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Ma ralentie, d'Odile Cornuz

Publié le 07 avril 2018 par Francisrichard
Ma ralentie, d'Odile Cornuz

Odile Cornuz revendique que Ma ralentie s'est nourrie de La ralentie, le poème d'Henri Michaux. Et le titre qu'elle donne à ses textes, sans liens apparents, qui forment pourtant un tout, leur apporte cette touche personnelle inspirée.

Dans son poème, Henri Michaux emploie le pronom on au féminin, licence poétique, pied de nez à la grammaire, pour désigner la conscience, qu'il appelle tantôt Lorellou tantôt Juana. Dans son poème, il écrit:

On ne croit plus qu'on sait.

Puis:

On est la ralentie.

Puis encore:

On n'est plus fatiguée.

Le lecteur retrouve ces affirmations dans le livre-chant de l'auteur, à plusieurs reprises, quand bien même elle a horreur de se répéter:

Tu n'es sûre que d'une chose: tu ne sais rien.

[...]

... toi tu décrètes que la fatigue n'existe plus, que ce mot galvaudé tu n'en feras plus usage...

[...]

Finie la fatigue! On n'est plus fatiguée! Ralentie peut-être, mais avec joie.

A plusieurs reprises, aussi, elle invoque Lorellou:

Fais ce que tu veux, Lorellou. C'est bien toi? L'as-tu adopté, ce prénom de fée, ce bloc de tendresse? Veux-tu bien faire de chez moi un lieu non délaissé, un lieu de constance, un lieu qui ne meurt pas pour renaître mais se maintient tel un feu alimenté.

[...]

Lorellou, as-tu pris place au creux de mes coussins? Je rêve de toi comme d'un double qui comprenne pour moi, souffre pour moi, jouisse à ma place. Je rêve de toi comme l'extension de mon corps qui puisse absorber les chocs du monde.

Mais toutes ces reprises ne sont en fait que des points de départ à partir desquels sa pensée fluctue, cherche, se pose, parfois:

Peser peu de poids. Oublier tout l'appris par coeur. Ne garder que la sensation, le contact avec la peau et la nature. Considérer la multiplicité du sacré comme une richesse, non une énigme. Se persuader de la probité des hommes, malgré tout.

Trouve, même si cela ne lui facilite pas la vie:

Rien ne peut nous ravir l'avantage de la lucidité et le désir de comprendre (qui n'est pas celui de savoir).

Et, de temps en temps, sans donner des réponses, il lui faut - question de survie - chercher des images, pour se secouer du réel, se dégager du quotidien, se défaire des soucis, explorer des terres inconnues dans les recoins du cortex.

Francis Richard

Ma ralentie, Odile Cornuz, 160 pages, éditions d'autre part


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