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SOIN du PATIENT ÂGÉ : L’intervention cruciale de l’Infirmière de Pratiques Avancées en Gérontologie

Publié le 08 juin 2018 par Santelog @santelog



Gros plan sur une profession si utile et si précieuse dans le parcours de soins spécifiquement orienté sur les personnes âgées

Depuis un mois qu’elle est salariée au Groupe Hexagone Santé Méditerranée à Nîmes (Polyclinique Grand Sud, Cliniques les Franciscaines, Nouvel Clinique Bonnefon), Loriane Saliège, membre du Collège des Soignants et Infirmière en Pratiques Avancées en Gérontologie (IPAG), a accompagné une quarantaine de patients bénéficiant d’une chirurgie orthopédique et permis à une grande majorité d’entre eux d’éviter l’installation d’une dépendance pendant ou au décours d’une hospitalisation.

Gros plan sur une profession si utile et si précieuse dans le parcours de soins spécifiquement orienté sur les personnes âgées, qui pourrait pourtant être remis en question si le projet de décret visant à encadrer la profession à travers quelques pathologies venait à être voté.

Interview de Loriane Saliège (Photo ci-dessous, à gauche) et explications.

Loriane Saliège, membre du Collège des Soignants et Infirmière en Pratiques Avancées en Gérontologie (IPAG) et Sylvie Bonin-Guillaume, gériatre

Quel est le rôle d’une IPA en gérontologie ?

Le Master de la faculté de médecine de la Timone dirigé par Mr Colson et Pr Bonin-Guillaume prépare et spécialise les infirmières qui, comme moi, travaillent avec les personnes âgées.

Par une Évaluation Gériatrique complète, nous analysons les situations de soins, nous aidons les équipes à prendre en charge des patients âgés jugés fragiles du fait de leurs pathologies ou de situations personnelles complexes. En d’autres termes, nous faisons du cas par cas pour chaque patient, en l’analysant, en amont, dans sa globalité, ce qui permettra une bien meilleure appréhension de sa situation et une meilleure réponse à ses besoins.

Nous nous attachons à connaître, pour chaque patient, son environnement et son entourage, ses aspects sociaux et cognitifs.

Au décours de l’hospitalisation, nous sommes vigilants à la survenue d’événements indésirables tels que la dénutrition, déshydratation, rétention urinaire, iatrogénie, mobilité, dépression…

Le but est de réaliser une évaluation de la situation et de collaborer en péri-opératoire avec les intervenants qui l’entourent pour harmoniser sa prise en charge dans le respect de ses désirs et de ses droits.

Comment se concrétise une évaluation gériatrique ?

Nous plaçons le patient au cœur de la prise en soin. L’aspect éthique est capital : nous sommes les garants et les représentants de ses choix. Le patient est acteur même s’il présente des troubles cognitifs. J’ai pu par exemple comprendre que bien souvent l’agressivité chez les patients âgés lors d’un refus de soins était l’expression d’une pathologie latente ou sous-jacente. Cette approche s’inscrit dans l’intérêt du patient. La plupart du temps mon intervention assainit la situation et permet d’adapter au mieux le soin apporté au patient âgé.

Mon rôle est de décrypter leurs besoins, envies, de les accompagner au mieux dans leur hospitalisation et d’améliorer leur prise en charge dans l’objectif d’un parcours de soins optimal, tout en formant les soignants aux particularités de ces populations vulnérables.

Quel est votre lien avec les médecins et les gériatres ?

Je ne me substitue en aucun cas à eux.

Bien au contraire. Nous sommes formées pour leur apporter une expertise complémentaire et un lien grâce à une connaissance pointue des personnes âgées complexes. C’est un travail de partenariat et de collaboration en bonne intelligence au profit du patient âgé.

Certains services de soins se sentent parfois démunis devant la complexité des symptômes et des pathologies de certains patients âgés. L’évaluation gériatrique que j’effectue 3 semaines avant une intervention chirurgicale permet de dépister des problèmes qui seraient passés inaperçus et qui auraient possiblement conduit à des complications péri-opératoires (exemple confusion, troubles du comportement, douleur…) ou fait basculer les personnes âgées dans une perte d’autonomie irréversible augmentant le risque de morbi-mortalité post opératoire.

Concrètement comment cela se traduit sur le terrain ?

