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Annihilation. Terre en quête de vie

Par Balndorn

Annihilation. Terre en quête de vie
À nouveau une perle de cinéma qui n’aura pas vu de distribution en salles. Pourtant, le nouveau film distribué par Netflix compte déjà parmi les meilleures productions de l’année. Et s’impose comme une référence dans les films indirectement écologistes.
Imaginer de nouvelles manières d'être
Avec Annihilation, le réalisateur Alex Garland poursuit le travail sur la métamorphose de la figure humaine qu’il avait entamé dans le précédent Ex Machina. Ce dernier se cantonnait à la seule personnalité d’Eva, trouble et séduisante créature artificielle. Annihilation va plus loin : désormais l’inquiétante étrangeté dépasse l’individu pour s’étendre carrément à la vie sur Terre.Tout se joue dans l’espace parallèle du « miroitement ». Imaginez une immense bulle de savon, qui peu à peu recouvre une portion du territoire américain, au sein de laquelle on envoie à tour de rôle des expéditions. En vain. C’est pourquoi on y envoie une nouvelle équipe, dont fait partie Lena (Natalie Portman), dont le compagnon (Oscar Isaac, déjà présent dans Ex Machina) faisait partie de la précédente expédition.Avec ses couleurs saturées (chapeau à Rob Hardy, directeur de la photographie), le miroitement évoque le fameux prisme de Newton, avec lequel le physicien anglais décomposa la lumière blanche en un faisceau coloré. L’enceinte du miroitement fonctionne de la même manière ; sauf qu’elle prend pour objet non plus la lumière, mais les organismes vivants.Ainsi de curieux hybrides peuplent ce monde : alligator géant à dents de requin, ours à tête blindée, cerf blanc aux bois chargés de fleurs… Monstres ou fééries ? Cauchemars ou rêves ? Annihilation oscille entre les deux. Ni Bien, ni Mal. Une indécision salutaire, qui pose le débat autrement qu’en termes manichéens : le miroitement est le lieu où la vie – et le cinéma – expérimentent de nouvelles manières d’être.
Quand les blockbusters américains mettent en scène la crise écologiste de la sensibilité 
De ce point de vue, Annihilation se rapproche de films comme Interstellar, Premier Contact et Blade Runner 2049. Pour ces quatre films, la menace (si on la considère comme telle) diffère, mais son origine reste la même : elle est extraterrestre (plus ambigu dans Blade Runner 2049, mais après tout, les androïdes servaient initialement sur les colonies terriennes). Et dans les quatre œuvres, la menace s’inverse en salvation.En d’autres termes, le salut – avec toute sa dimension chrétienne – provient d’ailleurs. Ce qui, d’un point de vue écologiste, pose question. Les œuvres mentionnées partagent le constat fataliste du déclin inexorable de la Terre : la mort par étouffement dans Interstellar, la ruine de la société humaine dans le capitalisme numérique de Blade Runner 2049, les paysages vides et mornes de Premier Contact et Annihilation… Ce dernier film porte bien son nom : il s’agit littéralement de « revenir à zéro », de faire table rase. De définir autrement les modalités de l’existence sur Terre.De ce point de vue, ces quatre films sont apocalyptiques. Au sens originel, chrétien, du terme : ils attendent la catastrophe qui révèlera la vérité du monde. Et donc, abandonnent l’idée d’un salut de la planète par ses propres habitants. L’espérance religieuse se substitue au pouvoir politique. Plutôt que de sauver le monde tant qu’il est encore temps, attendons le miracle providentiel d’un Dieu qui a pris la figure de l’Extraterrestre, de l’Autre… En dépit de son idéologie très problématique, Annihilation, comme les autres films évoqués, a de quoi fasciner. Parce qu’il associe très étroitement renouvellement de la vie et renouvellement du cinéma. Les effets numériques programment en effet une nouvelle esth-éthique. Photo-réaliste dans un monde à la fausseté revendiquée, le cinéma d’Alex Garland témoigne du nouvel univers qui attend l’homme post-moderne : un vaste territoire inconnu où la figure humaine se mêle aux autres existants.
Annihilation. Terre en quête de vieAnnihilation, Alex Garland, Paramount, 1h55
Maxime
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