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Quand Corbière pète un câble

Publié le 23 mars 2018 par H16

Il s’en passe des choses sur France Inter ! Au détour de l’une de ces chroniques d’humoristes-moralisateurs comme il en existe maintenant un peu trop, on découvre une facette jusque là peu explorée d’Alexis Corbière, député de la France Insoumise, qui n’a apparemment pas du tout goûté à la performance comique qui lui était offerte.

Bon, soit, la performance en question n’était pas vraiment amusante (mais la chroniqueuse ne l’est qu’accidentellement) et son petit côté doux-amer a très manifestement déclenché une crise de poujadicite aigüe de la part du chroniqué : oser insinuer qu’il n’aurait pas payé ses cotisations, lui, le député de la France Soumise Au Fisc et Aux Organismes Sociaux, c’est vraiment insupportable ! Il ne pouvait pas rester de marbre devant tant d’insolence !

Quand Corbière pète un câble

Les raisons de la colère de Corbière apparaissent pourtant bien maigres : Charline Vanhoenacker est en effet revenue sur les émoluments touchés par celui qui était alors en campagne électorale pour la France Insoumise, et la chroniqueuse n’a pas pu s’empêcher de noter que notre député s’est fait payer chacune de ses interventions médiatiques sur les plateaux télé, alors même que ces médias sont régulièrement conspués par le Lider Insoumismo, Jean-Luc Mélenchon. Poussant l’impudence encore plus loin, Charline a même dégondé le pauvre Alexis lorsqu’elle s’est fendue d’un commentaire sur le choix tout à fait particulier du statut d’auto-entrepreneur choisi par le député communiste, statut qui permet entre autre de s’affranchir de certaines taxations et cotisations bien spécifiques.

Une fois l’interjection poujadogène ingérée, Alexis Corbière a tenté une petite explication de ce choix de statut plutôt paradoxal pour un fervent opposant de ce type de contrat et un tendre adorateur des prélèvements sociaux. Pour lui,

« Le statut d’autoentrepreneur est un statut de merde extrêmement précaire, mais permettait que je facture et qu’à tout moment je puisse dire le mois prochain, moi et l’équipe, on arrête .»

Voilà qui est croquignolet : c’est un statut tout pourri (« de merde », même), mais cela n’empêche pas Alexis et sa troupe de le choisir consciencieusement pour amoindrir la surface d’attaque financière du fisc (on dirait une optimisation fiscale qui ne veut pas dire son nom, dites donc !) et permettre à la petite entreprise France Insoumise SARL la plus grande souplesse possible quant à ses contrats de travail. Autrement dit, le député Corbière a démontré, par l’exemple, comment tout entrepreneur raisonne, comment toute entreprise qui ne peut se permettre de prendre des risques de trésorerie doit gérer ses contrats, ses prestataires et comment les rares facilités permises par le code du travail sont immédiatement mises à profit dans ce cadre.

De ce point de vue, Alexis, Jean-Luc et toute cette fine troupe de collectivistes enragés ont parfaitement mis en application les principes qu’ils combattent âprement une fois le poste et la rente sécurisés. Encore une fois, on assiste ici à la mise en pratique détendue et décomplexée du principe de base de tous les socialistes qui s’emploient toujours à imposer aux autres ce qu’ils disent mais ne comptent surtout pas faire, à combattre publiquement ce qu’ils font en privé et à répéter à l’envi « faites ce que je dis, mais surtout pas ce que je fais ».

Il n’y a cependant rien d’étonnant à ça.

Quand Corbière pète un câble

Eh non puisqu’en effet, la France Insoumise est, par construction même, une sympathique petite boutique tenue par des rentiers de la Révolution collectiviste.

