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CEREMONIE : Dans les coulisses des Magritte du Cinéma

Publié le 04 février 2018 par Misteremma @misteremma

Depuis 8 ans, le premier week-end de février est devenu celui du cinéma belge. Afin de mettre du glamour dans notre cinéma, la Ministre Fadila Laanan avait influencé à la création de nos propres Césars. Baptisés Magritte, ces prix honorent le cinéma belge francophone. Et comme cela ne suffisait pas, une guindaille " anti-gala prout-prout " a été inventée la veille (le vendredi) pour remettre des moules... enfin des Machins.

Alors que je m'occupais de la retransmission en live sur ma fanpage Facebook pour Les Machins, la RTBF prenait le relais de BeTV pour diffuser la cérémonie des Magrittes sur la deuxième chaîne du service public.

Le moins que l'on puisse dire est que cette édition fut très politique. " Comme toujours " me direz-vous. Peut-être ! Sauf que le #MeToo traditionnel 2017-2018 et les revendications pour les pauvres artistes sans le sou ont laissé place à la remise en question de la politique migratoire du gouvernement belge. Didier Reynders (MR) était en première ligne de front pour prendre les accusations en pleine figure. Lors de son discours d'introduction, très réussi, le Maître de Cérémonie interpelle le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Institutions culturelles fédérales. En faisant référence au scénario du film " Chez Nous " de Stephan Streker, Fabrizio Rongione déclare " Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à rejoindre des partis nationalistes et populistes ?" , puis se retourne et dit " Bonjour Monsieur Reynders ! Comment allez vous ? Vous avez vu Star Wars ? Vous êtes comme Dark Vador. Vous avez rejoint le côté obscur de la force. Mais moi je sais qu'il y a encore du bon en vous. Papa ! C'est moi Luke. Luke Skywalker. Papa, reviens ! " . Là, le Ministre rit encore...

A 35 minutes, arrive Alex Vizorek. Gonflé à bloc, l'humoriste belge qui office sur France Inter doit remettre le prix du scénario. Dans son discours, il s'amuse à détourner les nommés : " Théo Francken pour " Chez Nous ". Film traduit dans le nord du pays sous le titre " Waar vlamingen thuis zijn ". Le scénariste n'a pas manqué d'offrir un très joli rôle de figurant à Charles Michel. (Silence) Je pensais que les blagues sur Charles Michel ferait rire Didier Reynders... mais non ! (rires dans la salle et sur le visage du Ministre) Et Théo a eu le courage de terminer son film... En tout cas, il n'a jamais pensé à démissionner et c'est bien le seul " .

Manque de bol pour Didier Reynders, le réalisateur Philippe Van Leeuw monte sur scène 6 fois pour prendre ses prix et à chaque fois, il rappelle la situation des migrants, thème fort de son magnifique film Insyriated : " En 1945, après la seconde guerre mondiale, on a décidé d'appeler juste des gens qui avaient secouru et recueilli chez eux des gens qui étaient en danger. Et donc ces gens-là, ici, aujourd'hui, sont en danger. Et je pense que l'on a besoin de continuer à réfléchir sur comment mieux les accueillir et pas l'inverse.

Fini de rire ! Mourade Zeguendi monte sur scène pour remettre le prix du meilleur court-métrage d'animation. Dans son discours, il doit passer un extrait du film de propagande (en animation) de Théo Francken mais l'acteur sort de son texte initialement prévu : " Ce qui me choque, c'est que le meilleur d'entre nous n'est pas là. D'ailleurs vous travaillez avec lui, vous ! (montrant Didier Reynders) Vous êtes Ministre de quoi encore, vous, le Georges Clooney du gouvernement ! Il mérite un prix votre collègue ! Non ? Vous trouvez normal qu'on l'expulse de la famille du cinéma belge ? ". Toujours en regardant le Ministre droit dans les yeux, il termine : " Encore un petit message. Moi, je suis né en Belgique mais ça ne se voit pas. On est d'accord !? J'habite à la gare du nord près du parc Maxmilien. Mon pire cauchemar est de perdre ma carte d'identité. Non mais sérieux ! Parce que là, on peut t'expulser comme ça ! Vous savez ce que j'ai fait ? (le public applaudit) Ce que j'ai fait, Monsieur le Ministre Georges Clooney, je me suis inspiré de Prison Break et je me suis fait tatouer ma carte belge dans mon dos. "

