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Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 263

Publié le 04 février 2018 par Antropologia

Signalétique

Aéroport de Nantes, 6 janvier 2018

L’un ressemble à un diapason. L’autre a la taille serrée et les cheveux légèrement longs. Je les regarde alternativement, sans vraiment comprendre ce que je vois ni pourquoi j’hésite. Ma fille de 3 ans me tire par la main : ça presse. Nous entrons donc dans les toilettes pour personnes à taille serrée et cheveux légèrement longs.

Je ne peux m’empêcher alors de fantasmer la scène dans le cabinet d’architectes et designers qui a remporté l’appel d’offre pour cette signalisation (c’est un arrangement de ce genre, j’imagine, qui prévaut à la modification du logo habituel) : « On ne peut pas lui mettre une jupe ! C’est vachement sexiste… – Ouais. Tu proposes quoi ? On va quand même pas utiliser les symboles avec la croix et la flèche… – J’avais pensé à quelque chose dans ce genre là… » Dans mes phantasmes donc, il y a des lieux inventés comme ce cabinet d’architectes -qui aménagent des cabinets. Des lieux où la jupe est qualifiée de sexiste, mais où ni la taille serrée qui permet de figurer les seins et les fesses, ni une mèche de cheveux longs, n’entrent dans cette catégorie.

Alors que nous attendons l’embarquement, je suis indignée par cette représentation féminine. J’en viens même à me demander si elle ne serait pas un peu biblique : on a fait l’homme en forme de diapason puis la femme à partir de lui (très clairement en lui resserrant la taille). Je me demande pourquoi une telle représentation a pu sembler plus appropriée que celle de la femme avec robe. Je n’aimais pas beaucoup cette option, mais elle avait le mérite de ne pas me faire réfléchir. Là, c’est comme si on avait fait semblant d’amorcer une critique… et puis non. Finalement, on va faire pire que ce qu’il y avait. Je suis consciente que mon indignation se vautre dans le phantasme (de gens qui auraient une quelconque volonté d’exprimer un changement, une rupture dans ce qu’on nomme les représentations du genre), mais ma conscience n’apaise pas mon malaise.

Mais puisqu’il ne s’agit que de mes phantasmes, et que personne n’a utilisé le mot « sexiste » ou « genre », je décide de demander à mon compagnon ce qu’il pense de ces logos. Et là –comme quoi, la subjectivité a toujours de belles surprises à nous réserver- il me dit : « Quoi ? Parce qu’ils n’ont pas de bras ? ». Je n’avais même pas remarqué.

Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 263

Julie Campagne


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