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Rassurons-nous, l'IA ne détruira pas l'emploi !

Publié le 16 avril 2018 par Patriceb @cestpasmonidee
Barclays C'est une énième étude – émanant, cette fois, des équipes de recherche de Barclays – qui nous le dit : la vague d'automatisation que nous connaissons actuellement ne créera pas un monde sans travail, même si elle n'a pas que des effets positifs. Mais le raisonnement tenu est-il pertinent et ne jette-t-il pas un doute sur ses conclusions ?
Selon les rédacteurs du rapport, l'impact de la robotisation et de l'intelligence artificielle au niveau macro-économique doit être relativisé pour deux raisons majeures. D'une part, lors de l'introduction d'une technologie disruptive, l'automatisation partielle (c'est-à-dire affectant seulement certaines tâches dans les domaines concernés) serait prédominante par rapport à une substitution totale à l'humain. D'autre part, l'adaptation serait facilitée parce que les sauts de productivité suivent les innovations avec retard.
Forts de ces convictions, ils confirment, comme la plupart de leurs collègues, qu'il ne faut pas craindre une réduction du nombre d'emplois, car la baisse des coûts de production due à l'automatisation entraîne une augmentation de la demande, qui requiert un surcroît de main d'œuvre, et la création de métiers entièrement nouveaux. Ils admettent toutefois que le travail tend alors à devenir moins exigeant en compétences, donc accessible à une population plus large, ce qui induit une pression sur les salaires.
Sans être idyllique, le tableau dressé se veut rassurant. Mais est-il réaliste ? On peut légitimement se poser la question quand on comprend que le scénario proposé n'a quasiment rien à voir avec une analyse prospective (y compris avec ses probabilités d'erreur) mais est, en réalité, une synthèse des observations des grandes mutations du passé, simplement plaquée sur les enjeux de notre époque. En d'autres termes, l'humanité a su s'adapter aux changements précédents, elle surmontera le prochain…
Robots at the Gate : Étude Barclays
Il n'est certes pas interdit de considérer l'avenir avec cet optimisme modéré, en estimant que les conditions actuelles ne sont pas très différentes de celles qui servent de référence. Mais il est permis de supposer que quelques facteurs spécifiques sont susceptibles de perturber le modèle historique. Non seulement peut-on ainsi prendre l'hypothèse que la nature des transformations d'aujourd'hui a ses particularités, mais il faut aussi s'interroger sur l'accélération technologique contemporaine, qui a toutes les chances de changer radicalement la manière dont ses impacts sont absorbés.
Dans un autre registre, le contexte global de la révolution que nous sommes en train de vivre aura probablement une influence directe sur son déroulement et son issue. Le défi du réchauffement climatique, par exemple, contribuera probablement aux choix stratégiques qui se présenteront. En réalité, il sera même, sans aucun doute, déterminant pour la réalisation du potentiel de l'automatisation, notamment en termes de sélection des priorités. Ignorer ces possibilités rend l'exercice prospectif futile.
Nul n'est capable de prédire l'avenir que nous réservent les progrès de l'intelligence artificielle et sa généralisation. En revanche, au vu des enjeux (et de ce que nous apprend l'histoire), il est indispensable d'envisager tous les scénarios plausibles (sans tomber dans l'hystérie) et, pour chacun d'eux, de concevoir des plans d'action concrets permettant d'en absorber le choc. Ceux qui persistent à nier les incertitudes et les risques ne rendent service à personne et endossent une dangereuse responsabilité.

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