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Dans la brume. La bulle et son monde

Par Balndorn

Dans la brume. La bulle et son monde
Le cinéma de genre français a beau se faire rare, il existe. À l’exemple de Dans la brume, dernière production hexagonale du genre, ce type de cinéma pose le fantastique comme métaphore éclairante de la société contemporaine.
L’individu moderne, un être dans sa bulle
2017 avait pourtant vu une certaine reconnaissance critique du cinéma de genre français, avec Grave, grand gagnant du Festival de Gérardmer (mais complètement délaissé aux Césars). Le premier long-métrage de Julia Ducournau liait clairement cannibalisme, apprentissage de la sexualité et domestication du corps. Avec Dans la brume, le réalisateur Daniel Roby avance une métaphore similaire, qui en dit long sur l’état d’esprit actuel. Sarah (Fantine Harduin), adolescente souffrant d’une maladie rare qui la contraint à vivre dans une « bulle », une installation qui la protège du monde extérieur, se retrouve coupée de ses parents lorsqu’une brume toxique envahit Paris. Lesdits parents (Romain Duris et Olga Kurylenko) trouvent refuge au dernier étage de leur immeuble haussmannien, encore préservé des affres de la brume. Déjà, avant la catastrophe, parents et fille ne pouvaient pas se toucher, afin de ne pas contaminer Sarah ; maintenant que la catastrophe est là, ils ne peuvent plus se voir.À l’heure des fameuses « bulles de filtres » qui prolifèreraient sur les réseaux sociaux, la métaphore de la bulle au cœur du film est particulièrement intelligente. Chaque individu vit littéralement dans sa bulle, évitant le plus possible le monde extérieur, avec qui il n’entretient de relations qu’accidentelles : voir et être vu. Lorsque survient la brume, qui efface tout contact visuel entre Parisiens, disparaissent les derniers vestiges du fait social.
La mort de la société
La mise en scène, des plus minimalistes, dresse l’amer constat, quasi-clinique, de la mort de la société. Hasard du calendrier, c’est au personnage de Romain Duris de déclarer, alors que la grève des cheminots bat son plein : « Il n’y a aura plus de services publics. Il n’y aura plus rien. » Nul mieux que lui n’incarne la nouvelle morale individualiste dans le film : plutôt que de porter secours aux autres, comme on l’attendrait d’un film-catastrophe, Mathieu, le père de Sarah, cherche frénétiquement dans une ville morte de quoi alimenter en énergie la bulle de sa fille.Toutefois, Dans la brume ne met jamais en cause cet individualisme. Il le scrute, analyse ses conséquences, mais ne propose aucun contre-modèle. Mathieu et Anna, parents modèles, se dévouent entièrement à la protection de leur fille. Il ne leur vient jamais à l’esprit de se mettre en quête d’autres survivants. Leur propre survie passe avant la reconstruction de la vie.Pour autant, peut-on dire de Dans la brume que le film demeure prisonnier de ce carcan individualiste ? Peut-être qu’au contraire, il s’y enferme sciemment, de manière à l’observer s’essouffler, jusqu’à son terme. Car de souffle, il en est question tout du long. La mort, par asphyxie, des humains n’a rien d’anecdotique : elle traduit à l’image l’étouffement d’une société dont on pousse les membres à l’individuation, et invite, à l’ère du dérèglement climatique, à changer d’air.
Dans la brume. La bulle et son monde
Dans la brume, Daniel Roby, 2018, 1h29
Maxime
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