Dès ce moment, la RTBF a arrêté de filmer le Ministre. Derrière tout ça, Alison Wheeler est venue mettre un peu de légèreté dans cette cérémonie en déclarant cette punchline très drôle : " Je suis très honorée d'être ici à Bruxelles. J'adore la Belgique. Sincèrement quelle fierté d'être invitée aux Magritte du Cinéma. René Magritte l'inventeur de " Ceci n'est pas une pipe " qui a inspiré depuis tant de directeurs de casting. "

Et oui ! Les femmes et la libération de la parole furent le deuxième thème de la soirée avec Solange Cicurel, Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire : " Vous ne rêvez pas. C'est bien une femme réalisatrice qui est devant vous pour une comédie. Bravo les belges, les César n'auraient pas osé ". Julia Ducournau, Magritte du meilleur film étranger en coproduction pour Grave n'y croyait pas une seconde. Elle me disait d'entrée de jeu qu'elle n'avait aucune chance face à Cristian Mungiu ou encore Ken Loach. Sur scène, elle déclara ceci : " Je suis un femme et c'est un premier film. Donc inutile de vous dire que je n'avais pas préparé de discours ".

Et puis, il y eu l'affaire Hugues Dayez. Quoi l'affaire Hugues Dayez ? Patrick Quinet, co-président de l'Académie Delvaux à l'initiative de la Cérémonie des Magritte avec Luc Jabon, rappelle les faits dans le supplément MAD du journal Le Soir : " Au sein de l'Académie, on a eu de longs débats sur le " A poil " de Hugues Dayez lancé en salle de presse l'an dernier. On n'a pas envie de jouer les juges. Ce n'est pas notre rôle. Or c'est une tendance aujourd'hui de juger tout de suite tout le monde. Je compte sur l'intelligence des gens et j'espère que par respect pour le cinéma belge, les choses ne vont pas s'envenimer autour d'un seul homme qui a dit une connerie à un moment donné ".
L'affaire avait marqué les esprits l'année dernière. Du coup, la RTBF a extirpé son journaliste cinema de la salle de presse afin de le placer dans la salle de cérémonie et même sur scène pour remettre un Magritte d'honneur à Sandrine Bonnaire. Certaines actrices m'ont confié lors de l'after-party qu'elles avaient pensé crier " A poil " lors de l'apparition sur scène du journaliste maison mais, par respect pour l'actrice française, elles se sont tues. L'affaire est donc classée, surtout qu'elle fut honorée la veille (aux Machins donc) d'un Love Machin Hugues Dayez de la femme à poil remis par l'actrice (et Maîtresse de Cérémonie de l'année dernière des Magritte, et à qui le " à poil " était destiné) Anne-Pascale Clairembourg à Benjamin Ramon et Sofia Manousha pour leur prestation naked dans le film Insoumise.

Tiens, et si je vous parlais de la soirée qui a suivi la cérémonie... ou pas ! Car ce qui se passe aux Magritte reste aux Magritte ! Perso, j'ai attendu toute la soirée l'arrivée de Renaud Rutten et je suis content d'avoir manger du chocolat avec Thomas Mustin et d'avoir fait des bulles de savon avec Sandrine Bonnaire. Le reste en photos...

Et le palmarès dans tout ça ?

MEILLEUR ESPOIR FEMININ remis par Salomé Richard et Kacey Mottel Klein
Even lovers get the blues: Adriana Da Fonseca
Happy end*: Fantine Harduin
Home : Lena Suijkerbuijk
>> Mon Ange : Maya Dory

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN remis par Salomé Richard et Kacey Mottel Klein
>> Dode hoek : Soufiane Chilah
Home: Mistral Guidotti
Le passé devant nous : Arieh Worthalter
Sonar : Baptiste Sornin

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL OU ADAPTATION remis par Alex Vizorek
Chez nous : Lucas Belvaux
>> Insyriated : Philippe Van Leeuw
King of the Belgians: Peter Brosens, Jessica Woodworth
Noces : Stephan Streker

MEILLEUR PREMIER FILM remis par Garance Marillier
Even lovers get the blues de Laurent Micheli
>> Faut pas lui dire de Solange Cicurel
Je suis resté dans les bois de Michaël Bier, Erika Sainte et Vincent Solheid
Sonar de Jean-Philippe Martin
Spit'n'Split de Jérôme Vandewattyne

