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L’Île aux chiens. Le monde est un théâtre

Par Balndorn

L’Île aux chiens. Le monde est un théâtre
Avec L’Île aux chiens, Wes Anderson va beaucoup plus loin dans l’expérimentation formelle que ses précédents films. Cela tient au médium : avec l’image animée, le cinéaste a la possibilité virtuellement infinie d’inventer un monde de toutes pièces. Le rêve ultime pour qui désire révéler le monde en tant que théâtre.
L’influence japonaise de Wes Anderson
Passons rapidement sur l’intrigue de L’Île aux chiens (une histoire de déportation de la population canine du Japon sur une ancienne île industrielle), qui, si elle demeure plaisante, n’apporte pas grand-chose à l’écologie. Ce qui séduit dans le dernier Wes Anderson, c’est sa quête absolue d’une mise en scène du monde.On l’avait déjà vue à l’œuvre dans The Grand Budapest Hotel. Wes Anderson conçoit de manière imbriquée cadre et décor. En découle une représentation très stylisée du monde, découpé en un ensemble de scènes sur lesquelles se meuvent des personnages tous autant caricaturés. L’hôtel du film homonyme était jusqu’alors le dernier emblème du cinéma-théâtre à la Anderson. Mais la prise de vue réelle a un inconvénient : le réel, précisément. Elle peut le modifier, le façonner, le chambouler ; elle ne peut l’inventer. Défaut que pallie le film d’animation.Avec une technique proche du stop-motion, Anderson se livre tout entier à son fantasme d’ultra-stylisation du monde. Intégralement créés, les décors font sens de toutes parts : telle couleur, tel objet, tel geste signifie quelque chose en lui-même. Le fait que la troupe héroïque se compose d’une bande de clébards s’apparente à un exercice de style : comment rendre expressifs des non-humains ? Certes, les voix de stars (Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson…) jouent pour beaucoup. Mais, dans ces faciès canins, brille la lueur étrange de l’amitié inter-spéciste. C’est là qu’intervient le caractère japonisant du film. Anderson éprouve pour le pays du soleil levant la même fascination qu’éprouvaient au XIXe siècle les peintres impressionnistes. En rupture de ban avec le réalisme, les impressionnistes voyaient dans les estampes japonaises – Hokusai en tête – une affirmation de l’autonomie de l’art vis-à-vis du réel. Comme les peintres, Anderson admire dans l’art nippon sa sublimation du réel. La valeur documentaire de l’œuvre d’art y importe moins que l’autonomie esthétique. Sans le crier sur tous les toits, Anderson semble rendre hommage avec L’Île aux chiens à l’art pictural japonais – et à sa descendance manga et anime. Par son découpage du monde en scènes et du récit en saynètes, le cinéaste s’inscrit dans la droite ligne des estampes et vignettes japonaises.
Chiens et décharges sont l’avenir de l’homme
Le décor a lui aussi son rôle à jouer. Composée d’usines en ruines, de cheminées décrépies et de montagnes d’ordures, « l’île-poubelle » devrait pourtant repousser les fines bouches. Son style la rapproche de l’île polluée de Psiconautas. Et comme ce dernier film animé, L’Île aux chiens envisage l’île-poubelle dans toute son ambiguïté. Lieu de la déchéance de l’espèce canine, elle devient le site de sa résurrection ; tombeau des relations inter-spécistes, elle fomente une nouvelle amitié entre les hommes et les chiens. Parce qu’il est pourri, branlant, sur le point de s’effondrer, le décor peut devenir tout autre – et ce, grâce aux pouvoirs de l’animation. S’il ne change pas physiquement, il façonne moralement. L’île-poubelle, érigée en creuset poéthique, invente de nouvelles manières d’être au monde, en symbiose avec le reste du vivant.Après tout, peut-être que l’avenir de l’homme, c’est le chien.
L’Île aux chiens. Le monde est un théâtre
L’Île aux chiens, Wes Anderson, 1h41
Maxime
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