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E viva Espagna !

Publié le 06 juillet 2008 par Adelfranck

Chers amis lecteurs, vous êtes peu nombreux, alors je dois vous choyer.

Pour vous, j'ai dégoté ça :

En un mois, nous importons d’Espagne quelques 100 000 tonnes de fraises. Cueillis avant d’être murs, ces « fruits » vendus entre 2 et 3 euros le kilo parcourent 1 500 kilomètres en camion à raison de dix tonnes en moyenne pour 10 000 véhicules par an.
Ces fruits viennent surtout d’Andalousie, aux limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, une des plus fabuleuses réserves d’oiseaux, migrateurs et nicheurs d’Europe.

Cette aberration écologique qui étouffe la fraise française (dont une partie, d’ailleurs provient également de serres chauffées) illustre la mondialisation bon marché.

  Couvrant près de 6 000 hectares dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national,  60 % seulement de ces cultures sont autorisées ; les autres sont des extensions « sauvages ». Les fraisiers destinés à cette production sont détruits chaque année.

Les plants, produits in vitro, sont enfournés en plein été dans des frigos pour simuler l’hiver et avancer leur production. A l’automne, la terre est stérilisée, la microfaune détruite au bromure de méthyl et à la chloropicrine.

Le premier est un poison interdit par le protocole de Montréal de protection de la couche d’ozone signée en 1987 (dernier délai en 2005); le second a été utilisé pour la dernière fois somme gaz de combat  sous Saddam Hussein par Ali Hassan Al-Madjid dit Ali le Chimique, contre les Chiites et les Iraniens, ce qui lui a valu une condamnation à mort…

Les producteurs andalous emploient une main d’œuvre surtout marocaine ou roumaine, saisonniers ou  sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, se réchauffant en brûlant les résidus plastiques qui recouvrent les fraisiers l’hiver (d'où abondance des maladies pulmonaires et de affections de la peau). Les plants poussent sur un autre plastique noir et sont irrigués au goutte à goutte d'engrais, de pesticides et de fongicides.

L'eau provient de forages dont la moitié sont illégaux et dont 80 % tirent plus d’eau qu’ils ne sont autorisés à le faire : 4500 m3 par hectare. Ceci transforme en savane sèche une partie de l'Andalousie, entraîne l’exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, dont il ne reste plus qu’une trentaine d’individus.

2 000 hectares de foret ont été rasés pour faire place aux fraisiers. La saison est terminée au début du mois de juin et les 5 000 mille tonnes de plastiques sont soit emportés par le vent, soit enfouis n’importe où, soit brûlés sur place.

Les ouvriers agricoles s’exilent ailleurs en Espagne ou rentrent chez eux pour se faire soigner à leurs frais après avoir respiré les produits nocifs.

La production et l’exportation de cette fraise représente l'agriculture la moins durable et bouleverse la notion de saison dans le public, comme avec ces asperges « primeur » de la même région et bénéficiant des mêmes soins chimiques alors qu'il suffirait d’attendre quelques semaines que les producteurs locaux offrent les mêmes produits sur les marchés du coin...

Quand l'Andalousie sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc où les producteurs espagnols commencent à s’installer. Avant la Chine d’où on importe déjà des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

Bon appétit !


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