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566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?

Publié le 10 mars 2018 par Juan

566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?

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La question est posée, elle ne sera pas adressée officiellement.


En fin de semaine,  Macron s'envole pour l'Inde. La presse principale reproduit les communiqués de presse élyséens -  "Visite d'Emmanuel Macron en Inde : 13 milliards d'euros de contrats signés" (France 24), "Visite d’État de Macron en Inde : un contrepoids à la Chine" (Ouest-France), "Macron en opération séduction au pays des Maharadjahs" (Le Parisien) , "la France annonce la signature de 20 contrats d’une valeur de 13 milliards d’euros" (Le Monde) - se fend d'un portrait dithyrambique d'une digne représentante de l'écologie macroniste - Brune Poirson, "l'écologie sans idéologie" dixit Le Point (sic!), ou prête ses colonnes aux éloges de Ségolène Royal, exilée comme "ambassadrice pour les pôles", pour faire de la pub aux projets écolo de Jupiter.
En bref, les principaux médias nous vendent "l'engagement écologique de Macron" à travers le sommet de l'Alliance solaire internationale où Macron intervient ce 10 mars, la valeur des contrats signés dans ce pays gigantesque pour des entreprises françaises et, évidemment, l'importance diplomatique de ce déplacement de 3 jours.
Le coup diplomatique que l'on tente de vendre - Jupiter traitant d'égal à égal avec le président du pays le plus peuplé du monde - est rapidement occulté par le vrai coup diplomatique de Donald Trump. Le président américain annonce qu'il rencontrera prochainement le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. C'est indéniablement un très joli coup, et un signe d'apaisement inhabituel de la part de cette Maison Blanche en furie.
La valeur des contrats signés est un "must" de tout déplacement présidentiel à l'étranger: ça évite de parler d'autre chose (les droits de l'homme quand on est en Chine ou au Qatar, la pauvreté quand on visite l'inde, etc), mais surtout cela permet de coller une (fausse) preuve d'action à l'image du monarque en place. Macron adore signer des lois et des contrats devant les caméras. En Inde, il est servi. Pourtant, même sur ce terrain symbolique-ci, la prouesse macroniste est modeste: 12 des 13 milliards annoncés sont le fruit d'un seul contrat de livraison de moteurs d'avion pour Safran.
En Inde, il y a plus grave que ce petit déraillement de la communication diplomatique élyséenne ou ces agitations dans des sommets écolo où l'on ne décide de rien. En Inde, Jupiter voulait surtout vendre, encore et toujours, un peu de nucléaire français. Et cette fois-ci en zone sismique.
On se souvient de Sarkozy se dépêchant à Pékin, trois semaines à peine après la catastrophe nucléaire de Fukushima dans le Japon voisin, l'un des « sujets prioritaires » du tête-à-tête entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, au Grand Palais du peuple ce soir de mars 2011. L'Elysée sarkozyste expliquait même à l'époque combien "Fukushima n'invalide pas la pertinence du nucléaire civil". 
L'ancien monarque avait fait beaucoup d'effort pour exporter le nucléaire français. Outre la Chine, Sarkozy avait entamé des démarches avec son meilleur allié, le colonel Kadhafi, avant la brouille mortelle de 2010.
Six ans plus tard, jour pour jour après Fukushima, Macron est en Inde pour vendre des EPR.
La communication présidentielle n'insiste pas sur cette dimension du voyage.
566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ? Le PDG d'EDF est du voyage. D'après le site Energeek, la signature de la commande est bel et bien l'un des objectifs élyséens. Un "protocole de coopération" relatif à la construction de six EPR sur le site de Jaitapur, en bord de mer, pour une capacité potentielle de 9,9 GW, avait été signé il y a 2 ans entre le groupe EDF et le groupe indien Nuclear Power Corp of India Ltd (NPCIL). Et les premiers repérages ont été initiés par Areva dès 2009. La région de Jaitapur, en bord de mer, a pourtant déjà subi plusieurs tremblements de terre d'une magnitude supérieure à 6.  "Le site indien de Jaitapur est exposé aux séismes et aux tsunamis" commentait sobrement le Monde en janvier 2017. Différents documents secrets du Department of Atomic Energy l'attestent. Des associations locales, Greenpeace et tous les élus du coin s'opposent au projet, sauf, évidemment, les autorités de l'état du Maharashtra, duquel dépend la zone.
"Nous, les pêcheurs et les agriculteurs de Jaitapur et les zones adjacentes, voulons qu'il soit très clair que notre opposition tenace au projet nucléaire proposé est totale et ne sera pas vaincue par des moyens ou les manières possibles." Déclaration publique, juin 2013.
La signature de cette commande se chiffrerait à 60 milliards de dollars. On n'en doute pas. Partout où il a été déployé, l'EPR est un gouffre qui apparaît sans fin. A Flamanville, il dépasse les 10 milliards d'euros, trois fois plus que prévu; 22 milliards d'euros à Hinkley Point, au Royaume-Uni, soit 2 milliards de plus que prévu.
Mais il faut défendre la filière nucléaire fraaaaançaise, coûte que coûte! Sous un vernis écolo, bien servi par Nicolas Hulot, le gouvernement Macron fait feu de tout bois pour développer, ou plutôt sauver le nucléaire français. Qu'importe si le recyclage des premières centrales est un casse-tête économique et écologique; qu'importe si l'on découvre enfin aujourd'hui coûte bien plus cher qu'on ne l'a dit.
566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ? En novembre dernier, Nicolas Hulot avait reporté la plupart des objectifs de la loi de transition énergétique votée sous Hollande et portée à l'époque par Ségolène Royal devenue depuis Macronista-gaga. "Atteindre les 50% d’atome dans le mix électrique d’ici à 2025 était certes un sacré défi dès le départ, dès la loi de 2015" rappelle Libération. "Pour tenir cette promesse, il aurait fallu fermer l’équivalent de 17 à 20 réacteurs sur les 58 actuels, calculait la Cour des comptes en 2016, et 27 à 31 selon Greenpeace." La promesse macroniste de tenir ces engagements est enterrée dès le début du quinquennat. 
566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?Quatre mois plus tard, la planification de la fermeture des centrales trop anciennes est elle aussi enterrée: il est urgent ... de ne rien faire. La communication présidentielle s'active pour convaincre que Macron s'active, multiplie les réformes, transforme le pays au point de donner le tournis à ses détracteurs, et pourtant. Sur ce sujet des plus urgents, des plus graves, la procrastination est la règle.
La programmation pluriannuelle de l’énergie, qui devait réactualiser ces objectifs, est repoussée... à 2019. Le soutien aux énergies renouvelables s’incarne dans des shows médiatisés, des tweets et des belles déclarations, pas dans les actes. En 2017, la part de l’électricité consommée en France issue des énergies renouvelables est tombée à 18,4%, contre 19,6% en 2016.
566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ? Exporter des EPR hors de prix, y compris dans des zones dangereuses (mais lointaines), geler la fermeture des centrales vieillissantes, repousser la planification de nouveaux objectifs, voici en résumé le premier bilan écolo peu convaincant du Président des riches.

