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Cold Blood. Un sang froid plutôt tiède

Par Jsbg @JSBGblog

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Cold Blood parle de la mort. Ou plutôt des morts. Les nôtres. Il paraît que nous en avons sept. Alors Michèle Anne de Mey, Jaco van Dormael, Thomas Gunzig et le collectif Kiss & Cry nous les content, l’une après l’autre. Le résultat est un peu drôle, très beau et un poil frustrant.

Tant de mort sur scène, ça n’a rien d’évident. C’est peut-être pour cela que la fine équipe a choisi de la jouer sur un mode enfantin – et extrêmement complexe à la fois. Le dispositif peut pourtant paraître simple : un grand écran de cinéma surmontant la scène, retransmettant en direct et en (très) agrandi ce qui se déroule en-dessous, au sein d’une multitude d’espaces que la magie des caméras porte à l’échelle humaine. Ici, une main peut avoir la taille d’un homme alors même qu’un corps entier, flottant dans le noir, semble minuscule.

Un jeu d’échelles pour un jeu d’enfants, où des couples de doigts se transforment en de véritables personnages, semblables à ceux qui peuplaient les univers imaginaires de notre plus jeune âge. Mais alors qu’ils couraient jadis sur des couettes et des coussins, transformés par la puissance de notre pensée juvénile en paysages extraordinaires, ils évoluent ici au sein d’un monde étrangement réaliste, qui ne cesse pourtant d’exhiber son artifice.

Numéro de natation synchronisée, performance de pole dance et même reprise du boléro de Ravel – dans la scénographie de Maurice Béjart – s’enchaînent à double sous nos yeux captivés. En toute transparence, les techniciens s’activent et les caméras effectuent sur scène un véritable bal millimétré, sorte de second spectacle chorégraphique simultané. Les mains elles-mêmes se meuvent avec une agilité déconcertante qui frôle la virtuosité, notamment lors du numéro de claquettes-dés-à-coudre directement hérité des plus grandes scènes de Fred Astaire et Ginger Rogers.

C’est beau mais c’est vide

On en viendrait presque à se demander pourquoi un si beau dispositif, une si vive agilité technique, une si parfaite maîtrise du mouvement, du décor et du détail se retrouvent ainsi mobilisés pour ne rien dire. Car si le geste est précis, le propos est creux. L’introduction annonce d’ailleurs très vite la couleur : une sorte de mise en situation bon marché – “Vous êtes dans le noir… vous ouvrez les yeux mais vous ne voyez rien” – suivie d’un compte-à-rebours censé nous faire pénétrer dans “l’univers des rêves”…

Puis l’énumération des morts, à peine drôle – toutes ou presque n’auraient pas volé leur nomination au Prix Darwin dans le monde réel – ne fait sourire que par son contraste abrupt avec l’univers enfantin de la narration. On aime lorsque le gore et le mignon se côtoient, il faut croire. Mais c’est tout.

Le choix musical, attendu et banal, accompagne l’absence de surprise suscitée par un texte plat et une image qui, tout en mettant fort bien en valeur la perfection de l’exécution et de la scénographie miniature, s’approche presque dangereusement du lissage publicitaire – rapprochant telle scène prétendument érotique d’une publicité pour un rasoir bon marché.

Est-ce pour illustrer le décalage entre la réalité de l’exécution – deux individus concentrés, à la mine renfrognée n’exprimant pas le moindre début d’un quelconque désir – et ce que le cadre d’une caméra macro peut choisir de sublimer ? Comme une sorte d’hymne à l’image construite, racontant des histoires tragiques avec des doigts d’enfants dans un monde à la fois onirique et excessif dans l’exposition de sa fabrication…

Malheureusement la conclusion du spectacle, c’est-à-dire le retour de la voix introductive en extro, détruit toute illusion de profondeur en osant le stratagème historiquement considéré comme le plus mauvais dans l’élaboration d’un scénario : le réveil d’un rêve. Et revoilà le pénible compte-à-rebours qui amène à la phrase la plus banale du récit : “Vous êtes vivant.”

Evocation ou narration ?

Si au moins cette voix se taisait un peu plus souvent, on pourrait croire à une volonté de laisser l’émotion naître du mouvement pur – à l’instar de ces cinéastes français du début du XXe siècle qui croyaient en la puissance sensible de la germination d’un grain de blé, filmé en accéléré et en gros plan. Eh oui, finalement, pourquoi vouloir chercher du sens à tout ? Réclamer sempiternellement une quelconque réflexion derrière l’image pure qui nous est proposée, au lieu de se laisser simplement submerger par le mouvement ?

“Emotion purement visuelle, à l’état embryonnaire, émotion physique non cérébrale, égale à celle que peut procurer un son isolé”, écrivait la cinéaste Germaine Dulac en 1925. “Poème symphonique où, comme en musique, le sentiment éclate, non en faits et en actes, mais en sensations, l’image ayant la valeur d’un son.” Mais ici comme dans le cinéma narratif que Dulac dénonçait, l’homme a voulu réaffirmer sa présence. Par des figures singeant le corps humain et des histoires narrées trop explicitement.

Finalement, le principal regret au sortir de ce spectacle reste cette sensation de gaspillage d’un univers à haut potentiel poétique qui se perd dans le trop littéral. Une consolation toutefois : le souvenir de cet unique tableau purement évocateur, un premier ballet de mains coupées et suspendues dans le noir qui, dans son silence à peine accompagné d’un air de piano, semble réveiller la voix d’Apollinaire dans son poème Signe :

Mon Automne éternelle ô ma saison mentale

Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol

Une épouse me suit c’est mon ombre fatale

Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

– Séverine Chave

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INFORMATIONS PRATIQUES:

Dates de tournée 

09.01 > 03.02.18 – Théâtre de Carouge (CH), avec une représentation en anglais le 26.01.18

23.02 > 24.02.18 – CC Hasselt (BE)

01.03 > 03.03.18 – Wolubilis (BE)

6.03 > 08.03.17 – Théâtre de Sénart, Lieusaint (FR)

19.04 > 21.04.18 – Ann Arbor (USA)

26.04 > 29.04.18 – Usine C Montréal (Canada)

26.05 > 27.05.17 – Québec (Canada)

30.05 > 02.06.18 – Boston (USA)


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