Car oui, on est bien loin des communistes tourmentés qui se refuseraient à faire la moindre concession au Grand Capital, comme purent y prétendre, de façon au moins crédible si ce n’est 100% du temps, d’anciens indécrottables comme Arlette Laguiller ou les quelques autres phénomènes de foire que la France a comptés dans son Histoire mouvementée. Ici, nos révolutionnaires de Prisunic ont des iPhones et des McBook, des chaussures cousues par des petites mains étrangères, écument des réseaux sociaux trendy et n’hésitent pas à utiliser Google qu’ils dénoncent pourtant dès qu’ils le peuvent.

Finalement, rien que de très normal pour des gens qui n’ont, comme beaucoup d’individus hantant des organes politiques, qu’un seul intérêt, le leur et qui, pour le suivre au mieux, passent leur temps à trouver des causes perdues pour ensuite vivre dessus comme n’importe quel autre politicien intégré au système politique. Du reste, il faut comprendre que l’Insoumission, slogan très simple braillé entre deux bouchées de quinoa, ne permet pas en elle-même d’assurer la pitance quotidienne.

Se faisant une raison, Corbière a donc courageusement choisi d’émarger au budget de la campagne, tout comme il a courageusement choisi le statut qui lui permettait de sauvegarder fiscalement ses miches. Après tout, les impôts qui doivent s’abattre comme le glaive séculier et le bras vengeur, c’est pour les autres, les riches et à l’évidence, il ne l’est pas, lui qui n’est que député.

On retrouve d’ailleurs exactement les mêmes petits arrangements avec l’idéologie chez sa compagne, Raquel Garrido, lorsqu’elle décide, toute Insoumission fermement canalisée, d’aller faire quelques piges juteuses pour les médias du Grand Capital qu’on peut dénoncer et fustiger, mais pas jusqu’au point de cracher sur la main qu’il tend d’autant qu’elle n’est pas vide. No Pasaran certes, sauf moyennant finance. Ah, il est loin le temps où le communisme, la lutte et tout le tralala à base de lendemains qui chantent imposaient au camarade candidat de ne pas en croquer, n’est-ce pas.

Cependant, je ne voudrais pas charger la barque, fort petite et déjà lourdement lestée, de ces Insoumis à géométrie variable. Ces petits accrocs au combat révolutionnaire ne sont que l’illustration saillante de l’hypocrisie généralisée des révolutionnaires de plateau télé en France.

Dans le même genre, on pense aussi aux cachets dodus et au salaire très confortable de la très rebelle et très décroissante Polony, pourtant vigoureuse lorsqu’il s’agit de baver à longueur de gros micros mous sur le capitalisme libéral. Je passerai sur les émoluments de Laurent Joffrin, jamais le dernier pour demander qu’on régule (enfin !) le salaire des patrons, comme je glisserai sur un autre rebelle anticapitaliste de plateau télé comme Michel Onfray qui n’oublie cependant pas que si le capitalisme sème la mort, ce n’est pas une raison pour ne pas demander plus de capital pour soi-même, n’est-ce pas.

Quand Corbière pète un câble

Bref, on le comprend : si le petit Alexis est outré, c’est probablement moins parce qu’on l’a serré en pleine hypocrisie que parce qu’on n’a pas encore osé faire la même remarque à tant d’autres avant lui, lui qui croyait parfaitement naturel qu’on puisse se déclarer socialiste, à l’écoute et au contact du peuple dont on se serait extrait par le suffrage pour le défendre sans oublier de se servir au passage.

Toute proportion gardée (heureusement), on retrouve la même dissonnance cognitive avec une autre belle brochette de socialistes qui alimentent d’ailleurs les rêves humides de nos exemplaires français : au Venezuela, difficile d’ignorer que les proches du pouvoir sont aussi les individus les plus riches du pays et profitent allègrement de toutes les facilités du système, tout en se plaçant bien sûr comme les représentants naturels des plus démunis.

Ah, et aussi, ne l’oublions pas, comme l’avant garde de l’Insoumission à ce système ainsi que de la Révolution prolétarienne si pleine de promesse, bien sûr.

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