égard, il est symptomatique de constater que lorsque je demande aux participants de mes sessions sur l'amour bienveillant d'identifier une qualité qu'ils possèdent ou un acte bénéfique qu'ils ont accompli dans leur vie, plus de la moitié n'y parvient pas spontanément... Ce serait donc en reconnaissant nos fragilités que nous pourrions retrouver confiance ? Le psychiatre américain Milton Erickson raconte que, appelé un jour auprès d'une femme dépressive qui vivait isolée de tous, il lui a fait cette étonnante prescription : ayant repéré dans sa maison une bouture de violette dont la patiente prenait grand soin, il lui a demandé d'acheter dix pots garnis de fleurs et dix pots vides et de remplir ces derniers de boutures pour les offrir un par un aux autres villageois. L'existence de cette femme en a été bouleversée. En retour de ces cadeaux qui réveillaient en elle le plaisir et l'élan vital, elle a reçu compliments et reconnaissance jusqu'à devenir une personnalité appréciée de son village. L'histoire montre qu'un narcissisme bien orienté n'est pas une méthode de plus pour cultiver l'estime de soi, mais une image de soi-même à habiter, une confiance à nourrir pour retrouver sa vitalité et s'engager sur la voie de la transformation.
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source : la Vie

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