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Afrique du Sud : pourquoi copier les perdants ?

Publié le 20 avril 2018 par Unmondelibre
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Nationalisation de la propriété, entreprises publiques inefficaces, augmentation de l'âge légal pour la consommation d'alcool de 18 à 21 ans et hausse des taxes dans une économie à faible croissance. Toutes ces idées ont été essayées ailleurs, et elles ont échoué systématiquement, à quelques exceptions près. A l’inverse, une forte protection des droits de propriété, un secteur privé actif et entrepreneurial, un respect de la liberté personnelle, et des impôts bas, sont des politiques qui ont toujours eu des impacts positifs. Pourquoi, l'Afrique du Sud insiste-t-elle pour copier les perdants et non les gagnants?

Nationalisation des NTIC

L’Afrique du Sud a décidé de confier le secteur des technologies de l'information et de la communication à un monopole étatique. Cela conduira surement à la médiocrité alors que ce secteur pourrait aisément être géré par l’entreprise privée la plus compétence. C’est là le principe de la loi du marché. Dans la perspective de l’économie planifiée mise en place par gouvernement, le secteur restera en sous-capacité.

Régulation de la consommation d’alcool

Ensuite, augmenter l'âge minimum pour boire des boissons alcoolisées est une décision politique pour laquelle il n’existe pas de preuves corroboratives. Aux États-Unis, où l'on a tenté de le faire, on a pu observer une augmentation de la consommation d'alcool chez les mineurs et le taux de décès liés à la conduite en état d’ébriété a progressé. Les jeunes criminalisés - entre 18 et 21 ans - qui, auparavant, pouvaient boire ouvertement et de manière responsable, se sont retirés dans des dortoirs universitaires et d'autres locations sans surveillance où ils pouvaient boire sans limites. Le professeur Camille Paglia soutient que les viols, en particulier dans les universités, ont augmenté à la suite de la mise « sous terre » des buveurs. Augmenter l'âge d’accès aux boissons alcoolisées ne fonctionne pas.

Expropriations sans compensation

En ce qui concerne les expropriations sans compensation, c’est une décision irréfléchie. Le Zimbabwe, le Venezuela et la Corée du Nord sont les exemples contemporains de ce qui se passe dans les sociétés où les droits de propriété ne sont pas respectés. La pauvreté que cela a provoquée a réduit les Vénézuéliens à manger leurs animaux de compagnie et à échanger en contre bande le sucre comme si c’était un bien de « luxe ». Les Nord-Coréens, en moyenne, sont trois pouces plus courts que leurs homologues sud-coréens en raison de la malnutrition (il n'y avait pas de différence lorsque les deux Corées se sont séparées). Les Zimbabwéens, comme les Vénézuéliens et les Nord-Coréens, se battent pour échapper à leur héritage socialiste et ne pas y retourner. Ainsi, l'expropriation proposée sans compensation signifiera la fin du miracle sud-africain et la fin de tous les espoirs que nous avions pour l'avenir. Nous devrions plutôt renforcer et étendre nos droits à ceux qui en ont été privés pendant l'apartheid.

Les entreprises publiques budgétivores

Rajoutons à cette liste de mauvaises politiques le cas des entreprises publiques. South African Airways (SAA) et Eskom continuent de siphonner le portefeuille déjà malmené du contribuable. Ces entreprises publiques fournissent des services qui relèveraient très naturellement du secteur privé. Il n’y a aucune raison à ce que le gouvernement s’immisce ainsi dans la sphère économique. Il a été démontré, en particulier avec la SAA, que les concurrents du secteur privé surclassent largement leurs homologues du secteur public. Les entreprises privées sont incitées à bien produire et à mieux servir le client car leur survie en dépend. En revanche, les entreprises publiques ne le font pas. La SAA et Eskom ont toutes deux des antécédents financiers qui les auraient anéanties en tant qu'entreprises privées. Pourtant, en tant qu’entreprises publiques, elles continuent d'exister en pesant sur l’argent publique. La SAA doit être privatisée ou liquidée ; et Eskom doit être dégroupées en entités privatisables pour s’ouvrir à la logique du marché, plutôt que de subir les diktats arbitraires des politiciens.

L’effet négatif du salaire minimum

Enfin, la mise en œuvre d'un salaire minimum national dans un pays de 9,2 millions de chômeurs est un acte de défiance directe dans le contexte. Ces 9,2 millions de personnes gagnent zéro rand par mois, même pas un cent. En fixant un contrôle arbitraire du prix du travail, le gouvernement refuse l’emploi aux chômeurs inexpérimentés, en particulier les jeunes. Il les prive de la possibilité de rivaliser sur le marché du travail avec ceux qui sont plus compétents et expérimentés. Regardez le territoire des États-Unis, Porto Rico, qui, en 1983, a été contraint d'augmenter son salaire minimum conformément à la politique nationale. L'économie portoricaine dépend des travailleurs peu qualifiés du secteur manufacturier et du tourisme. Résultat : des centaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi. Après l'imposition de la loi américaine sur le salaire minimum équitable en 2007, l'emploi a encore diminué et le PIB par habitant a baissé de 7%. Selon un rapport du gouvernement portoricain, les employeurs « ne sont pas enclins à embaucher des travailleurs parce que (a) le salaire minimum fédéral américain est très élevé par rapport à la moyenne locale ... et c’est contraignant pour l'emploi ... et (b) les réglementations locales concernant les heures supplémentaires, les congés payés et les renvois sont coûteux et plus onéreux que sur le continent américain ».

Ironiquement, le gouvernement sud-africain a exempté son propre programme de travaux publics du salaire minimum, ce qui montre qu’il comprend l'effet délétère que la politique aura sur les plus pauvres parmi les pauvres. Pourtant, il refuse d'appliquer ce principe à l'économie en général. Le salaire minimum doit être abandonné jusqu'à ce que l'Afrique du Sud ait une économie plus saine et une croissance constante. Sans quoi les chômeurs doivent être exemptés de son application.

Ainsi, les Sud-Africains doivent se poser la question suivante: les politiques gouvernementales sont-elles vraiment motivées par le souci de construire l'avenir de l'Afrique du Sud en tant que société libre et prospère ou sont-elles simplement des impératifs idéologiques que les politiciens ambitieux veulent ajouter à leur CV? Malheureusement, la réponse semble être la dernière. Nous devons résister et ne pas nous laisser séduire par la rhétorique.

Leon Louw et Martin van Staden, de la Free Market Foundation. Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique. Le 20 avril 2018.


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