Par exemple une évaluation gériatrique d’une patiente âgée de 69 ans venue pour une intervention chirurgicale non programmée en orthopédique, présentant des troubles cognitifs décrits par l’équipe médicale, n’était qu’en réalité un syndrome confusionnel post opératoire induit par une déshydratation, une dénutrition et une iatrogénie médicamenteuse liées à une chute 2 mois au paravent provoquant un hématome sous dural non dépisté et soigné. Grâce à notre prise en charge, suite à l’évaluation gériatrique globale, ses troubles confusionnels sont aujourd’hui guéris et la patiente a retrouvé son autonomie à son domicile alors qu’une non-évaluation l’aurait plongée dans une perte d’autonomie progressive avec des syndromes gériatriques irréversibles.

L’évaluation gériatrique faite avant l’intervention programmée détecte en amont des problèmes que l’on va chercher à résoudre en pluridisciplinarité (diététicienne, assistante sociale, kinésithérapeutes, médecins spécialisés…) par des préconisations adressées aux médecins, chirurgiens et personnels soignants. Et permet à l’intervention de se passer dans les meilleures conditions tout en prévenant le risque de dépendance parfois non réversible.

La recherche fait partie intégrante de la pratique avancée en gérontologie. De quelle façon ? L’autre volet de la pratique avancée en gérontologie est en effet la recherche. Notre cursus universitaire master accroît nos capacités à réaliser de la recherche en science infirmière. Par ailleurs, nous mettons en place des indicateurs et des grilles d’analyse que l’on peut mettre à disposition des médecins. Il existe tellement de fragilités différentes qui souvent sont entremêlées : le but est d’arriver à tout dénouer par une évaluation globale.

Cela peut être le repérage en amont d’une hospitalisation de la fragilité d’une personne âgée atteinte d’un cancer ; cela peut aussi être de « renutrir » un patient âgé afin de le préparer au mieux à son intervention chirurgicale et qu’il puisse reprendre une mobilité rapide. Le dépister avant change tout : on va pouvoir agir dessus. Car la bonne nouvelle est que la fragilité n’est pas irréversible : on peut agir et éviter à la personne âgée de descendre dans la dépendance d’où elle ne reviendra pas.

Le décret sur les pratiques avancées est en passe d’être voté. Quels inconvénients présente-t-il pour votre profession ? Depuis 10 ans environ que la formation universitaire de la Pratique Avancée existe, elle n’avait pas été validée par un décret. Le décret tel qu’il est actuellement rédigé présente l’inconvénient de supprimer la spécialité gérontologie. Elle disparaîtrait au profit d’un tronc commun ; or l’évaluation gériatrique demande des compétences poussées qui ne peuvent être noyée parmi d’autres pathologies chroniques acquises qu’au cours d’une spécialisation. A noter que toutes les personnes âgées ne sont pas forcément polypathologiques mais pourtant bien souvent elles sont pré fragiles ou fragiles et un changement de situation médicale, psychologique ou socio environnementale quel qu’il soit peut avoir de lourdes conséquences, hors le futur décret, exclut ces personnes à risques.

L’avis du Gériatre, Sylvie Bonin-Guillaume (Photo de droite)

Qu’est-ce qui se distingue au fond un IPAG d’un infirmier ?

LES IPAG sont au service d’une population, les personnes âgées, et pas seulement de leurs organes ! Ces IPAG apportent leur plus-value à tous les niveaux du parcours de soin d’une personne âgée (domicile, ambulatoire, équipe mobile, structures hospitalières en particulier non gériatriques, ou les établissements médico sociaux). Outre leur expertise clinique, elles diffusent une culture gériatrique auprès de leurs collègues par des formations, la mise en place de bonnes pratiques et un regard bienveillant sur les personnes vieillissantes parfois en détresse. Enfin, formées à la recherche clinique infirmières, elles peuvent mettre à disposition ce savoir-faire pour des projets de recherche mais aussi la mise en place d’évaluation de pratiques professionnelles ou encore d’évaluation de protocole de soins.

Limiter le rôle d’IPAG à certaines pathologies chroniques, c’est limiter leur rôle à certains organes alors que la personne âgée bien plus que cela ! Et de vieilles personnes qui auraient pu bénéficier de leur expertise seront lors des laissées pour compte. Le vieillissement de la population augmente bien plus vite que la démographie des gériatres. Et ces médecins spécialistes ont depuis longtemps compris la plus-value d’un travail collaboratif pluridisciplinaire et l’ont intégré dans leur pratique quotidienne. 

Source : SFGG – Société Française de Gériatrie et Gérontologie 2 juin 2018 Soigner les personnes âgées : Pourquoi l’intervention de l’Infirmière de Pratiques Avancées en Gérontologie est cruciale ?

Pour en savoir plus : Master – Sciences cliniques infirmières / Spécialité Infirmier(ère) de pratiques avancées en gérontologie

Caroline Pastorelli, Responsable Communication Société Française de Gériatrie et Gérontologie Juin 8, 2018Rédaction Santé log


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