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Coaguler

Publié le 15 avril 2018 par Rolandlabregere
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Le mot revient au-devant de la scène au moins deux fois par semaine. Il prend la lumière chaque fois que se profile le temps de grève de deux jours sur cinq, période du mouvement social commencé le 3 avril et supposé durer jusqu’au 28 juin. La forme de la grève voulue « innovante » appelle des métaphores hardies. Dès lors, journalistes et communicants qui aiment se targuer d’avoir le sang chaud la reprennent à l’envi pour illustrer leurs propos. Après tout, la révolte s’exprime en rouge. Les syndicats s’y mettent aussi et se prennent à rêver que les cortèges bruyants et bigarrés pourraient annoncer un mois de mai un brin prometteur. La coagulation est cet autre nom de la convergence des luttes. On se bouscule pour coaguler. Dans le camp des gouvernants, on assure que la coagulation ne passera pas. C’est en tout cas ce qu’affirme la ministre de la santé qui explique que certains « souhaitent faire coaguler tous ces mécontentements. Si nous prenons le temps d’expliquer nos objectifs, cela ne prendra pas. » (JDD 17 mars 2018) en dépit du fait que des deux côtés, c’est le sang neuf des nouveaux militants et des nouvelles figures du pouvoir qui est mis en avant. De communiqués en déclarations, on frise le coup de sang.

La métaphore est somme toute banale. Tout le monde s’est coupé en épluchant les légumes sans considérer pour autant que les carottes sont cuites. Chacun sait comment colmater une petite plaie. Les prudents ont à disposition une petite trousse de secours. Sans penser à mal, il est heureux de savoir bien panser. Coaguler, c’est transformer du liquide en solide, en une substance plus ou moins molle, donc en une substance proche de l’inerte. Veut-on promouvoir des luttes  molles ?  L’oxymore serait d’essence patronale. Il serait plus avisé de parler d’agrégation des luttes. L’imagination pourrait prendre le pouvoir. Une lutte s’accroche à une autre, les deux finissent par capter une troisième qui…. pour n’en constituer plus qu’une seule, active généreuse, fraternelle et audacieuse. Point de coagulation mais plus une coalescence d’éléments solidaires et ambitieux. Mais coalescence se fait remarquer par l’absence de verbe décrivant l’action. A la trappe ! La com. recherche l’évocation imagée. Communiquer, c’est simplifier ! Pendant les grèves, la coagulation sémantique continue. En cela, elle est soutenue par la saignée sociale imposée par le pouvoir.  Après la coagulation, ce sont les vieilles croûtes qu’il faut gommer. 


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