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Edward Said, une pensée incarnée

Publié le 14 avril 2018 par Les Lettres Françaises

Edward Said, une pensée incarnéeD’Edward Said, le public français connaît avant tout l’Orientalisme, ce travail magistral qui a donné à voir « l’arnaque et le danger que constitue le ‘nous’ supérieur contre le ’eux’ d’un tiers-monde inférieur. »

La romancière Dominique Eddé, qui a traduit une partie des textes de Sais au moment où il y avait en France une « incroyable difficulté » à les faire accepter, et qui partagé son engagement pour la cause palestinienne, a également entretenu une longue relation amoureuse avec lui.

Dans le Roman de sa pensée, elle dresse donc un portrait intime de cet intellectuel engagé. « L’œuvre de Said ne résume pas à la somme de ses livres, de ses écrits. », prévient-elle. « Elle tient beaucoup à son éloquence à son charisme, à la manière dont il a physiquement organisé la rencontre de l’oral et de l’écrit. De la politique et de la musique. De la solitude et de la société. »

Dans cette généalogie de la pensée du théoricien palestino-américain, on retrouve Vico, Foucault, Adorno mais aussi Mozart ou Beethoven. Car Said jouait « de sa pensée comme on joue d’un instrument ». C’est surtout Conrad auquel Said a consacré sa thèse qui se distingue par son omniprésence dans l’essai d’Eddé et dans la vie de Said. Celui-ci partage avec l’auteur d’Au cœur des ténèbres, l’exil, une double appartenance, mais aussi un « commun sentiment honte et de culpabilité », un « commun désir de négocier une issue fondée sur l’exigence morale ».

Dans une tentative d’établir « liens ente histoire personnelle et options théoriques », Eddé va chercher dans la psychanalyse les outils pour relire le travail de Said. « Edward serait né dans une famille anti-impérialiste musulmane et aurait porté un prénom arabe, aurait–il mobilisé autant d’énergie et d’efforts pour combattre l’impérialisme, pour défendre la culture arabe ? »

Emouvant et perspicace par moments, l’essai prend parfois un tour si intime qu’il finit par perdre son lecteur dans les subtils entrelacs des anecdotes personnelles et des interprétations psychanalytiques sans que cela n’éclaire tout à fait la pensée de l’auteur de l’Orientalisme.

Cécile Gintrac

Dominique Eddé, Edward Said, le roman de sa pensée
La fabrique, 227 pages, 15 €


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