MEILLEUR MONTAGE remis par Sébastien Houbani et Lina El Arabi
Chez nous : Ludo Troch
Home : Nico Leunen
Le fidèle : Alain Dessauvage
Noces : Jérôme Guiot
>> Paris pieds nus : Sandrine Deegen

MEILLEURE IMAGE remis par Sébastien Houbani et Lina El Arabi
Grave : Ruben Impens
>> Insyriated : Virginie Surdej
Mon Ange : Juliette Van Dormael

Indiscrétion : Soulignons l'excellente prestation avec beaucoup de justesse et d'humour des deux acteurs français Sébastien Houbani et Lina El Arabi

MEILLEURS DECORS remis par Charles Kaisin
>> Grave : Laurie Colson
Mon Ange : Luc Noël
Noces : Catherine Cosme

MEILLEURS COSTUMES remis par Charles Kaisin
Grave : Elise Ancion
King of the Belgians: Claudine Tychon
>> Noces : Sophie Van Den Keybus

MEILLEUR COURT METRAGE DE FICTION remis par Mourade Zeguendi
>> Avec Thelma de Raphaël Balboni et Ann Sirot
Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez
Le film de l'été d'Emmanuel Marre
Les petites mains de Rémi Allier

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE remis par Alison Wheeler
Chez nous : Frédéric Vercheval
>> Insyriated : Jean-Luc Fafchamps
Le fidèle : Raf Keunen

MEILLEUR SON remis par Alison Wheeler
>> Insyriated : Alek Goose, Paul Heymans
Noces : Olivier Ronval, Michel Schillings
Sonar : Benoît Biral, Félix Blume, Frédéric Meert

MAGRITTE D'HONNEUR remis par Charly Herscovici et Hughes Dayez
Sandrine Bonnaire

Indiscrétion : Sandrine Bonnaire a un lien avec la Belgique depuis deux ans car elle prépare la réalisation d'un film sur la filiation dans lequel Isabelle De Hertogh jouera le rôle principal.

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE remis par Nawell Madani
Chez nous : Patrick Descamps
Dode hoek : David Murgia
Faut pas lui dire : Laurent Capelluto
>> Le fidèle : Jean-Benoît Ugeux

MEILLEUR FILM FLAMAND remis par Wim Willaert
Cargo de Gilles Coulier
>> Home de Fien Troch
King of the Belgians de Peter Brosens et Jessica Woodworth
Le fidèle de Michaël R. Roskam

MEILLEUR DOCUMENTAIRE remis par Ingrid Heiderscheidt
>> Burning out de Jérôme le Maire
Enfants du Hasard de Thierry Michel et Pascal Colson
La belge histoire du festival de Cannes de Henri de Gerlache
Rester vivants de Pauline Beugnies

Indiscrétion : Jérôme le Maire reçoit son deuxième Magritte. A-t-il fait d'autres documentaires qui n'ont pas reçu un Magritte ? Oui, mais ça, c'était avant les Magritte ! Pour l'instant, il termine un nouveau documentaire sur l'énergie solaire au Maroc et tourne, en même temps, une sorte de Western, un long métrage de fiction cette fois-ci, au même endroit.

Indiscrétion : Avec ce prix, Julia Ducournau est prête pour les César où Grave est nommé dans les catégories " meilleur scénario ", " meilleur espoir féminin ", " meilleure musique originale ", " meilleur son " et " meilleur premier film ". Frakas Productions sortira prochainement le nouveau long métrage de David Lambert qui s'attaque à un nouveau genre : la comédie.

MEILLEUR ACTEUR remis par Anne Coesens
>> King of the Belgians: Peter Van Den Begin
L'amant double* : Jérémie Renier
Le fidèle : Matthias Schoenaerts
Otez-moi d'un doute : François Damiens

MEILLEURE ACTRICE remis par Reda Kateb
>> Chez nous : Emilie Dequenne
King of the Belgians: Lucie Debay
Otez-moi d'un doute : Cécile de France
Paris pieds nus : Fiona Gordon

MEILLEUR FILM remis par Natacha Regnier
Chez nous de Lucas Belvaux,
Dode hoek de Nabil Ben Yadir
>>Insyriated de Philippe Van Leeuw
Noces de Stephan Streker
Paris pieds nus de Dominique Abel et Fiona Gordon


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