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La couleuvre qui se mordait la queue, de Pierre-André Milhit

Publié le 24 avril 2018 par Francisrichard
La couleuvre qui se mordait la queue, de Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit aime bien se mettre sous contrainte et il le fait avec un tel naturel que le lecteur ne s'en apercevrait pas s'il ne prenait pas soin de l'en avertir. Cette fois chacun de ses poèmes porte le nom d'un nombre premier et ce nombre est en même temps celui des mots qui le compose.

La série de nombres premiers commence par 2 et se termine par 191, soit 44 nombres premiers. Une fois parvenu à 191, la série des nombres premiers redescend et un bis leur est accolé, si bien que La couleuvre qui se mordait la queue comprend en tout 88 poèmes et 7276 mots...

Cette contrainte, comme dit plus haut, ne semble pas du tout en être une pour le poète. Au contraire même, elle le stimule et le lecteur se prend à son jeu, d'autant plus aisément qu'il gravit petit à petit ce qui ressemble à une montagne de mots pour mieux la dévaler parvenu à son sommet.

Pierre-André Milhit semble friand de tels exercices littéraires: il avait bien écrit naguère 1440 petits textes, d'une à plusieurs lignes, correspondant chacun à une des 1440 minutes qui s'écoulent en 24 heures de temps... Alors, pourquoi pas donner au recueil ce mouvement numérique.

Quoi qu'il en soit, cette façon originale de mettre en branle le lecteur ne nuit pas à sa santé. Cela lui permet de s'imprégner en douceur de l'univers singulier du poète, d'en goûter ce qu'il faut bien appeler les saveurs, parce que celui-ci prend un plaisir évident à donner du goût aux mots.

Ces vers, libres comme l'air, comportent peu de subordonnées: le poète, avec le sourire, fait tout de suite entrer le lecteur dans le vif de ses sujets, qui ont trait à la nature des êtres et des choses, associés à des scènes de la vie quotidienne et déformés poétiquement par son prisme personnel.

Dans ces poèmes il y a donc des plantes et des bêtes anthropomorphes, des personnages que l'on côtoie comme le facteur, le dentiste ou la bûcheronne, des allusions un brin moqueuses à la religion - le poète est valaisan -, des propos un tantinet polissons et sensuels - le poète n'est pas de bois.

Une fois refermé le recueil le lecteur affiche une mine réjouie; il n'a pas perdu son temps à le lire; dès lors il le feuillette et retrouve ici ou là des phrases qui l'ont ravi; il ne regrettera pas d'avoir avalé cette couleuvre, parce qu'il ne l'aura pas fait dans les sens habituels que l'on donne à l'expression.

Francis Richard

La couleuvre qui se mordait la queue, Pierre-André Milhit, 124 pages, éditions d'autre part

Livres précédents chez le même éditeur:

La garde-barrière dit que l'amour arrive à l'heure (2013)

1440 minutes (2015)


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