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Sonneurs. De la naissance des bagadoù. Réponse à Sébastien Carney.

Publié le 19 avril 2018 par Jyletouze

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Inauguration de la statue de Polig Monjarret, place Polig Monjarret à Lorient en présence de Jean-Yves Le Drian

Dans une interview publiée le 16 avril dernier dans les colonnes du Télégramme, Sébastien Carney, maître de conf à l'UBO, exprime un avis pour le moins curieux sur la BAS et les bagadoù. J'ai fait parvenir à la rédaction de Brest le droit de réponse suivant.
La lecture de cet article m’amène à préciser certains points en tant que l’un des fondateurs de l’association Mignoned Polig Monjarret à l’origine  de la statue de Polig Monjarret, place Polig Monjarret à Lorient, mise en place avec le soutien du Conseil régional de Bretagne, de nombreuses autres collectivités bretonnes et d’une importante souscription populaire.
Le renouveau de la musique bretonne avec notamment la création et le développement des bagadoù se comprend sur un temps long qui démarre grosso-modo au milieu du XIXè siècle avec le renouveau culturel breton porté par un certain nombre d’intellectuels comme La Villemarqué et aussi le développement des relations entre les différents pays dits celtiques. C’est dans le cadre de cette nouvelle dynamique que les premières cornemuses écossaises firent leur apparition en Bretagne à la fin du XIXè siècle. L’on dit même que la première fut présentée par Charles Le Goffic.
Durant la première guerre mondiale, les musiciens traditionnels bretons furent mis à contribution sous forme de petits orchestres rassemblant binious, bombardes et percussions au sein des régiments bretons; des contacts s’établirent avec les musiciens des régiments écossais.
L’après-guerre vit une transformation accélérée de la Bretagne dans tous les domaines et notamment musical avec l’abandon progressif des traditions musicales précédentes. Devant cette évolution rapide, BAS fut créée formellement en 1943 par 6 personnes. En 1946 nait officiellement Bodadeg ar Sonerion qui donnera naissance au formidable mouvement musical que l’on connait actuellement. M. Carney dans son développement relie différents points de cette histoire pour en conclure sur les origines troubles des bagadoù. C’est pour le moins partisan et biaisé. Reprenons les principaux points développés.
- de façon assez lourde, M Carney fait le lien entre la pensée politique d’un Olier Mordrel , personnage qui participe de la pensée totalitaire d’extrême-droite européenne des années 30 et 40, et les bagadoù de l’après seconde guerre mondiale. Pour tenter de le prouver, M Carney utilise la personne de Polig Monjarret, un des fondateurs de la BAS, qui fut membre du PNB pendant 9 mois et dont il démissionna à l'été 1943, en omettant d’indiquer, par exemple, que parmi les 5 autres fondateurs, on trouve 2 résistants, Robert Marie et Iffig Hamon , ce dernier ayant failli mourir en déportation. Présentation tronquée pour le moins.
- M Carney ose utiliser le terme d’eugénisme pour qualifier la politique de la BAS à ses débuts. Utiliser un terme aussi connoté n’est pas neutre. Alors que, bien évidemment, différents points de vue s’exprimaient au sein du groupe, le travail remarquable de collectage réalisé par Polig Monjarret infirme l’affirmation de M Carney.
- quelques points de détail à corriger : Polig Monjarret, issu d’une famille gaulliste, est resté en bons termes avec droite et gauche; le premier bagad civil est celui des cheminots de Carhaix créé en 1946, le premier bagad militaire celui du 72e RI.
Plus globalement, la grille de lecture de M Carney est particulièrement limitée et ne se base que sur une vision volontairement restreinte confortant sa thèse d’une “Bretagne construite” qui serait aux antipodes de la Bretagne réelle. Ce faisant, M Carney tord certains éléments pour les faire rentrer dans son raisonnement et laisse de côté ceux qui ne peuvent que contredire sa thèse. De plus, il en oublie de contextualiser le processus du renouveau musical breton avec ce qu’il se passe à travers l’Europe depuis le début du XIXè siècle.
En forçant le trait, en faisant des rapprochements imaginaires, il en arrive à donner une vision bien noire d’un renouveau musical qui est un vrai atout de la Bretagne moderne. C’est dommage et regrettable.

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