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Le thaï qui regarde le doigt...

Publié le 06 avril 2018 par Neutrinou

Le thaï qui regarde le doigt...

Pourquoi mettre des bouées de sauvetage au bord des routes ? Le pays coule ?


Je rencontre ici un problème qui me rend fou. L'incapacité d'un grand nombre de thaïs à généraliser, à envisager de manière globale (je n'ai même pas dit abstraite) les problèmes et les situations.
Un exemple vaudra mieux que de longs discours. J'aimerais bien tirer quelques poissons, histoire de faire un barbecue. Mais l'île en face de la maison fait partie d'un parc naturel, à ce qu'il paraît. Un chasseur malin essayera de connaître la zone que le parc recouvre le plus précisément possible pour chasser en zone autorisée, mais juste à la limite, là où les nombreux poissons du parc peuvent s'égarer. En effet, le fin zoologiste que tu es n'ignore pas que le poisson, du fait d'une absence de scolarisation, ne sait pas lire les panneaux qu'on a placés au fond de la mer : les panneaux ne sont là que pour les poulpes, bien plus intelligents.
Maintenant, va expliquer à un thaï que toi aussi, tu voudrais connaître les limites du parc naturel.
La première chose qu'il va te demander, c'est pourquoi. Les thaïs veulent toujours savoir. Ce n'est pas seulement de la curiosité : s'ils n'imaginent pas le contexte de la question, leur esprit est sidéré.
Tu pourrais répondre sérieusement que c'est pour ne pas être surpris lorsque tu verras un changement de couleur entre la zone protégée et la zone libre : on a sans doute peint la mer pour que les navigateurs puissent s'y retrouver (c'est comme ça sur les cartes). On te regarderait avec un bref moment de flottement, et puis on te dirait très sérieusement que non, la couleur n'a pas été changée. Problem solved.
 
Mais bon, je réponds, bien que ma réponse ne puisse en rien guider la leur : les limites du parc ne vont pas changer selon que le demandeur est un touriste, un curieux, un géographe, que sais-je encore.
J'explique donc que je veux connaître les limites du parc pour pêcher en zone autorisée. Il arrive ce que je craignais : ils prennent un air sagace et sentencieux et m'expliquent qu'il est interdit de chasser dans la zone protégée. Où est passée la question initiale ? Les limites ? Et pourtant ils me regardent, très satisfaits, l'air de penser qu'ils m'ont bien aidé !
Le thaï qui regarde le doigt...

Il m'arrive d'être têtu (voire tête de cochon) :
- Où se trouve la zone protégée ?
- Ici, c'est une zone protégée.
- Toute la Thaïlande ?
Là, ils sont un peu désarçonné. En aucun cas, ils ne comprennent l'ironie de la question. Et encore moins son aspect paradoxal, destiné à leur faire toucher du doigt que si on soustrait l'ensemble P (comme Parc Protégé) de l'ensemble T (comme Thaïlande) avec lequel il a d'ailleurs une intersection égale à l'ensemble P, il reste un ensemble complémentaire A (comme Autorisé) DONT JE SOUHAITERAIS ARDEMMENT CONNAITRE LES CONTOURS. Et la réponse tombe :
- Non. Pas toute la Thaïlande.
- Alors où n'est-ce pas protégé ?
L'interro-négation, là, c'est trop fort sur le plan logique. Ils jettent l'éponge :
- Ici, c'est interdit de chasser.
Circulez, y'a rien à voir. L'idée d'une limite ? Non. Trop abstrait dans le contexte. Je te jure que je n'exagère rien.
Mais j'ai un plan… Chez les flics, on sait forcément où se trouve le parc naturel - c'est une entité administrative proche dans laquelle ils sont sans doute appelés à intervenir. Ils ont au moins les coordonnées... téléphoniques, à défaut des coordonnées géographiques.
Et forcément, les gens qui travaillent dans le parc connaissent exactement ses limites. Les thaïs sont comme tout le monde, ils n'iront pas faire du zèle dans des endroits dont ils n'ont pas la charge...
Nous allons au commissariat le plus proche. Deux flics, charmants. Évidemment, dès que je pose ma question, je dois répondre à leurs questions.
- Pourquoi voulez-vous savoir où se trouve le parc naturel ?
Fon explique que c'est pour ne pas chasser dans ce parc. Ils prennent l'air alarmé :
- C'est interdit de chasser dans le parc.
- Où se trouve-t-il ?
- Ici (geste large, mais qui désigne quand même la direction de la mer, soit 180°). C'est interdit…
- Vous auriez l'adresse de leur administration ?
Non, ils ne l'auraient pas…
J'abrège. La question du début a été oubliée. Totalement. Il y a de longues discussions sur le fait d'aller chasser en bateau ou non. Hors sujet mais très thaï. On aborde aussi le problème d'une hypothétique différence entre les farangs et les thaïs, ces derniers ayant ou non des droits plus importants. Finalement, ils me conseillent un endroit - mais ils ne sont pas sûr qu'il y ait du poisson : il faut essayer, me disent-ils. Je ne leur fait évidemment aucune confiance (et crois-moi, j'ai de bonnes raisons).
La discussion a duré vingt bonnes minutes. En France, quand on peut vous aider, on n'a pas le temps. En Thaïlande, on ne peut pas vous aider... mais on a le temps. Ce monde est mal fait.
L'idée de mettre la main sur une carte, avec des limites écrites : hors culture. Tout est englué autour d'une seule idée abrutissante, un hurlement qui rend visqueux tout ce qui en approche : interdit ! Je ne suis pas loin de penser que pour un thaï moyen, la belle idée de connaissance se résume à savoir ce qui est permis et ce qui est interdit. Politiquement, c'est simple et efficace...
Tu me diras, il suffit de chercher les coordonnées du parc sur internet. J'ai déjà essayé. Tu ne vas pas me croire : je ne le trouve pas, mais je trouve son homonyme, de l'autre côté du golfe de Thaïlande, dans la région de Rayong. Je trouve aussi deux sites privés dont les intitulés pourraient parfaitement être ceux du site officiel. Et au bout de plusieurs jours de recherche, je finirai par tomber sur ce site, quasi vide et mal fait, qui porte le nom si facile à deviner et si simple à mémoriser de : www.doxnrpxldoeoodiqkekkkccmsjz.thHeureusement, on y trouve une adresse mail (qui ne répond évidemment pas).

