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561ème semaine politique: le plan social du président des riches

Publié le 03 février 2018 par Juan

561ème semaine politique: le plan social du président des riches

Où l'on parle de ce plan social inédit sous la Vème République; des anti-modèles et des priorités de la Macronista; et de ces urgences que Macron fait mine d'ignorer.


Le plan social
Jeudi 1er février, le premier "comité interministériel de la transformation publique" réunit quelques ministres, dont le premier. Gérald Darmanin monte sur l'estrade, mal rasé, un peu fatigué. Une autre affaire l'accable.
561ème semaine politique: le plan social du président des richesL'ex-sarkozyste devenu ministre du budget, est accusé de viol par une ex-call girl. Darmanin nie les faits ... mais il avoue avoir réclamé une partie de jambes en l'air en échange d'une intervention en faveur de cette dame auprès du ministre de la justice de l'époque. Cet aveu assez incroyable ne suscite rien d'autre chez les pontes de la Macronista, Jupiter en tête, qu'une vague de soutiens au ministre: "laissons faire la justice" nous dit-on. Un ex-officiel de Sarkofrance monnaye des faveurs sexuelles, et personne ne trouve à y redire quand il devient ministre de la Macronista. Ce nouveau monde a décidément des relents de l'ancien. Au Royaume-Uni, cette même semaine, un ministre démissionne en public car il est arrivé une minute trop tard pour écouter une question de l'opposition qui le concernait sur les inégalités de revenus: la vieille démocratie britannique est sacrément moderne, elle.
Ce matin-là, Darmanin détaille quand même son propos, un plan de départs volontaires dans la Fonction publique. La presse loue le caractère inédit de la démarche: "enfin" les fonctionnaires vont subir ce que les salariés du privé subissent depuis des lustres, croit-on lire en filigrane. Pourtant l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans l'ampleur du massacre: cette promesse du candidat Macron est bel est bien le plus grand plan social, secteurs public et privé confondus, que la République est connu - 120 000 suppressions de postes  ! 
La France n'est pourtant pas mieux dotée en fonctionnaires que ces voisins européens: elle compte 125 fonctionnaires pour 1000 habitants, comme le Royaume Uni ou l'Allemagne (qui compte de surcroit deux fois moins de militaires que chez nous!).
A l'inverse de Sarkozy qui, entre 2007 et 2012, n'avait pas remplacé un départ à la retraite sur deux tout au long de son quinquennat, Macron choisit la manière forte, un plan de "départs volontaires", selon l'expression consacrée. Dans le secteur privé, un tel dispositif consiste à proposer des conditions de licenciement parfois avantageuses, tout en maintenant la pression sur les salariés (suppression d'affectation, accélération des cadences, etc), pour motiver le départ d'un contingent de salariés. Il suit une procédure plus simple que le plan de licenciement économique.
Darmanin précise:  "Il ne s'agit pas d'un plan de départs volontaires pour tout le monde, bien évidemment. Il s'agit d'adapter le fonctionnement de nos services publics, et, et de le faire, évidemment, avec et pour les agents publics." Quelque 700 millions d'euros, dont 200 millions dès 2018, ont été provisionnés pour ce plan social.
La novlangue écœure: "modernisation", "adaptation", "transformation", "départs volontaires", "repenser le contrat social".
Les postes que Macron veut supprimer
"Il faut repenser là où on a besoin de plus d'État et là où on a besoin de moins d'État. C'est cette transformation-là qu'il faut faire" justifie Darmanin. Justement, où se porteront donc les 120 000 suppressions de postes ? 
Chez les surveillants qui manifestent contre leur sous-effectif et leur manque de moyens dans des prisons surpeuplées? Chez les policiers dont les heures supplémentaires impayées excèdent les 22 millions ? A Pôle Emploi, où les 40 000 collaborateurs sont submergés entre la masse de cas à traiter et les objectifs chiffrés de leur ministère ? Chez les infirmier(e)s qui suffoquent devant l'explosion de la charge des soins aux urgences - l'une des conséquences des déremboursements de soins mis en œuvre depuis plus d'une décennie ? Chez les fonctionnaires des impôts alors que la fraude et l'évasion fiscale se modernisent sans cesse ? Chez les enseignants alors que le babyboum des années 2000 surcharge les classes ?  A l'inspection du travail peut-être puisqu'il faudrait "simplifier la vie des entreprises" ? Chez les personnels d'EHPAD, à bout par l'accroissement de leur charge d'encadrement et de soin d'une population âgée dépendante croissante ? (A ce propos, la ministre de la santé, celle qui disait que la Sécu n'était pas là pour "rembourser des montures Chanel", tient la même semaine des propos lénifiants sur son budget: "L’État qui finance la partie soins médicaux des  a prévu 100 millions d’euros supplémentaires pour 2018, j’ai rajouté 50 millions fléchés ! C’est déjà énormément d’argent").