"La transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale." pouvait-on lire dans le programme présidentiel du candidat Macron.
Sans rire.
Cet enterrement qui ne dit pas son nom fait tâche. On croyait Macron si actif. Nos éditocrates expliquent qu'il cherche à "sidérer l'opposition" par sa sur-activité. Cette semaine encore, un projet de réforme constitutionnelle est dévoilé, quelques semaines après que des premiers sondages nous garantissent que les Français étaient majoritairement d'accord (sic!): la simple réduction du nombre d'élus (sénateurs et députés), pour affaiblir encore davantage le Parlement, agite heureusement quelques gazettes et des républicains authentiques, de droite comme de gauche. Vendredi, c'est la ministre de la Justice qui jette un nouveau hochet au sérail politico-médiatique, la création de "tribunaux criminels" composés de juges professionnels, pour remplacer les jurys d'assises sur les crimes les moins graves.
Jupiter ne sidère pas. Il fait suffoquer. Il engage un programme de "réformes" et de privatisation de l'Etat qui pourrait être débattu, mais qui ne le sera pas puisque le jeune monarque fait en sorte d'éviter le débat. Et sur quelques sujets majeurs - la pauvreté (les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne cette semaine) ou l'écologie (la France insoumise organise un vote sur la sortie du nucléaire du 11 au 18 mars), Macron se tait, ou plutôt amuse la galerie avec des shows, des sommets et des tweets.
Ami macroniste, où es-tu ?


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