Le thaï qui regarde le doigt...

A l'école, on enseigne les valeurs nationalistes et religieuses. Mais le gouvernement aurait un plan sciences.


Qu'on me comprenne : je ne dis pas que le thaï moyen est plus bête que les autres. Je suis bien certain qu'à niveau culturel identique, implantés en France, les thaïs tirent honorablement leur épingle du jeu. Mais ici, ils ne reçoivent pas vraiment de formation intellectuelle. Et puis on oublie une chose. L'Europe et l'Amérique du Nord ont cinq siècles de pensée scientifique et de logique derrière elles. Ça marque forcément une culture. Qu'on ne vienne pas me dire : les chinois, la Mésopotamie, les arabes, les égyptiens, les indiens, on leur doit tout, les bases des maths et de l'astronomie et patati et patata. Cultures colossales... Avancées intellectuelles merveilleuses...
Parce que non. On leur doit des observations (dont ils n'ont pas tiré grand chose), du calcul élémentaire pour faciliter l'échange de cruches et de blé et de la géométrie pratique pour diviser des champs lors d'un héritage. Certainement pas de la pensée scientifique. Les grecs, je ne dis pas - ce bon vieil Euclide... Mais après eux, deux mille ans de vide total. Jusqu'autour des années 1500 en Europe.
Bref, les thaïs sont dans les choux pour ce qui est de la logique et de la raison. Mais ils sont tellement sympa !...
Oh, je t'entends venir, avec tes gros sabots ! Ils n'auraient pas la même logique. Trop facile ! Si tu veux dire qu'ils sont capable de survivre avec leur absence de logique, qu'ils vont faire des choses totalement improductive pour compenser cette absence, qu'ils ont d'autres circuits de réponse, d'accord. Mais de logique, il n'y en a qu'une seule. Celle qui permet de construire les téléphones portables qui occupent la moitié de leur vie. Celle qui sous-tend la conception des Toyota qui occupent l'autre moitié. Le principe de causalité. La généralisation par l'abstraction. La logique mathématique qu'on trouve dans la nature - objet de l'inépuisable étonnement d'Einstein. Alors ne vient pas m'emm... en me balançant ton ethnocentrique à deux balles...
Tout ça m'a bien agacé. Résultat, en reprenant la voiture, je recule. Manque de bol, il y a un thaï qui arrive à toute vitesse et me colle au cul. Et bang, je l'emboutis en marche arrière, en tort à 100%. Grrrr ! Il y a des fois où même la dynamique des solides n'aide pas !

Le thaï qui regarde le doigt...

Statues de moines dans un temple. Tu remarques ? J'ai vu rouge...



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