Partout, les personnels les plus essentiels, les plus demandés, les plus nécessaires, et souvent les moins bien payés de nos services publics craquent, suffoquent, ou protestent. La Macronista ne les célèbre pas. Bien au contraire, elle organise des séminaires, colloques et interventions pour expliquer combien cette Fonction publique est si lourde et coûteuse, combien elle a besoin de se "transformer" et de "s'adapter". Les futurs "managers publics" seront rémunérés au mérite, avec des carrières plus individualisées. Individualisées sur quels critères ?  Ces promesses, on les entend depuis 3 décennies.
C'est l'autre aveu, l'autre "révélation" de l'attitude macroniste vis-à-vis de la République: un mépris à peine caché, une indifférence évidente à l'égard de nos agents publics.
 Darmanin a-t-il commis une boulette ? Pas du tout. En déplacement à Tunis, Macron explique que "ce n'est pas la fin de la fonction publique". C'est juste un massacre annoncé. Et, encore une fois, le plus large plan social que notre pays ait connu depuis la guerre.
"Il faut réorganiser (la Fonction publique) plus vite comme le font les entreprises". Macron a un modèle et un seul, celui de l'entreprise - celui-là même qui s'est révélé incapable d'anticiper ni de gérer les catastrophes les plus récentes: obligations pourries et subprimes, évasion fiscale, pollution illégale, harcèlements sexuels, inégalités femmes/hommes, contaminations alimentaires, assèchement des ressources naturelles, etc.
Un modèle qui n'aurait pas survécu sans l'intervention publique - qui a oublié le renflouement massif et sans-contrepartie des banques en 2008-2009.
Un modèle qui pourtant occulte tous les autres dans l'imaginaire jupitérien.
Les aveux
https://lafranceinsoumise.fr/2018/02/01/video-burnout-les-crames-du-boulot/Le jeune monarque prétend qu'il y a urgence. Oui, mais laquelle ? Cette semaine, dans le cadre de cette procédure baptisée "niche parlementaire" pour désigner ce court moment où l'initiative de proposer des lois est laissée aux députés notamment de l'opposition, nombre de lois répondant à des problèmes urgents ont été offertes au débat par les déput(e)s insoumis(es): le Burn-Out (dont l'explosion après une décennie de crise inquiète) , le CETA (dont la ratification par chaque Etat membre est imminente), le droit à l’Eau, ou le contrôle au faciès.
Toutes ces propositions ont été refusées, sans débat, par le groupe (ultra) majoritaire de LREM, toutes sans exception. Pourquoi ? Il faut lire les texte pour réaliser que chacun d'entre eux méritait un débat, voire un consensus. Mais les godillots macronistes, pour l'essentiel absents de l'hémicycle par absentéisme aggravé, ont tout rejeté, sans débat ni question.
La Macronista a d'autres urgences, les siennes, celles d'une France d'en haut protégée par sa richesse et ses réseaux.
Les conditions de travail des policier(e)s, des surveillants, des infirmier(e)s ou des juges, le mal-logement ou la lutte contre l'évasion fiscale, les nouveaux bracelets électroniques d'Amazon ou la mise au pas d'un média historique par un milliardaire proche n'en font pas partie, bien au contraire.
Lundi, le mal-logement est encore dénoncé par la fondation Abbé-Pierre, dans la 23ème édition de son rapport annuel sur le sujet. Les chiffres sont astronomiques: 15 millions de Français sont touchés par la crise du logement, dont 4 millions mal logés ou sans logement. "La hausse des prix creuse les inégalités résidentielles et bouche l’horizon des ménages des couches populaires" prévient la Fondation. Quelle est la réponse du gouvernement aux interrogations de la Fondation Abbé Pierre? Une baisse du budget consacré aux HLM, et une coupe dans les APL... La Macronista a trouvé 3 milliards d'euros d'économie pour compenser la suppression de l'ISF sans contre-partie, mais rien, absolument rien pour la crise du logement. L'équipe Hollande, au moins, était parvenue en fin de quinquennat à son objectif de 500 000 constructions dans l'année.
Lundi, un jeune sous-ministre est quand même dépêché sur les ondes pour expliquer que la baisse des APL était effectivement une mauvaise mesure, mais que les bailleurs sociaux allaient la compenser par une baisse des loyers. Sur l'encadrement des loyers, il réclame un délai. Sur les constructions de logement, il promet 60 000 nouvelles places pour les étudiants, et la rénovation de 150 000 logements sociaux. Sur la ponction du budget des HLM, pas un mot.
La Macronista a d'autres urgences, les siennes.
Jupiter est pour l'essentiel ailleurs. Il termine ses vœux. Brigitte rencontre Angelina Jolie. Le couple présidentiel file en Tunisie et au Sénégal où il retrouve Rihanna. Jupiter se dit "rassuré" par le président turc Erdogan sur la situation en Syrie. Rassuré ? En Syrie, les forces turques combattent aux côtés de djihadistes pour terrasser les Kurdes.
Comme c'est étrange.


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