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Forfaiture(s)

Publié le 17 mai 2018 par Jean-Emmanuel Ducoin
Forfaiture(s)Quand Mac Macron, au nom de la République, préfère défendre Aldolphe Thiers plutôt que la Commune, tout est dit…
Commune. Si Versailles lui était conté, le «roman national» version Mac Macron pourrait tenir lieu de définition politique et d’usage du pouvoir. Une phrase, passée quasiment inaperçue –sauf du côté des historiens!–, en dit si long qu’elle tourne en boucle, depuis, dans le cerveau fatigué du bloc-noteur. C’était dans le documentaire pour le moins bienveillant (sic) de Bertrand Delais, diffusé sur France 3, le lundi 7 mai. Au détour d’un échange surréaliste de complaisance, le réalisateur demande au prince-président si les fastes de Versailles pour accueillir Vladimir Poutine (on aurait pu ajouter les patrons des plus grandes multinationales) ne donnent pas des arguments à ceux qui dénoncent le monarchisme affiché de sa gouvernance. Mac Macron ne cille pas et répond: «Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée.» Sur le moment, nous aurions pu attendre qu’il nous explique, comme pour se défausser adroitement, que Mitterrand lui-même y avait tenu un sommet international en 1981, ou encore que Versailles est aussi le siège du Congrès chargé de voter les réformes constitutionnelles, etc. Mais non. Ce serait donc le haut lieu qui sauva la République. Sur le moment, la référence resta un peu en l’air, suspendue. Et puis, après réflexion, tout nous revint ; la sidération avec. Un seul événement historique correspond en effet à cette affirmation. La date est même archiconnue des spécialistes de la période: tout commence le 18 mars 1871. Cela ne vous rappelle rien? Premier rappel des faits. Au petit matin, ce jour-là, des troupes régulières dépêchées par le gouvernement d’Adolphe Thiers cherchent à s’emparer des canons de la garde nationale parisienne regroupés sur la butte Montmartre. Les Parisiens s’assemblent pour les en empêcher. La troupe fraternise avec la foule. C’est le début de la Commune de Paris. Dans l’après-midi, le gouvernement décide de quitter Paris, avec toutes les forces armées et les fonctionnaires. Le lieu de repli ? Versailles, pardi. Vous connaissez la suite. Le 2 avril, l’armée versaillaise lance l’offensive sur Paris. Du 21 au 28 mai, elle se livre au massacre des insurgés parisiens. Plusieurs milliers y perdent la vie lors de la «semaine sanglante»…

Valeurs. Et voilà, le tour est joué. Pour Mac Macron, la Commune était donc une menace pour la République, et le gouvernement Thiers sa protection. De mieux en mieux. Second rappel des faits, pour les histrions en service commandé. La République était-elle menacée par le soulèvement parisien? Non! Le gouvernement qui se réfugie à Versailles a été nommé le 17 février, la France était alors occupée par les armées allemandes, à l’issue d’élections législatives qui donnèrent une majorité écrasante à des monarchistes adversaires de la République, sachant que Paris, de son côté, avait choisi d’élire 36 députés républicains (sur 43), tous hostiles à la capitulation décidée par la nouvelle majorité. Les raisons de l’insurrection du peuple parisien étaient dictées par un double objectif : social et patriotique. Car ceux qui pactisèrent avec l’Allemagne, c’étaient bien les monarchistes de l’Assemblée. Les communards, eux, ne voulaient que protéger la République, celle de Thiers trahissant ses valeurs fondamentales… Mac Macron ne partage pas ce point de vue, cela ne nous étonne guère. En revanche, qu’il choisisse cet aspect symbolique pour valoriser Versailles et accréditer son attitude globale, ce qu’aucun président avant lui n’avait jamais osé faire, cela devient un problème pour la République elle-même. «Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée»: cette phrase de Mac Macron équivaut, au nom de l’Histoire, à une forfaiture. Elle fera date. Partisans ou non des communards, qui oserait prétendre qu’ils furent une menace pour la République? Et qui oserait théoriser que notre République possède plus de racines chez Adolphe Thiers que chez les communards, sinon les pires droitiers possibles imaginables?
[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 18 mai 2018.]

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