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Chasse Royale I. Quand Jaworski retourne à la voie royale

Par Balndorn

Chasse Royale I. Quand Jaworski retourne à la voie royale
Après Même pas mort, la première partie de Chasse Royale, deuxième tome de la trilogie des Rois du monde, fait pâle figure. En lui-même, le roman de Jean-Philippe Jaworski n’est pas mauvais. Mais en comparaison de ses œuvres précédentes, il s’égare dangereusement sur les voies les plus empruntées de l’art romanesque.
Quand la ville supplante la forêt
Fondamentalement, qu’est-ce qui change entre Chasse Royale et Même pas mort ? La narration. Discontinue dans le précédent volet, trouée de spectres, de cauchemars et de résurgences du passé, elle s’aplanit dans une sage linéarité dans ce nouveau tome. Et s’aplanissant, elle s’assagit.Au demeurant, Chasse Royale reste un bon roman. Mais sagement bon. Ce que Jaworski gagne en lisibilité narrative, il le perd en originalité esthétique. Le classicisme du présent ouvrage lui barre la route du sublime de Même pas mort, où les créatures fantastiques côtoient les hommes en toute intimité.La forêt, c’est peut-être ce qu’il manque à Chasse Royale. Pourtant, le roman s’y aventurait dès l’incipit, à travers cette chasse au cerf (qui lui donne son nom) dans « le cœur noir de la forêt ». Durant ce bref mais intense épisode, Jaworski, avec toute sa maîtrise stylistique, dissémine d’intrigantes ombres au travers des arbres. Mais le biotope forestier et ses entrelacs de mystères – lieu archétypal, sinon matriciel de l’écriture de Jaworski – ne fait son retour qu’à la toute fin du roman. Durant la majeure partie du roman, Jaworski abandonne les sentiers forestiers de traverse pour la voie royale de la narration classique.Entre temps, c’est la ville qui domine. Et une ville bien moins animée que la giboyeuse Ciudalia de Gagner la guerre. Autricon, la capitale des Carnutes, se réduit à deux sites : le palais du roi et la grand-place où les Celtes réunis pour la fête de Beltaine sacrifieront leurs prisonniers. C’est bien plus pauvre que Ciudalia, qui foisonne de ruelles, de dédales et de lieux louches. Dans sa topographie, Ciudalia s’apparente aux impénétrables forêts de Jaworski, quand Autricon se contente d’aligner des rues droites où les détails font défaut.
L’éclipse des ombres
Ce passage de la forêt à la ville accompagne le parcours du héros, Bellovèse. À présent adulte et guerrier accompli, il parachève son initiation du monde. Au cours de cet épisode, c’est la politique qu’il apprendra, en se détachant du monde magique du Senoceton dans lequel il passa son enfance. Or, sa conception de la politique diffère largement de celle de l’assassin Benvenuto Gesufal dans Gagner la guerre. Ce dernier enchaînait les roueries et les coups bas, transformant la politique en jungle hostile, où chaque acteur est un rival potentiel. Au contraire, pétri d’honneur (mais pas exempt de contradictions), Bellovèse prend parti pour le droit : en définitive, il reste trop pur, trop Ned Stark à sa façon.C’est peut-être d’ombres que manque la première partie de Chasse Royale. L’aventure guerrière de Bellovèse et de son oncle éclipse les forces obscures qui structurent le monde celte. Fort heureusement, elles reviennent. Et réoccupent le devant de la scène dans la seconde partie.
Chasse Royale, première partie, Jean-Philippe Jaworski, 2015, Les Moutons Électriques, 288 p. 
Maxime

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