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Ready Player One. Méta-pop culture

Par Balndorn

Ready Player One. Méta-pop culture
Ready Player One marque un jalon dans la carrière de Steven Spielberg. À 71 ans, le vieux baroudeur montre qu’il dispose encore de plus d’un tour dans son sac à histoires. Et que même si l’heure n’est plus à l’originalité du récit, il se sert comme personne des effets spéciaux numériques.
Tale of Tales
Disons-le tout net. Ready Player One ne brille pas par son scénario, une banale aventure spielbergienne entre E.T. et Indiana Jones. L’originalité se situe au plan structurel. La nouvelle production de Spielberg appartient au registre du méta-cinéma : elle brasse tous azimuts le spectre de la pop culture américaine et japonaise. King Kong, Akira, World of Warcraft… les références pullulent à l’écran.Mais venant du maître des histoires, on est loin d’une banale fan fiction. Spielberg ne se place ni en-dessous, ni au-dessus des œuvres évoquées : il vit parmi elles. Après plus de quarante ans de carrière, le cinéaste en arrive à se nourrir des histoires elles-mêmes.Aussi le croisement entre cinéma et réalité virtuelle est des plus étonnants. Et des plus spectaculaires. Au sens premier du terme : spectare, « regarder », contempler les histoires s’agiter à l’écran, prendre à chaque plan une nouvelle forme. À l’heure des grosses productions super-héroïques, à base d’effets plus chaotiques les uns que les autres,Spielberg s’approprie les nouvelles techniques numériques et les réintroduit dans sa mise en scène maîtrisée. Celle-ci s’infléchit toutefois vers un style plus nerveux, à l’exemple d’une saisissante scène de course automobile. Mais jamais elle ne vire au gloubi-goulba final de certains blockbusters – au hasard, Doomsday dans Batman vs Superman.
Une fable de l’économie numérique
Cependant, Ready Player One n’est pas qu’exercice de style. Sa vision du futur dit quelque chose de notre temps. Malgré son apparat prestigieux, l’OASIS, cette immense réalité virtuelle – ou faudrait-il dire « alternative », tant elle importe dans le quotidien des gens –, sert d’abord de soupape de sécurité au mal-être ambiant. Là seulement, les citoyens ont l’impression d’être ce qu’ils souhaitent. D’où son nom : au milieu du désert réel, seule la réalité virtuelle apaise corps et esprits.Au-dehors, le monde effraye. Avec ses « Piles », des barres de cellules familiales en guise d’immeubles, Colombus évoque plus des bidonvilles qu’une dynamique cité américaine. Surtout, la lutte de pouvoir autour de l’OASIS témoigne des conflits actuels entre grands groupes numériques. Si la caractérisation des personnages de James Hallyday (Mark Rylance) – le génial inventeur de l’OASIS, quelque part entre Steve Jobs et Elon Musk – et de Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn) – le méchant PDG de la concurrente IOI –manque de finesse, elle résume bien la dépossession des citoyens dans le monde numérique.En somme, Ready Player One a une valeur testamentaire. Le vieux Spielberg accuse la métamorphose du cinéma. Désormais, réalité et virtualité sont liées : au royaume des images, la vérité des prises de vue importe peu.
Ready Player One. Méta-pop cultureReady Player One, Steven Spielberg, 2h20, Warner Bros
Maxime

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